De la loyauté juive

Palestine solidarité, 20 septembre 2010

par Gilad Atzmon

La reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat exclusivement juif a été l’une des principales exigences formulées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours des dernières conversations avec les Palestiniens. Mais le ministre des Affaires étrangères Lieberman est allé encore plus loin : il exige de tous les Israéliens qu’ils jurent leur loyauté envers l’Etat juif. Le slogan de Lieberman, dans cette campagne, est : « pas d’acte d’allégeance = pas de citoyenneté ».

« Nous ne saurions continuer à ignorer des problèmes tel que celui que pose Hanin Zuabi, qui s’identifie totalement au camp ennemi », a déclaré Lieberman dimanche passé. Il faisait allusion à une députée arabe à la Knesset qui avait été déchue de son immunité parlementaire après avoir été à bord du navire héros Mavi Marmara et avoir assisté au massacre perpétré par Israël en haute-mer.

La situation dans laquelle nous nous trouvons : Israël est fondamentalement une société libérale occidentale « multiculturelle », où toutes les ethnies et toutes les minorités se voient imposer de jurer allégeance à la forme la plus achevée de la pratique tribale juive chauvine.

Les questions tournant autour de l’allégeance sont essentielle dans le discours politique juif. C’est par exemple le doute entourant la loyauté de Dreyfus qui fit de Herzl un sioniste. C’est sa loyauté envers les juifs qui amena Jonathan Pollard à trahir les Etats-Unis. C’est l’engagement éthique et universaliste de Mordechai Vanunu qui le fit se détourner de la loyauté juive. Comme nous le savons, il continue à payer chèrement son engagement. Il semble bien, par conséquent, que la « loyauté envers les juifs » soit une exigence cruciale au sein du logos sioniste.

Mais c’est là où nous sommes confrontés à une difficulté évidente : bien qu’il soit clair que les juifs politiques exigent allégeance, la nature de cette loyauté est quant à elle loin d’être claire. Personne, pas même Lieberman n’a jamais donné la moindre indication de ce que signifie « la loyauté envers l’Etat juif ». Manifestement, personne, y compris au sein de la gauche juive, n’a jamais réussi à définir un système juif universel, moral ou éthique de valeurs, pour la simple et bonne raison qu’un tel système n’existe pas.

J’imagine que la loyauté juive est un signifiant vide de sens ; c’est une notion dynamique, qui change constamment et qu’il est impossible de fixer. Comme de juste, la loyauté juive est aux antipodes de toute notion d’universalisme, d’éthique ou d’intégrité ; dans la pratique, elle se résume à : « Les juifs d’abord ! ».

Dans un récent document vidéo, Max Blumenthal a réussi à rassembler quelques jeunes juifs morbides enthousiastes à l’idée de jurer leur loyauté à l’Etat juif, à son armée juive et à ses commandants. Manifestement, le rapport Goldstone n’a pas fait assez de vagues en Israël, ni dans les milieux des jeunesses sionistes de par le monde. Une des juives américaines interviewées était d’accord avec l’expulsion des Palestiniens de « son » pays au cas où ils refuseraient de jurer allégeance à la primauté juive. Une autre juive reconnaissait qu’en matière de loyauté Israël arrivait en tête, alors que son pays natal, le Canada, arrivait bon second. Cela pose manifestement la question de savoir à quoi les juifs politiques sont fidèles.

L’allégeance étant cruciale dans le logos sioniste, il convient d’élargir notre étude et de mettre ceux qui s’identifient et agissent politiquement en qualité de juif au défi de nous parler de leur allégeance. Par exemple, j’aimerais bien en savoir un peu plus sur Lord Levy, le collecteur de fonds numéro Un pour le parti travailliste à l’époque où ce parti nous a entraînés dans une guerre criminelle : à qui est-il fidèle, à Israël ou à la Grande-Bretagne ? Et qu’en est-il des éditorialistes du Jewish Chronicle David Aaronovitch et Nick Cohen : sont-ils au premier chef fidèles à la Couronne britannique ou à l’Etat juif ? Si je me le demande, c’est parce qu’ils ont pris tout deux parti en faveur de la guerre contre l’Irak dans la presse nationale britannique. Et qu’en est-il de David Miliband, le candidat bien placé pour prendre la tête du parti travailliste, qui est par ailleurs listé sur un site de ‘hasbara’ comme un auteur de propagande israélienne ; à qui est-il fidèle ? Il faudrait poser cette question aux membres des Amis travaillistes d’Israël, des Amis conservateurs d’Israël et des Amis libéraux démocrates d’Israël. Le plus tôt sera le mieux.

Mais si vous pensez que Lieberman est unique dans son exigence de loyauté, vous vous trompez lourdement. Ici, en Grande-Bretagne, Lord Goldstmith (oui, ce même Goldsmith qui a gentiment donné à Tony Blair le ‘feu vert « légal »’ pour envahir l’Irak en 2003…) est un grand partisan de la loyauté. Déjà, en 2008, il préconisait l’institution de cérémonies à destination des lycéens terminant leurs études secondaires « afin de marquer le passage entre le statut d’apprenti citoyen et celui de citoyen actif ». Il disait alors qu’il était en faveur d’un serment d’allégeance à la Reine, mais celui-ci pouvait être remplacé par un jurement de fidélité à la Grande-Bretagne.

The Independent a reproduit des propos de Lord Goldsmith selon qui la Grande-Bretagne n’est nullement en butte à une crise de citoyenneté partagée, tout en ajoutant que la fierté nationale avait décliné tout au long des vingt années passées, en particulier chez les jeunes. Il mettait en garde contre le fait qu’ « un tiers, voire plus, des Noirs, ne s’identifient pas à la patrie qui les a vus naître ».

Goldsmith a peut-être raison, il y a sans doute un déclin dans la fierté d’être Britannique, mais ce déclin n’a pas vingt ans d’âge ; il résulte en réalité directement de politiques désastreuses auxquelles il était censé mettre un terme. De nos gamins, Goldsmith attend qu’ils soient fiers de quoi, au juste ? Des guerres criminelles qu’il a lui-même approuvées ? Du fait que la Grande-Bretagne n’a pas eu la force légale de traiter comme elle l’aurait dû ceux qui nous ont entraînés dans ces guerres et qui font de nous tous des complices d’un génocide ?

La similitude entre Lieberman et Goldsmith saute aux yeux. « Un tiers, voire plus, des Noirs, ne s’identifient pas à la patrie qui les a vus naître », dit Goldsmith. A l’instar de Lieberman, Goldsmith sait peu ou prou, d’avance, qui est susceptible de réussir au « test de loyauté ». La fiction d’une « politique inclusive » n’a d’autre fonction que d’accentuer les différences et de marginaliser certaines minorités. Comme Lieberman, Goldsmith, en son temps, a été incapable de nous donner la moindre idée de ce que peuvent bien être les valeurs britanniques. En lieu et place, il a eu recours à un symbolisme et un légalisme tenant lieu de pensée morale.

Les jours d’Israël sont comptés. Il est impossible de sauver l’Etat juif, car il est fondé sur une idéologie tribale raciste. Mais la Grande-Bretagne, elle, peut encore se libérer de sa période néoconne. Il lui suffit de dé-sioniser son système politique et ses médias. Au lieu d’être féaux envers des Etats, nous devons rester en phase avec l’éthique et l’universalisme. Au lieu de succomber à la tentation de l’interventionnisme moral, qu’il nous suffise de rechercher en nous-mêmes des lignes directrices éthiques.

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Lundi 20 septembre 2010

http://www.gilad.co.uk/writings/gilad-atzmon-on-jewish-loyalty.html

2 comments

  1. HORCHANI Salah says:

    Trilogie Israélienne : 2. L’Etat d’Israël et la pratique de l’Apartheid

    Rappelons, tout d’abord, que l’Apartheid est considéré par l’ONU comme étant un Crime contre l’Humanité [cf. « Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid » Article 2, Résolution 3068 (XXVII) du 30 novembre 1973, http://www.un.org/ga/search/view_do…)].

    Israël, qui se veut un état démocratique, fait fi de toutes les normes internationales en pratiquant l’Apartheid d’une manière manifeste et systématique, et ce aussi bien dans les territoires palestiniens occupés qu’en Israël même [cf.”The Sixth Annual Israeli Apartheid Week2010,”http://apartheidweek.org/en/2010/media, (Fr.http://montreal.apartheidweek.org/node/2)].
    En effet, la caractéristique essentielle de la pratique de l’Apartheid dans un pays est constituée par l’existence d’un système de lois dans lequel les groupes dominants et les groupes subordonnés ne disposent pas des mêmes droits. En Israël, les deux exemples les plus significatifs de telles lois sont :
    1. « la Loi du Retour ». Cette loi, adoptée par la Knesset en 1950, garantit aux juifs du monde entier le droit d’immigrer en Israël et d’en obtenir la citoyenneté.
    2. « la Loi sur les Propriétés des Absents ». Cette loi, adoptée par la Knesset, aussi, en 1950, concerne les « Absents Présents » (sic) et les « Absents Absents (re-sic), deux expressions officielles israéliennes : la première expression désigne les palestiniens, présents en Israël après sa fondation mais absents de leurs propriétés, même brièvement, pendant la guerre de 1948, qui n’ont pas été expulsés hors du pays mais déplacés en Israël et qui ont obtenu, par la suite, souvent tardivement, la citoyenneté israélienne ; quant à la deuxième expression, elle désigne les réfugiés palestiniens expulsés hors du pays. Les « Absents Présents » et les « Absents Absents » ont tous perdu tout droit sur leurs maisons, leurs terres et leurs comptes en banque, qui sont passés sous le contrôle d’un fonctionnaire désigné sous le nom de « Gardien des Biens des Absents » (sic). Aujourd’hui, un quart des arabes israéliens, soit deux cent cinquante mille, sont considérés comme étant des « Absents Présents » [cf., à ce sujet, l’ouvrage de Susan Nathan intitulé « L’autre côté d’Israël » (Presse de la Cité, 2006)].

    La pratique de l’Apartheid par Israël se présente sous plusieurs autres formes parmi lesquelles on peut citer :
    1. Dans les territoires palestiniens occupés, il existe des routes et des milliers de logements, entourés de vastes espaces, qui sont réservés, exclusivement, aux juifs. En outre, il existe deux systèmes de lois différents : un système militaire pour les palestiniens, et un système civil israélien pour les colons juifs. Au sujet de l’Apartheid appliqué par Israël dans les territoires palestiniens occupés, voir le livre de Jimmy Carter (Président des Etats Unis de 1977 à 1981 et artisan des « Accords de Camp David » qui ont établi la Paix entre Israël et l’Egypte)) intitulé « Palestine : Peace not Apartheid » (Simon and Schuster, 2006). Parmi les principaux faits que Jimmy Carter expose dans son livre, on peut citer les suivants :
    a. Le régime établi par Israël dans les territoires occupés est un système d’Apartheid comparable à celui qui a été érigé en Afrique du Sud.
    b. Plus de 100 postes fixes de contrôle militaire et encore beaucoup plus de postes de contrôle mobiles (lieux de vexations, de brutalités et d’humiliations) empêchent les palestiniens de circuler librement sur leur territoire et d’accéder à plusieurs villes en Cisjordanie.
    L’ambiance qui règne dans ces postes de contrôle a été vécue et décrite, admirablement, par Régis Debray dans son dernier livre (« A un ami israélien, avec une réponse d’Elie Barnavi », Flammarion 2010) et je ne peux m’empêcher de reproduire ci-dessous, in extenso, le passage correspondant :

    « Nous étions en voiture sur un chemin de terre, en plein midi, à la queue-leu-leu, escortés d’ânes, de carrioles et de gamins, lorsque des soldats ont arrêté la circulation. Nous sommes restés là à rôtir au soleil, assoiffés, poussiéreux, une petite demi-heure. Mes voisins résignés, sans souci apparent, et moi, intrigué, me demandant pourquoi cette halte. Un accident, sans doute. Jusqu’à voir majestueusement, à cent mètres de distance, sur une belle route asphaltée dite de contournement, un 4×4 véhiculant une radieuse famille de colons, toutes vitres ouvertes, enfants riant aux éclats, maman bronzée, épanouie, papa au volant, cheveux dans le vent. Le chemin des gueux jouxtait la route des seigneurs. Tout devait s’arrêter jusqu’à leur passage, sécurité oblige. Après cette vision quasi surréelle d’un bonheur familial et triomphant, d’un geste de la main, les troufions du check-point nous firent signe d’avancer, mais désirant sans doute s’amuser, ils pointaient du doigt l’une ou l’autre des voitures en convoi pour faire sortir les passagers du véhicule et les faire poireauter en pleine chaleur, for the fun of it. C’est sans doute grisant, ce pouvoir de se faire obéir au doigt et à l’œil. Quand je suis passé à mon tour devant eux, le chauffeur palestinien m’a mis en garde dans un mauvais anglais :’’Ne les regarde pas en face. Baisse la tête. Ce sont nos maîtres‘‘ ».
    c. L’accès à l’eau et la création de nouveaux puits d’eau dans les territoires occupés sont complètement contrôlés par Israël. Les colons israéliens consomment cinq fois plus d’eau par tête que les palestiniens et la payent à un prix quatre fois moindre que ces derniers.

    2. L’État d’Israël exproprie, souvent, des terres de citoyens palestiniens pour les distribuer, ensuite, à des citoyens juifs (cf., par exemple, Brous Devorah : « Not greening, but weeding the Negev » dans HAARETZ.com 03.03.2006).

    3. L’État d’Israël pratique une discrimination en matière de financement du développement municipal [cf.“Land Planning and Policy in Israël,” The Arab Association for Human Rights (Israel),www.arabhra.org/factsheets/factsheet2.htm].

    4. L’État d’Israël pratique une discrimination en matière d’application de la loi sur le regroupement familial (cf., par exemple, “Israel/Occupied Territories : High Court decision institutionalizes racial discrimination,”Amnistie Internationale, mai 2006, et“Israel and Occupied Territories : Torn Apart : Families split by discriminatory policies,” Amnistie Internationale, juillet 2004).

    5. L’État d’Israël pratique des inégalités systématiques à l’égard de ses citoyens palestiniens. En effet, à la suite du soulèvement des citoyens palestiniens d’Israël, en l’an 2000, une Commission a été créée (la Commission Or) pour enquêter sur les raisons de ce soulèvement. Dans son rapport achevé en 2003, la Commission Or a indiqué que « le traitement du gouvernement [israélien] du secteur arabe est essentiellement discriminatoire… l’État n’a pas suffisamment essayé d’être équitable envers ses citoyens arabes pour éliminer les phénomènes discriminatoires ou injustes ». La Commission Or a, en outre, indiqué que la discrimination des services policiers perpétrée contre les citoyens palestiniens d’Israël était un problème répandu et récurrent. Voir à ce sujet « Official Summary of the Or Commission Report » reproduit dans HAARETZ.com en septembre 2003.

    6. L’État d’Israël n’attribue pas à ses citoyens palestiniens les avantages, les services et les opportunités qu’il attribue à ses citoyens juifs. En effet, dans un Rapport du Département d’État Américain, il est indiqué que le « gouvernement [israélien] n’a pas alloué de ressources suffisantes ou pris de mesures adéquates afin de fournir aux arabes israéliens la même qualité de services gouvernementaux ainsi que les mêmes possibilités d’emploi au gouvernement que celles fournis aux juifs » (cf. “Country Reports on Human Rights Practices – 2003 : Israel and the Occupied Territories,http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2003/27929.htm).

    7. L’État d’Israël pratique, à l’égard des palestiniens, « l’exécution extrajudiciaire » qui exécute, souvent, en plus du, soi-disant, coupable, sa femme, ses enfants et les malchanceux passants qui se sont trouvés dans son voisinage à l’heure de l’exécution.

    Devant cette situation qui perdure depuis l’existence de l’Etat d’Israël, on est en droit de se demander s’il existe une chance pour que l’Apartheid israélien soit, un jour, aboli. Avec l’échiquier politique israélien d’aujourd’hui et les intentions déclarées du Gouvernement Benyamin Netanyahou, explicitées dans ses politiques actuelles et les trajectoires de ses principaux protagonistes, on a, malheureusement, tout à craindre pour la Paix dans la région et l’amélioration, à court terme, de la situation d’Apartheid dans laquelle vivent les palestiniens des deux cotés du Jourdain. Pour corroborer cette inquiétude, il suffit de rappeler la position du Likoud (Parti majoritaire dans ledit Gouvernement) quant à la création d’un Etat Palestinien. En effet, la plate-forme électorale du Likoud déclare explicitement :

    « Le gouvernement d’Israël rejette catégoriquement la création d’un État arabe palestinien à l’ouest du Jourdain. Les Palestiniens peuvent gérer leur vie librement, dans le cadre de l’autonomie, mais pas en tant qu’État indépendant et souverain. Ainsi, par exemple, en matière d’affaires étrangères, de sécurité, d’immigration et d’écologie, leur activité est limitée et doit être en conformité avec les impératifs de l’existence d’Israël, de sa sécurité et de ses besoins nationaux »(cf.http://www.knesset.gov.il./election…).

    HORCHANI Salah

  2. HORCHANI Salah says:

    Trilogie Israélienne : 3. De la « Pax israelia » à la « Paix des braves » !

    De prime abord, je dois avouer que je ne prétends nullement à une objectivité totale, mais j’ai essayé, dans ce qui va suivre, de m’appuyer, autant que faire se peut, sur des éléments tangibles et objectifs.

    En premier lieu, il convient de souligner que c’est bien Israël, en réalité, qui a créé le Hamas, « en pensant (comme l’assure Zeev Sternell, historien et Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem) que c’était intelligent de jouer les islamistes contre l’OLP ».

    En effet l’histoire du Hamas a commencé au début des années soixante-dix, quand Ahmed Yassine, de retour du Caire, fonde une association islamique de bienfaisance, et ce bien avant la création du Hamas lui-même, en 1987. Golda Meir, alors premier ministre, était la première à percevoir dans ce mouvement un contrepoids efficace au Fatah d’Arafat et aux autres organisations palestiniennes de gauche. D’ailleurs, l’hebdomadaire israélien, Koteret Rashit écrivait en octobre 1987 (cf., le quotidien le Monde du 18 novembre 1987) : « Le gouvernement militaire (en charge de l’administration de la Cisjordanie et de Gaza) était convaincu que ces activités ( i.e. les activités de ladite association : création d’orphelinats, de dispensaires, d’une Université Islamique à Gaza, en 1978, … mise en place d’un réseau scolaire, d’ateliers de confections pour l’emploi des femmes,…) affaibliraient l’OLP et les organisations de gauche à Gaza ». La première Intifada, qui a débuté en octobre 1987, a pris au dépourvu le mouvement islamiste d’Ahmed Yassine et a été l’un des éléments moteur qui a conduit ce mouvement à prendre le train « de la résistance » à Israël en marche, et ce en créant, le 14 décembre 1987, sans être inquiété par le gouvernement militaire, le Hamas (acronyme partiel de l’expression « Mouvement de la résistance islamique » en arabe).

    Initialement, le Hamas a déclaré dans sa Charte que son but essentiel est la « Libération de la Palestine » historique (i.e. le territoire actuel composé de l’État d’Israël, la Cisjordanie et la Bande de Gaza). On peut, d’abord, considérer cette Déclaration comme étant un des principaux arguments qui ont servi le plus Israël pour s’opposer à tout traité de paix qui ne soit pas une « Pax israelia » et qui l’ont conduit à être tolérant envers le Hamas, tant qu’il ne l’abandonne pas.

    Et c’est ainsi, grâce à la bénédiction d’Israël, que les islamistes ont pu tisser, calmement, leur toile, au prix d’une répression impitoyable frappant les militants du Fatah et de la gauche palestinienne. Se nourrissant des échecs successifs du processus de paix, échecs auxquels il a contribué , indirectement, de concert avec Israël (Israël qui multiplie les entraves à l’application des accords d’Oslo et qui refuse d’appliquer les résolutions de l’ONU ou toute autre « feuille de route », et le Hamas qui continue à prôner la Libération de la Palestine historique), le Hamas a pu « prospérer » avant de prendre le pouvoir à Gaza en juin 2007.

    On peut, aussi, considérer que c’est l’abandon de ladite Déclaration par le Hamas, en 2006, qui a conduit Israël, se trouvant dans la position de l’arroseur arrosé, à abandonner son allié implicite dans sa farouche opposition à la conclusion d’un Traité de Paix des Braves. En effet, Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas, a déclaré dans le Monde Diplomatique du 22 décembre 2008 : « Le Hamas et les forces palestiniennes ont offert une occasion en or d’apporter une solution raisonnable au conflit israélo-arabe. Malheureusement, personne ne s’en est saisi, ni l’administration américaine, ni l’Europe, ni le Quartet. Notre bonne volonté s’est heurtée au refus israélien que personne n’a la capacité ou la volonté de surmonter. Dans le document d’entente nationale de 2006 signé avec toutes les forces palestiniennes (à l’exception du Jihad islamique), nous affirmons notre acceptation d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem comme capitale ». En outre Khaled Mechaal a déclaré, en février 2006 à un journal russe : « Si Israël reconnait nos droits et s’engage à se retirer de tous les territoires occupés en 1967, le Hamas, et avec lui l’ensemble du peuple palestinien, décideront de mettre un terme à la résistance armée ». Enfin, en décembre 2008, quelques jours avant la meurtrière offensive israélienne « Plomb Durci » dans la Bande de Gaza, le même dirigeant du Hamas, Khaled Machaal, a déclaré : « Nous avons une position de réserve par rapport à la reconnaissance d’Israël. Mais, malgré cela, nous avons dit que nous ne serions pas un obstacle aux actions arabes pour la mise en œuvre de l’initiative arabe de 2002 (celle-ci propose à Israël une reconnaissance globale en échange de la fin de l’occupation Israélienne de Jérusalem Est, de la Cisjordanie, du Golan et des fermes de Cheeba). Les Arabes ont multiplié les initiatives. Ils ont renouvelé leur proposition en 2007. Et, malgré cela, la direction israélienne refuse l’initiative de paix arabe, elle la découpe en parties, elle joue sur les mots, elle multiplie les manœuvres ».

    Aussi, continuer à proclamer, aujourd’hui, que le Hamas prône la destruction de l’Etat d’Israël relève de l’intox et de la désinformation dont le seul but est de justifier la farouche opposition de la direction israélienne actuelle à tout traité de paix qui ne soit pas une « Pax israelia ».

    La Stratégie israélienne a connu un premier revers au Liban en 2006, un second à Gaza, en janvier 2009, et un troisième, tout récemment, suite au massacre subi, le 31 mai 2010, par la « Flottille de la Paix » de la part de la Marine Israélienne. Ce dernier revers sonne comme étant le début de la fin de l’impunité d’Israël, impunité qui a fait repousser toutes les opportunités de paix : Israël, étant au dessus des lois, n’était prêt qu’à signer une « Pax israelia », à sa pointure, que le peuple palestinien doit accepter sans conditions. En outre, à défaut d’acheminer sa cargaison à bon port, la « Flottille de la Paix », avec le massacre qu’elle a subi, a ouvert une importante brèche dans la stratégie israélienne, dans laquelle s’est glissée l’administration américaine, en conduisant la communauté internationale à dénoncer, rigoureusement et d’une seule voix, le blocus de Gaza, en vigueur depuis 2007, et ses tragédies humanitaires insupportables.

    La question qui s’impose, devant le massacre subi par la « Flottille de la Paix » et devant les souffrances du peuple palestinien, qui perdurent depuis plus de six décennies, est de se demander comment se fait-il qu’un peuple qui a subi la barbarie nazie la plus atroce peut se montrer aussi cruel envers un autre peuple ? Je suis sûr que ce qui se passe, aujourd’hui, sur la Terre de Palestine doit indigner ces millions d’innocentes victimes de la Shoa qui nous regardent de là-haut ou de quelque part !

    Dans ce cadre, le quotidien Haaretz (troisième quotidien d’Israël) n’a pas hésité, moins de deux semaines avant le drame de la Flottille de la Paix, à écrire, sous la plume de Bradley Burston, que certaines décisions du gouvernement israélien d’aujourd’hui sont dignes d’un état fasciste (HAARETZ.com 18.05.10).

    Que tous ces événements puissent conduire tous ceux qui partagent la devise « Même quand Israël a tort, Israël a raison », et dont le cerveau bogue dès qu’il est question d’Israël, à se rendre compte qu’Israël ne peut plus continuer longtemps à rester sourd aux injonctions du Droit International, que le temps est compté, que le vent tourne, et qu’être raisonnable se conjugue, aussi, en hébreu et se trouve au centre de la Sagesse Talmudique.

    Que ce qui s’est passé ce 31 mai puisse précipiter les pourparlers israélo-palestiniens, être les prémisses de la fondation d’un État palestinien, indépendant et prospère, de la conclusion d’une Paix des braves entre tous les belligérants de la région, de la transformation de Jérusalem la Sainte (El-Qūds), après avoir été, de tous les temps, le terrain d’affrontement et de déchirement de toutes les croyances et de tous les empires, en un terrain de la concorde de toutes les spiritualités, avec, en premier, celles des descendants des enfants d’Abraham.

    HORCHANI Salah