La guerre n’est pas finie, mais Israël a déjà perdu

Tony Karon

Rootless Cosmopolitan

Vendredi 9 janvier 2009

 

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Ne sommes nous pas déjà venus ici ? (Valse avec Bachir)

 

I. La dernière valse ?

 

Reproduire des comportements qui ont déjà entraîné des échecs catastrophiques et s’attendre à des résultats différents est insensé, et lorsque le comportement psychotique d’un individu lui fait courir ainsi qu’à son entourage un danger physique immédiat, la responsabilité de ceux qui affirment être ses amis est de le dissuader. Mais même si Valse avec Bachir est projeté dans les multiplex aux quatre coins de la planète comme un douloureux rappel de l’accès de rage aveugle d’Israël ayant précédé celui contre Gaza, les États-Unis (et les éditeurs du New York Times et du Washington Post) soulignent qu’il est sensé et rationnel d’envoyer l’une des armées les plus puissantes de la planète dans un camp de réfugiés géant pour faire saigner les chairs et briser les os de ceux qui se trouvent sur son chemin, que ce soit par défiance ou simplement parce qu’ils ont eu la malchance d’être nés du mauvais côté et de s’être trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Israël veut nous faire croire qu’en combattant jusqu’au cœur du territoire du Hamas, il peut détruire ce dernier et entrer dans une glorieuse période de paix. Ou pour citer la froideur habituelle de Condoleeza Rice au cours du dernier épisode de cette brutalité stérile, nous sommes témoins des « contractions préliminaires à la naissance d’un nouveau Moyen Orient ». Israël a échoué en 2006, tout comme en 2002 et en 1982. Ils nous disent que cette fois-ci ce sera différent.

Et puis les horreurs se multiplient, comme toujours – les centaines de civils accidentellement massacrés alors qu’ils s’abritaient dans des lieux qu’on leur disait sûrs, – et l’ennemi désespéré et sans armes réussit à survivre, comme à chaque fois. Et en survivant, il prend plus de poids politique. Peu importe le nombre de victimes, les leaders ciblés par l’armée israélienne se renouvellent sans fin dans le terreau fertile que sont la souffrance et le ressentiment découlant de la situation créée par Israël mais que ce dernier et ses partisans les plus fervents refusent de reconnaître et encore moins de corriger.

Arafat est mort. Tout comme Sheik Yassin et Rantissi. Et Abbas al-Musawi, et Imad Mughniyeh. Israël excelle dans l’art d’éliminer les dirigeants palestiniens avec une glaciale efficacité et pourtant, qui que soit la dernière victime, mille nouvelles têtes se lèvent et clament : « je suis Spartacus ». Ceux qui prennent la direction de ces organisations ne sont pas animés par les ambitions personnelles – diriger le Hamas équivaut à une condamnation à mort. Le flot incessant de Palestiniens prêts à sacrifier leur vie pour cette responsabilité en dit long sur la situation de ce peuple. Et les dirigeants israéliens le savent. Il y a dix ans, lorsqu’on demanda à Ehud Barak, alors candidat au poste de Premier ministre, ce qu’il aurait fait s’il était né Palestinien, cet homme qui dirige actuellement les opérations militaires à Gaza répondit abruptement : « j’aurais rejoint une organisation terroriste ».

D’après la logique de son propre instinct révélée au cours de la campagne de 1999, Ehud Barak devrait savoir que l’opération Plomb Durci est vouée à l’échec, hormis peut-être pour son avenir politique personnel. Peu importe le nombre de dirigeants, de militants et de simples civils qu’Israël tuera dans Gaza, le Hamas – ou un équivalent – survivra.

Valse avec Bachir – un film qui, j’imagine, n’a pu être fait que par des Israéliens, car si Hollywood avait mis en doute le militarisme d’Israël, le film aurait été catalogué comme « antisémite » – nous rappelle qu’en 1982, Ariel Sharon mena une invasion du Liban, soi-disant pour juguler les attaques contre le Nord d’Israël, et il la poursuivit jusqu’à Beyrouth afin de détruire l’OLP. Evidemment l’OLP fut chassée du Liban et s’exila en Tunisie, mais les Israéliens furent obligés de négocier avec l’OLP en raison de la révolte des jeunes en Cisjordanie et à Gaza. L’invasion du Liban en 1982 fut une campagne sanglante et inutile qui révéla les images choquantes des massacres de Sabra et de Shatila qui constituent le cœur de ce film.

Depuis 1982, Israël a évidemment assiégé et bombardé quasiment toutes les principales villes palestiniennes, tuant et emprisonnant des milliers de Palestiniens, gaffant encore au Liban en 2006 et tuant un millier de Libanais, bombardant Gaza à plusieurs reprises et étouffant son économie pendant la majeure partie des trois dernières années ; et pourtant, rien n’a changé. À ce jour, ils ont fait approximativement 700 victimes à Gaza et les roquettes continuent de voler ; quel que soit l’état de ses infrastructures, politiquement, le Hamas est plus fort dans les rues palestiniennes, alors que ces dirigeants palestiniens qui ont coopéré avec Israël ou les États-Unis sont plus isolés et plus discrédités que jamais. Les Israéliens – et leurs financeurs au sein de l’establishment politique étasunien – semblent incapables de comprendre ce qui est empiriquement évident : le Hamas et ses partisans se renforcent à chaque fois qu’Israël tente de les éliminer par la force.

 

II. De dangereuses illusions et une guerre des choix.

« Mais Israël avait-il le choix ? », déclarent ses partisans aux États-Unis. « Aucune société digne de ce nom ne peut tolérer le tir de roquettes vers son territoire. Le Hamas n’a pas laissé le choix à Israël. »

Eh bien, en fait, comme Jimmy Carter l’a expliqué à partir de son expérience personnelle, Israël a eu des tas d’alternatives et les a délibérément ignorées, car il est resté enfermé dans la politique soutenue par les États-Unis visant à renverser le verdict démocratique des élections palestiniennes de 2006 qui a fait du Hamas le parti dirigeant de l’Autorité palestinienne. Sur le fond, cette stratégie portée par Israël, les États-Unis et l’Europe (et tacitement soutenue par les autocrates arabes de Mubarak à Mahmoud Abbas) visait à appliquer des sanctions économiques toujours plus strictes, en espérant que l’annihilation de la perspective d’une vie décente pour les 1,5 millions d’habitants de Gaza les forcerait en quelque sorte à revenir sur leur choix politique. Une punition collective, en d’autres termes. Ainsi, même lorsque le Hamas respecta le cessez-le-feu de juin à novembre, Israël refusa d’ouvrir les frontières. Lorsque les coups de feu recommencèrent le 5 novembre suite à une attaque d’Israël sur ce qu’il prétendait être un tunnel du Hamas, celui-ci intensifia ses tirs de roquettes, mais précisa qu’il reprendrait le cessez-le-feu et étendrait son périmètre d’application si Israël acceptait d’ouvrir les passages frontaliers. Selon Carter, Israël se dit alors prêt à autoriser 15% des flux normaux de marchandises vers Gaza si le Hamas cessait le feu. Bien entendu, ce dernier n’était pas prêt à accepter une réduction de seulement 15% du blocus économique.

Le Hamas semblait croire que le déclenchement d’une crise forcerait Israël à accepter un nouvel accord. S’agissait-il d’une erreur ou pas, cela reste à voir. Si le Hamas arrive intact jusqu’à la trêve qui clôturera l’opération Plomb Durci et qui inclura la levée du blocus, alors il revendiquera sa réhabilitation. Même actuellement, les dirigeants israéliens continuent à insister bêtement sur le fait que l’on ne peut permettre au Hamas de tirer un quelconque gain diplomatique d’une trêve qui nécessitera de fait sa coopération. Exactement comme en 2006, les Israéliens ont abouti à une situation politique diamétralement opposée à ce qu’ils prévoyaient. Ils ont clairement démontré, même aux yeux du nouveau gouvernement étasunien, que la politique visant à isoler le Hamas est particulièrement contreproductive et doit être abandonnée de toute urgence.

Alors même qu’Israël commence à réaliser qu’une fois de plus leur adversaire sortira politiquement grandi de la déroute militaire de son adversaire, les Israéliens envisagent une dernière offensive sanglante au cœur de la ville de Gaza, espérant que cette opération militaire puisse affaiblir le Hamas et l’obliger à se plier aux diktats israéliens. Certains hommes politiques étasuniens entretiennent même le fantasme qu’il pourront imposer une nouvelle fois le régime du docile Mahmoud Abbas à Gaza – fantasme sans nul doute pathétique, puisque les proches observateurs de la vie politique palestinienne savent que le seul élément qui, à l’heure actuelle, permet à Abbas de rester au pouvoir en Cisjordanie est la présence de l’armée israélienne, et sa propension à emprisonner les opposants d’Abbas. Il est commode par exemple qu’Abbas n’ait pas à se confronter aux parlementaires puisque Israël en a emprisonné la majeure partie. Mahmoud Abbas a accepté de devenir un Pétain palestinien, et même les membres de base de son propre parti, le Fatah, se sont retournés contre lui. Pas même les Israéliens ne croient qu’il puisse contrôler Gaza sans leur soutien, et ils ne sont pas enclins à rester.

Si le Hamas n’est pas autorisé à gouverner Gaza, il y a de grandes chances que personne ne la gouverne. Et ce territoire ressemblera plus à Mogadiscio qu’à la Cisjordanie – un chaudron chaotique dirigé par des chefs de guerre rivaux, avec le Hamas – qui ne sera plus en charge de la gouvernance – comme force politique et militaire la plus importante (même si Al Qaida tentera de prendre le pouvoir si le gouvernement du Hamas est renversé – le Hamas représente le meilleur rempart contre une montée en puissance des hommes de Ben Laden à Gaza.)

 

III. La souveraineté palestinienne

L’autre figure de style désespérément invoquée par les départements de propagande israéliens défend l’idée selon laquelle il s’agit seulement d’un nouveau développement du conflit régional qui oppose Israël à l’Iran, son ennemi mortel. Le Hamas, nous disent nombre de médias qui devraient mieux connaître ce dossier, est un « satellite de l’Iran ». Ce n’est tout simplement pas le cas, et les analystes modérés de cette région le savent : le Hamas dépend certainement des fonds iraniens pour Gaza, ceci dit, les stratèges étasuniens et israéliens qui ont privé ce territoire de toute source de financement ne devraient pas être surpris de voir le Hamas se tourner vers les financements là où ils sont disponibles. Sans doute acceptera-t’il également toute aide militaire qui lui est proposée. Mais le Hamas ne partage ni l’idéologie ni le type de relations politiques qui unissent le Hezbollah libanais et l’Iran. Le Hamas fut initialement créé par la Fraternité musulmane égyptienne et ses décisions politiques sont totalement indépendantes de l’Iran. Bien entendu, la Syrie, elle, a plus d’influence politique sur le Hamas, mais elle n’est pas vraiment un satellite de l’Iran malgré l’alliance qui les unit. Si tel était le cas, pourquoi les États-Unis investiraient-ils tant d’énergie dans des stratégies diplomatiques visant à briser cette alliance ? En outre, cette idée selon laquelle l’Iran serait sur la voie de la guerre avec Israël est fort discutable. Il est certain qu’Ahmadinejad se plaît à prévenir Israël de sa disparition à venir, mais lui et ses supérieurs ont précisé depuis longtemps que l’Iran n’avait nullement l’intention d’attaquer Israël. Et vous pourriez vous dire que ceux qui insistent sur le fait que la raison d’être des Mollah iraniens est la destruction d’Israël même au prix de leur propre vie (vous connaissez cette idée qui veut que les Iraniens soient tellement obsédés par la destruction d’Israël que les politiques de dissuasion classiques n’ont aucun effet sur eux) devraient se poser la question suivante : pourquoi le Hezbollah, qui dispose d’un stock important de roquettes, ne les lance-t’il pas sur Israël qui est train de mettre Gaza à feu et à sang ? Israël nous dit que le Hezbollah a les armes voulues, et nul doute qu’il dispose de la rage nécessaire. La réponse ne serait-elle pas que ce satellite de l’Iran n’ouvre pas le feu parce que, très pragmatiquement, il est inquiet pour sa propre survie et son propre développement au Liban ? Si tel est le cas, que pouvons-nous en déduire concernant l’Iran ? Une fois encore, l’Iran n’a pas grand-chose à voir avec ce qui se passe à Gaza.

Cette crise n’a pas été non plus déclenchée par l’aggressivité du Hamas, il s’agit plutôt du dernier chapitre sanglant de la stratégie aberrante de l’administration Bush et des Israéliens, et qui vise à renverser le Hamas. L’alternative à la guerre, ignorée par Israël, mais tellement évidente, est très simple : Israël va devoir négocier avec le Hamas. (et épargnez-moi cet argument : « mais le Hamas n’a pas reconnu l’État d’Israël » : S’il pouvait changer l’Histoire, aucun dirigeant palestinien n’accepterait la création de l’État d’Israël, pour la bonne et simple raison que la création d’Israël signa le début de la Nakbah palestinienne, la catastrophe qui les a expropriés et en a fait des réfugiés. Israël initia des pourparlers avec l’OLP bien avant que sa charte ne soit révisée afin de permettre la reconnaissance d’Israël ; ses dirigeants réalisaient qu’Israël ne pouvait être vaincu militairement. Nombre de membres du Hamas en sont arrivés à la même conclusion ; Efraim Halevy, ex-directeur du Mossad, prétend que le Hamas est de plus en plus susceptible d’accepter la création d’un État palestinien selon les frontières de 1967. Les Étasuniens vont devoir faire le deuil d’une négociation qui n’engagerait que des dirigeants palestiniens comme Mahmoud Abbas, c’est-à-dire soumis à leurs intérêts. Ils vont désormais devoir faire face à des dirigeants défendant les intérets du peuple palestinien.

Avi Shlaim, historien israélien officiant à Oxford, écrit :

Israël aime à se décrire comme un îlot de démocratie dans un océan d’autoritarisme. Pourtant, tout au long de son histoire, Israël n’a jamais fait quoique ce soit pour promouvoir la démocratie chez ses voisins arabes, et s’est même fortement investi pour saboter de telles initiatives. Israël a une longue histoire de collaborations secrètes avec les régimes réactionnairs arabes afin d’annihiler le nationalisme palestinien. Malgré tous ces handicaps, les Palestiniens ont réussi à construire la seule véritable démocratie du monde arabe, à l’exception peut-être du Liban. En 2006, des élections parlementaires libres et équitables pour le conseil législatif de l’Autorité palestinienne ont porté au pouvoir un gouvernement dirigé par le Hamas. Israël a toutefois refusé de reconnaître ce gouvernement élu démocratiquement, prétendant que le Hamas est purement et simplement une organisation terroriste.

Les États-Unis et l’Europe ont, sans scrupules, rejoint Israël dans cet exercice d’ostracisation et de démonisation du gouvernement du Hamas et dans ses tentatives de le renverser en bloquant le produit des taxes et l’aide internationale. Une situation surréaliste s’est alors développée, où une part significative de la communauté internationale a imposé des sanctions économiques non pas contre l’occupant, mais contre l’occupé ; non pas contre l’oppresseur, mais contre l’opprimé.

Comme si souvent dans la tragique histoire de la Palestine, les victimes furent accusées des crimes qu’elles subissaient. L’organe de propagande israélien a systématiquement colporté cette notion selon laquelle les Palestiniens sont des terroristes, qu’ils refusent une co-existence avec l’État juif, que leur nationalisme ressemble fortement à de l’antisémitisme, que le Hamas n’est rien d’autre qu’un groupe de fanatiques religieux, et que l’islam est incompatible avec la démocratie. Mais la vérité toute simple est que les Palestiniens sont des gens normaux avec des aspirations normales. Ils ne sont pas meilleurs, mais ils ne sont pas pires que les autres peuples. Ce à quoi ils aspirent avant tout est d’avoir leur propre territoire et d’y vivre librement et dignement

Comme les autres mouvements radicaux, le Hamas a commencé à tempérer son programme politique au cours de sa montée au pouvoir. Partant du réjectionisme idéologique inscrit dans sa charte, il a commencé à évoluer vers l’acceptation pragmatique d’une solution à deux États. En mars 2007, le Hamas et le Fatah ont formè un gouvernement d’unité nationale qui était prêt à négocier un cessez-le-feu durable avec Israël. Mais ce dernier refusa de négocier avec un gouvernement qui incluait le Hamas.

Israël continua à jouer avec les deux factions palestiniennes rivales au vieux jeu du diviser pour mieux régner. A la fin des années 80, Israël avait soutenu l’émergence du Hamas afin d’affaiblir le Fatah, le mouvement séculier nationaliste dirigé par Yasser Arafat. Depuis, Israël s’est mis à encourager les dirigeants du Fatah, corrompus et dociles, à renverser leurs rivaux politiques et à reprendre le pouvoir. Des néoconservateurs étasuniens va-t-en-guerre ont participè à ce plan visant à déclencher une guerre civile en Palestine. Leurs manigances furent une des principales causes de l’implosion du gouvernement d’union nationale et de l’arrivée au pouvoir du Hamas en juin 2007 afin de prévenir un coup d’État du Fatah.

La guerre déclenchée par Israël contre Gaza le 27 décembre a marqué l’apogée d’une série de conflits et d’oppositions avec le gouvernement du Hamas. Plus globalement, il s’agit toutefois d’une guerre entre Israël et le peuple palestinien, puisque ce dernier a mis ce parti au pouvoir. L’objectif déclaré de cette guerre est l’affaiblissement du Hamas et l’intensification de la pression jusqu’à ce que les dirigeants palestiniens acceptent un cessez-le-feu selon les termes israéliens. L’objectif non avoué est de s’assurer que les Palestiniens de Gaza soient perçus par la communauté internationale comme un simple problème humanitaire, mettant ainsi fin à leur lutte pour la création d’un État indépendant.

Shlaim nous présente le défaut majeur dans le raisonnement « aucune société digne de ce nom ne tolérerait des tirs de roquettes » : Israël, très simplement, n’est pas une société digne de ce nom. C’est un pays sans frontières légales fixes, et les querelles concernant la position de ces frontières – le conflit fondamental, non sur la religion ou l’idéologie, mais sur les terres et le pouvoir – est au cœur de l’épicentre du conflit actuel à Gaza et des guerres incessantes d’Israël contre ses voisins.

On ne peut qu’espèrer de tout cœur que Barak Obama a retenu la sagesse de son mentor dans le domaine des affaires étrangères, Brent Scowcroft, dont les observations sur l’hérésie de l’administration Bush soutenant la campagne israélienne de 2006 s’appliquent tout autant à l’offensive actuelle contre Gaza : « le Hezbollah n’est pas la cause du problème » écrivit Scowcroft dans le Washington Post. « C’est un symptôme de la cause, qui est le tragique conflit palestinien né en 1948. Toute la côte Est de la Méditerranée est plongée dans le chaos, une série ininterrompue de conflits depuis la tentative avortée de l’ONU en 1948 visant à créer un État israélien et un État palestinien distincts. »

Si ce constat était vrai pour le Liban, il l’est encore plus pour Gaza. Pour totalement comprendre pourquoi le Hamas a refusé de reconnaître l’État d’Israël, pourquoi il lutte avec des moyens équitables et d’autres terriblement déraisonnables, et pourquoi il a gagné haut la main Gaza au cours des élections de 2006, un bon point de départ serait d’examiner les données démographiques de la bande de Gaza – aujourd’hui 80% des Gazaouis sont des familles réfugiées, expulsées des foyers et des terres qu’elles possédaient à l’intérieur de ce qui depuis 1948 est Israël, et dont le retour est à jamais interdit par l’une des lois fondatrices d’Israël. Devons-nous alors être surpris que la position fondamentale de la politique palestinienne ait toujours été de refuser la reconnaissance d’Israël, dans la mesure où cela signifie l’abandon de leurs revendications concernant leurs maisons et leurs terres volées suite à la création même d’Israël ? Bien sûr, Israël peut déclarer qu’il a gagné la guerre de 1948 et que le vainqueur se sert. Mais que ferait Ehud Barak si c’était son père ou son grand-père qui avait été exproprié de sa ferme à Ashkelon et qui se retrouvait désormais dans l’enfer de Gaza ?

Vous connaissez déjà sa réponse.

Et cette réponse restera la même (même si Barak ne songera plus jamais à l’admettre) tant que justice et dignité seront refusées à la communauté qui a donné le pouvoir au Hamas.

L’opération Plomb Durci a révélé en des termes clairs et brutaux que les dirigeants israéliens sont incapables de dépasser cette tendance patholohique qui les enferme dans une spirale morbide empêchant toute stabilisation du Moyen Orient. La politique israélienne dérive en permanence vers la droite ; même lorsque le centre-gauche était au pouvoir et négociait avec les Palestiniens, les colonies dans les territoires occupés ne cessaient de s’étendre ; aussi loin que l’on puisse voir, aucun gouvernement israélien ne se retirera de la Cisjordanie pour revenir au niveau de la Ligne Verte. Donc si l’on veut que cette folie cesse, on devra dire à Israël et à la Palestine où se trouvent leurs frontières, dans le cadre d’un accord juste et commandé par la communauté internationale qui ne laisse aucune latitude aux deux parties, et autorise les troupes turques à le mettre en œuvre. Mais cet accord semble bien loin…

 

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique 

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