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L’infiltration des esprits : Médias, manipulation mentale et marginalisation des OVNIS Imprimer Email
Écrit par Richard M. Dolan   
THURSDAY, 13 SEPTEMBER 2007 01:21

Copyright 2002 par Richard M. Dolan. Tous droits réservés.


La rencontre de juillet 2002

 

 

Avec le carcan qui enserre actuellement la diffusion de l’information, les récits factuels sur les OVNIS sont pratiquement inexistants. Pour obtenir quoi que ce soit de digne d’intérêt, il faut contourner tous les Grands Médias. Pourtant, de temps en temps, un minuscule signal apparaît sur le radar des médias traditionnels.

Comme par exemple, l’incident qui eut lieu en été 2002. Le 26 juillet 2002, vers 2 h du matin, tout près de Washington D.C., deux jets F-16 furent aperçus en train de poursuivre un objet bleuâtre qui les surpassa en manœuvre et parvint à les semer. L’objet disparut aussi des radars de l’Air Force. Comment se fait-il que nous ayons entendu parler de cet événement ?

Il se trouve que pendant que la poursuite avait lieu, la station de radio locale de la région, WTOP, reçut une demi-douzaine d’appels téléphoniques concernant cette apparition, de la part de résidants du coin. C’est cette petite station de radio, et non Reuters ou AP, qui dévoila l’histoire. Par ailleurs, FOX et CNN mentionnèrent cette histoire une fois à la télévision locale.

Le lendemain, le Washington Post publia un article sur cet événement — article de longueur normale se basant principalement sur un témoignage oculaire et sur le rapport du bureau des relations publiques de l’Air Force. Bien que l’article du Post ne fût pas dédaigneux, il ne remettait pas en cause la déclaration de l’Air Force selon laquelle les pilotes n’avaient rien vu à l’œil nu (les jets poursuivaient de toute évidence un objet vu par de nombreuses personnes au sol). À la place, le Post se contenta surtout de répéter les déclarations de l’Air Force, à savoir que l’objet aurait pu être « toutes sortes de choses » (quelles choses ?). L’article du Post ne posa pas non plus de questions embarrassantes, comme celle-ci : qu’est-ce qui pouvait bien envahir l’espace aérien américain aussi près du Capitole, en plein après-11 septembre ?

[Légende : Bien que le F-16 soit largement reconnu comme le meilleur avion de combat polyvalent au monde, deux d’entre eux ne parvinrent pas à intercepter un OVNI volant près du Capitole en juillet 2002.]

Une poignée de grands journaux reprirent telle quelle l’histoire du Post, et ce fut toute la couverture médiatique qu’obtint l’incident. Reuters et AP ne la diffusèrent jamais. À vrai dire, aucune agence de presse ne le fit — fait très important. Selon l’analyse de Terry Hansen dans son livre The Missing Times[1], les agences de presse agissent comme des points d’étranglement médiatique. Si une histoire n’est pas reprise par les agences, elle disparaît à coup sûr. En effet, même les sites Web de CNN et de Fox omirent de rapporter l’information sur la rencontre avec l’OVNI, bien qu’ils eussent diffusé l’événement à la télévision.

C’est comme si cet événement ne s’était jamais produit, sauf qu’il s’est bien produit. Un OVNI occupant l’espace aérien américain, en plein après-11 septembre, pris en chasse par deux avions d’interception, à proximité du Capitole. Réfléchissez-y un instant. Et l’histoire tombe rapidement dans l’oubli et le silence médiatique. Disparue à jamais.

 

La Bataille pour votre Esprit

 

La plupart des gens ne réalisent pas que des phénomènes aériens étranges et inexpliqués se produisent continuellement. Il ne s’agit clairement pas d’un simple reliquat d’une culture de la guerre froide, non : ces phénomènes font partie de notre monde actuel, tout comme c’était le cas lors de la période des fameuses soucoupes volantes, dans les années 1950 et 1960. Habituellement, il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un, quelque part sur la planète, n’aperçoive quelque chose d’extraordinaire. Nombre de ces observations sont d’une grande qualité, en termes de détails factuels observés et de crédibilité des témoins. Mais rarement un mot là-dessus n’apparaît dans les médias traditionnels, au sein desquels le phénomène OVNI apparaît comme un sujet pittoresque, charmant et plus que dépassé.

En fait, les médias traditionnels, et particulièrement les médias américains, sont incapables de traiter cette question d’une façon détachée. Une situation très commode, si vous faites partie d’un appareil de sécurité nationale qui, depuis plus de cinquante ans, est incapable de gérer la question des objets volants inexpliqués. Malgré les nombreuses violations de l’espace aérien et les tentatives d’interception manquées qui ont lieu depuis des années, la totalité de la couverture médiatique du sujet se situe quelques degrés au-dessus du Zéro absolu.

En déduire que quelqu’un tente d’influencer notre perception de la réalité paraît être une conclusion raisonnable.

La manipulation mentale évoque quelque chose de sinistre, et ça l’est. Mais c’est aussi un fait universel de la société humaine. Il y a des siècles de cela, les églises furent les premiers instruments à façonner nos pensées, détenant un quasi-monopole d’accès aux âmes des hommes et des femmes. Les souverains se servirent des églises pour modeler des esprits dociles et imposer l’obéissance. Napoléon comprit cela aussi bien que les autres, faisant observer que « la religion est ce qui empêche les pauvres d’assassiner les riches ».

Aujourd’hui, les élites dominantes ont bien mieux que les églises : des mass médias centralisés, qui diffusent et organisent l’information et les divertissements pour des milliards de personnes. Les églises furent efficaces dans leur action, mais aujourd’hui, les stars de la manipulation mentale sont les mass médias électroniques : à savoir, la télévision qui occupe la place d’honneur dans votre salle de séjour.

Ainsi, pendant que vous vaquez à vos affaires courantes — en supposant que vous soyez un agent indépendant dans le jeu de la vie —souvenez-vous qu’il existe une bataille sans fin menée pour obtenir l’influence sur votre esprit, et disons-le, pour construire votre réalité. Et il est clair que les OVNIS ne sont pas destinés à faire partie de cette réalité.

 

1947 : Voilà les OVNIS

 

Chacun sait que le phénomène OVNI remonte à plus loin que l’année 1947, mais cette année-là fut celle où il interpella pour de bon certains chefs de la sécurité nationale américaine. Ce fut l’année où le général Nathan Twining déclara que les OVNIS étaient « réels, et non imaginaires ou factices », et qu’ils s’engageaient dans des manœuvres tactiques de fuite face à notre armée. Les scientifiques allemands de Wright Field et de White Sands Proving Grounds[2] se creusèrent la tête pour savoir qui ou quoi se trouvait à l’origine de la technologie des soucoupes volantes.

S’agissait-il simplement d’un curieux phénomène psychosocial, comme le dirent occasionnellement les militaires au public, et comme beaucoup le croient encore aujourd’hui ?

Ce n’est pas ce que la communauté des renseignements étasunienne semblait penser, comme le prouve ce mémorandum classifié établi par le FBI en 1949 :

« Les renseignements de l’armée ont récemment déclaré que la question des “avions non identifiés” ou des “phénomènes aériens non identifiés”, autrement connus sous le nom de “disques volants”, “soucoupes volantes” et “boules de feu” est considérée comme top secrète par les officiers des renseignements des forces armées et de l’Air Force. »

Je n’ai jamais compris pourquoi on ne parle pas plus de ce mémo. Il affirme que les OVNIS étaient considérés comme top secrets. (Il est intéressant de voir que sur les milliers de documents diffusés via le Freedom Information Act, seule une petite poignée sont classés Top Secret — on voit plus souvent des classifications inférieures comme Restricted [Diffusion Restreinte — NdT] ou Secret. Où sont les documents Top Secret ? Vraisemblablement quelque part, et peu susceptibles d’atteindre les regards inquisiteurs des « profanes » — comme le public.)

[Légende : Des documents comme le JANAP 146[3] démontrent que les OVNIS étaient, et demeurent, d’intérêt de sécurité nationale. Les informations les concernant doivent par conséquent être minutieusement traitées.]

Au début des années 1950, on mit en place des règles de confidentialité comme l’AFR-200 et le JANAP 146, ce qui réduisit efficacement au silence le personnel militaire et les pilotes des lignes commerciales, concernant les observations d’OVNIS. Les cercles de la sécurité nationale prenaient visiblement les OVNIS très au sérieux.

 

La révolution silencieuse

 

Pendant que le problème des OVNIS tombait littéralement du ciel et atteignait les personnes responsables de la sécurité nationale étasunienne, une révolution silencieuse avait lieu — indépendante mais sur une ligne parallèle. 1947 fut aussi l’année du National Security Act, qui créa une armée de l’air indépendante et la CIA, et qui unifia les services militaires sous la direction d’un secrétaire de la Défense. Des années plus tard, le président Dwight Eisenhower mit en garde l’Amérique contre le dangereux développement de son « complexe militaro-industriel ». Ce complexe reçut son baptême avec cette loi.

Plusieurs personnes qui étudient la période de la fin des années 1940 (dont moi-même) utilisent le terme « État de sécurité nationale » pour décrire ce qui a eu lieu aux États-Unis. Je pense que cette expression est totalement appropriée, car ce qui se développa vraiment à cette époque fut un État dans l’État, situé au-dessus des lois régulières du pays.

Occasionnellement, des auteurs ufologues tentent d’établir une connexion entre le National Security Act et le crash de Roswell, ou plus généralement le phénomène OVNI lui-même. Au sens strict, cette position n’est pas défendable. Les efforts pour unifier l’armée peuvent être retracés directement jusqu’en 1945, conséquence des frustrations liées au fait de mener une guerre planétaire, et par la suite, conséquence des débuts d’une broutille du nom de Guerre Froide. Les OVNIS n’étaient pas nécessaires pour reconduire ces efforts, et le crash de Roswell était un événement trop récent pour être un facteur à prendre en compte.

Mais même si les OVNIS n’étaient pas ce qui motiva en premier le National Security Act, les agences concernées par cette loi eurent assurément à s’occuper de cette question.

Jouons au jeu du « et si ».

Imaginez que vous avez remonté le temps, que vous êtes en train de vivre cette année fatidique que fut l’année 1947, et que de surcroît, vous vous appelez Harry S. Truman. Imaginons aussi que, d’une façon ou d’une autre, votre armée a eu accès à un « engin » (disons, Roswell) qui n'est « pas de ce monde ».

Que feriez-vous ? Mettriez-vous le monde au courant ? Le diriez-vous à quelques alliés choisis ? Ou le conserveriez-vous comme un noir secret, maintenu à l’écart de tous, hormis des personnes les plus essentielles ?

Avant de répondre, pensez à la façon dont vous avez géré le secret sur cet autre sujet explosif du moment : la bombe atomique. Nous savons quelque chose là-dessus. En 1947, les États-Unis détenaient toujours le monopole des bombes atomiques fonctionnelles. Le reste du monde, pendant ce temps-là, frappait à la porte, exigeant que le contrôle de cette nouvelle technologie radicale revienne aux Nations unies. C’était une question très importante à l’époque, et qui est pratiquement oubliée aujourd’hui.

La réponse étasunienne à ce genre de demande ? Hors de question. Remettre la bombe aux Nations unies revenait à l’offrir au Kremlin sur un plateau.

Réticent à l’idée de partager les secrets nucléaires avec le monde, vous ne partageriez certainement pas quelque chose d’aussi exotique qu’une technologie extra-terrestre. Au lieu de cela, vous classifieriez probablement le sujet sous les termes « supérieur à la bombe H » (pour reprendre les paroles du Canadien Wilbert Smith[4] en 1950). Above Top Secret[5]. D’autant plus ultra-ultra-secret que le KGB avait déjà infiltré la Défense et les établissements scientifiques étasuniens (ce qui leur permis de faire exploser leur propre bombe atomique dès 1949). Vous pourriez même établir un groupe ultra-secret (MJ-12, par exemple ?) pour étudier cette technologie, découvrir ce qui se passe au juste, et le taire à tous les autres.

[Légende : le président Truman était réticent à partager les secrets nucléaires avec les Nations unies. Aurait-il partagé une connaissance sur les OVNIS ? Ou sur une technologie extra-terrestre ?]

En général, les historiens n’aiment pas jouer au jeu du « et si ». Ce genre de conjecture, après tout, ne donne guère l’illusion de la rigoureuse objectivité à laquelle la plupart d’entre eux aspirent. Mais les chercheurs en ufologie ne travaillent pas sur un terrain balisé. Nous ne pouvons pas lire les archives entreposées à Langley[6] ou pénétrer dans les fichiers du DIA[7]. Nous devons étudier les données factuelles qui sont en notre possession et tenter d’y trouver la meilleure explication possible. Selon moi, ces faits corroborent le scénario ébauché plus haut.

 

L’État de manipulation mentale par le biais des médias

 

En 1947, la radio s’était pleinement développée et la télévision avait fait son apparition. De nombreux responsables étasuniens crurent que la nouvelle technologie médiatique annonçait une opportunité sans précédent de façonner le bon type d’esprit collectif. Et en effet, le concept d’une « culture étasunienne du consensus » devint un thème dominant chez les sociologues des universités, de l’industrie et du gouvernement.

Le directeur de la CIA, Allen Dulles, croyait assurément en l’utilisation des médias pour épauler l’État de Sécurité Nationale. Vers le début des années 1950, il avait déjà établi des liens étroits avec la plupart des directeurs de l’establishment des médias étasuniens. Nous savons quelque chose à ce sujet grâce à l’article de Carl Bernstein publié dans Rolling Stone en 1977. Bernstein révéla qu’au cours des années 1950 et 1960, la CIA avait au moins 400 journalistes en fonction sur sa liste d’employés. Ces derniers étaient placés dans les institutions journalistiques d’élite — comme le New York Times, le Washington Post, le Christian Science Monitor, le Saturday Evening Post, CBS News — et à d’autres postes. La CIA avait aussi des journalistes d’agences de presse — ces points d’étranglement médiatique — comme Reuters, AP et UPI sur sa liste d’employés.

Que faisaient les journalistes payés par la CIA ? À l’étranger, ils collectaient souvent des informations pour l’Agence, informations qui autrement auraient été difficiles à obtenir, et nouaient fréquemment des relations pratiques avec des sujets étrangers. La couverture de journaliste se révélait fort utile pour cela.

Cependant, plus graves furent les cas où la politique d’information fut influencée, ou même élaborée, par une agence de presse en relation avec la CIA. Cela incluait des choses aussi extrêmes que l’insertion de désinformation, ou des choses aussi subtiles que la décision de ne pas publier certains types de récits, ou l’influence sur la politique éditoriale.

Cela signifie-t-il que la CIA contrôlait les grands médias ? Pas tout à fait. Mais, vous pourriez vous demander quelle serait l’étendue de l’influence que vous acquérriez sur les médias si vous y aviez 400 journalistes bien placés travaillant secrètement pour vous.

La CIA, en passant, déclara par la suite qu’elle ne s’engageait plus dans de telles activités. Ce qu’il faut comprendre par là, c’est qu’elle n’a plus de politique consistant à mettre des journalistes de grands médias sur sa liste d’employés. Cela ne signifie pas qu’elle n’entretient pas d’étroites relations de travail avec les journalistes étasuniens. En fait, de nombreux journalistes entretiennent délibérément des relations avec des « sources secrètes » haut placées, dans l’espoir qu’au cours de ces contacts, ils auront accès à des informations importantes et exclusives.

Le résultat de tout ceci est une gestion de l’information efficace. Cela inclut le sujet des OVNIS. Depuis 1947, année où l’Air Force s’employa à retirer la question OVNI du domaine public, les médias ignorent typiquement cette question. Quand ce n’est pas le cas, le sujet est fréquemment l’objet de plaisanteries. Comme je l’ai écrit quelque part, la diffusion de toutes les déclarations majeures de l’Air Force et de la CIA sur les OVNIS a, à quelques exceptions près — ce qui est remarquable — été accueillie avec l’accord sans réserve des médias.

Et au cas où on l’oublierait : lorsqu’en 1953, la Commission Robertson[8] (sponsorisée par la CIA) proposa ses recommandations sur la façon de gérer la dimension publique du problème OVNI, ses membres prirent pour acquis le fait que les médias traditionnels travailleraient en étroite collaboration avec le gouvernement (en secret, évidemment) pour « démonter » le phénomène OVNI et éduquer le public sur ce qu’il devait croire.

 

Gestion du Village planétaire

 

Certains croient qu’aujourd’hui, avec l’existence d’un réseau de communications mondial fondé sur l’Internet, il devrait être plus difficile de dissimuler les informations concernant les OVNIS. À vrai dire, il semble que ce soit l’inverse.

La raison en est qu’aujourd’hui, plus rien n’est indépendant. Il y a cinquante ans, quand on parcourait les États-Unis en voiture, on pouvait écouter des stations de radio véritablement indépendantes, qui — aussi incroyable que cela puisse paraître — employaient des gens du coin pour rapporter les nouvelles locales. On pouvait lire un journal indépendant (concurrent de plusieurs autres journaux indépendants dans la même ville). Les journalistes rivalisaient pour décrocher le « scoop », pour obtenir les dessous de telle ou telle histoire que personne d’autre ne pouvait obtenir. En d’autres mots, les fouineurs pouvaient encore travailler pour un grand journal.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas comme ça que ça marche aujourd’hui. Ce que les gens ont besoin de réaliser, c’est qu’il n’existe plus de marché libre pour l’information.

Ceci n’est pas une remarque facétieuse ou une hyperbole. L’Amérique n’a plus de presse libre. En tout cas, pas celle en laquelle nous avons cru en grandissant.

La fusion des médias ces vingt dernières années a complètement transformé le journalisme américain. Bien que la presse ait été généralement asservie au gouvernement les premières années, nous faisons aujourd’hui face à quelque chose de si différent que nous manquons encore d’outils conceptuels pour le définir.

Le marché médiatique global est aujourd’hui dominé par sept sociétés multinationales : Disney, AOL-Time Warner, Sony, News Corporation, Viacom, Vivendi et Bertelsmann. Elles se partagent entre elles les plus grands studios de cinéma des États-Unis, tous les réseaux de télévision étasuniens à l’exception d’un, plus de 80 pour cent du marché musical mondial, la plupart des transmissions par satellites dans le monde entier, une grande partie du marché de l’édition de livres et de la publication de magazines commerciaux, la plupart des chaînes de TV commerciales du câble, la part du lion concernant la télévision européenne, et bien plus encore.

[Légende : les OVNIS ont pratiquement disparu des journaux, malgré les vagues continues d’apparitions.]

Ces organisations, bien sûr, n’existent pas pour faire les quatre volontés de l’appareil de sécurité nationale des États-Unis. Elles existent pour faire d’énormes bénéfices, ce qu’elles font très bien. La pénurie d’actualités authentiques disponibles au citoyen lambda de par le monde est moins due à leur intention conspirationniste qu’à une action en faveur de leurs priorités. En général, elles ont progressivement enlevées les « informations sérieuses » de leurs priorités, et les ont remplacées par des divertissements superficiels. Les actualités d’aujourd’hui sont conditionnées, organisées, et inextricablement entremêlées avec le divertissement. Il s’agit d’un produit. Pourquoi ? Parce qu’il fait mieux vendre la publicité.

La CIA n’est guère nécessaire pour détourner le public étasunien de son ancienne folie pour le débat public. Les Étasuniens constituaient autrefois une société à l’esprit profondément civique. Mais le commercialisme et le consumérisme rampants, présentés comme un « individualisme » factice, ont érodé cela. « Achetez-ceci, possédez cela, acquérez cet objet maintenant, parce que vous le méritez ! » Et tout aussi important que le message, le média lui-même : la télévision, qui non seulement encourage la passivité, mais surtout, hypnotise.

J’entends par là que la publicité utilise des images adroitement conçues pour déclencher certaines associations et réponses émotionnelles qui sont alors reflétées par des changements et des effets sur les processus physiques du cerveau, et peut-être sur ses structures. Cela se produit par une succession rapide d’images arrêtées qui se fraient un chemin jusqu’aux recoins de notre cerveau, avant que nous soyons capables d’analyser ou de traiter le message, ce qui est bien sûr le but principal. Elles nous rentrent vraiment dans la tête, nous changent, et même, nous pacifient.

Voici un scoop pour vous : le citoyen moyen des États-Unis regarde la télévision 37 heures par semaine, ce qui inclut 714 publicités en moyenne. Cela nous donne 1856 heures et 37 000 publicités par an. Vous pensez que cela ne vous atteint pas, pas vrai ? La quantité de publicités que nous regardons, en passant, est à peu près 50% plus élevée qu’il y a une génération, grâce à la déréglementation toujours plus forte du marché.

Alors que les géants des médias suivent leur propre objectif, le fait qu’ils soient si peu nombreux est sans aucun doute pratique pour l’élite au pouvoir. S’il vous incombe d’organiser l’opinion publique, ne serait-il pas mieux d’entretenir des relations avec, disons, sept firmes majeures, plutôt qu’avec une centaine de petites firmes ? À mon avis, oui.

La relation entre les Grands Médias et l’État de sécurité nationale est symbiotique. Les Grand Médias ressemblent beaucoup plus à un cartel qu’aux firmes concurrentielles mentionnées dans les manuels d’économie. Ils s’organisent en lobbies, par exemple, à des niveaux régionaux, nationaux et mondiaux. Ceux qui les détiennent sont souvent les mêmes. Ils sont connus pour obtenir ce qu’ils veulent des hommes politiques, et ont même rédigé des portions considérables de l’horrible Telecommunications Act de 1996, qui, essentiellement, porta un coup fatal aux médias du pays orientés vers le service public.

Le Telecommunications Act fut loué par ses promoteurs, qui y virent un grand pas vers un marché des communications « ouvert, compétitif et largement déréglementé ». Si cette affirmation n’était pas aussi intéressée et exaspérante, elle serait ridicule. À peine six ans plus tard, l’Histoire a confirmé les craintes de ceux qui s’opposèrent à cette loi. La fusion des médias s’est accélérée, le pouvoir est davantage centralisé, et les programmations — particulièrement pour la radio et la télévision — sont plus préformatées que jamais. En effet, la radio a atteint sa destination finale en tant que moyen de divertissement centralisé, automatisé et étroitement préformaté. En ce qui concerne ce média, au moins, la transformation est accomplie.

Les Grands Médias obtiennent assurément ce qu’ils veulent du gouvernement. Mais rien n’est jamais gratuit. En échange, nos institutions dirigeantes jouissent de médias dociles qui lui offrent la plus grande impunité. Puisque les salles de rédaction du pays ont réduit leur nombre de reporters, elles diffusent maintenant volontiers des vidéos de communiqués préparés à l’avance par le gouvernement (VNRs — Video News Releases) en guise d’ « informations ».

Les spécialistes des médias estiment qu’environ 50 pour cent de toutes les informations présentées par les journaux, les radios et la télévision sont envoyées sous forme de communiqués de presse par des cabinets de relations publiques. Certains vont jusqu’à parler de 75 pour cent. Le pire est atteint avec la télévision. Selon une étude Medialink réalisée en 2001, 90% des salles de rédaction reposent maintenant sur la diffusion, lors de leurs journaux télévisés, de NVRs et de B-roll[9] fournis par des sources externes. Pour la plupart, il s’agit simplement de propagande gouvernementale ou d’entreprise menée dans un but personnel.

 

Réclamer notre Liberté

 

Le monde a toujours été un lieu de répression. Les élites ont toujours trouvé un moyen de contrôler l’opinion publique. Mais l’érosion du domaine public causée par les Grands Médias est particulièrement inquiétante. Le contrôle mondial de l’information par une poignée de méga-sociétés permet de sélectionner, manipuler, formater et déformer la réalité de plus en plus facilement, ce qui affecte les consommateurs, qui deviennent les destinataires toujours plus passifs d’une « culture de l’info-spectacle », au sein de laquelle il est difficile de séparer le divertissement de la publicité, les informations de la propagande, ou la vérité du mensonge. Comme l’a si bien dit Rage Against the Machine : nous sommes devenus « de simples victimes de la télé-gangster, abattus dans notre salon ; ils te disent “saute”, tu réponds : de quelle hauteur ? »

Il est vrai que les élites ne sont pas éternelles, et qu’aussi longtemps qu’un système de contrôle répressif existera, il y aura toujours des gens pour affronter le pouvoir. Si l’Histoire peut nous apprendre quoi que ce soit, c’est bien cela.

Le problème est qu’aujourd’hui, c’est plus compliqué qu’avant. Autrefois, si on voulait démarrer une révolution, on avait une idée générale sur l’identité de ceux qu’il fallait combattre et sur ce qu’il fallait faire, comme par exemple tuer le roi et reprendre nos terres au clergé. Ce n’était peut-être pas facile, mais au moins, il y avait un plan.

Mais comment retourner la situation lorsqu’on a une culture des médias omniprésente et inextricablement liée à l’élite au pouvoir, qui saucissonne l’information même dont vous avez besoin pour pouvoir avancer ? Qui est à même de pénétrer votre esprit, d’embrouiller et détourner vos facultés d’analyse, et de manipuler la réalité dans laquelle vous vivez ? Qui a remplacé une culture politique sensible aux questions sociales par une culture de la consommation atomisée, composée de gens assis tous seuls dans leurs salons, regardant la télévision ?

[Légende : la télévision — le représentant de commerce omniprésent qui se tient dans votre salon. Elle demeure le point central de Grands Médias qui ne cessent de fusionner.]

Je ne sais pas.

Mais, de même que les communautés de l’armée et des renseignements ne sont pas monolithiques, les Grands Médias ne le sont pas non plus. Non seulement il y aura toujours des éléments internes en compétition, mais à l’intérieur, il y aura toujours des gens qui seront en désaccord avec la ligne du parti. Ces gens peuvent devenir des alliés. Le plus important, toutefois, c’est que les gens qui sont à l’extérieur s’organisent entre eux, pour partager l’information et pour maintenir à distance la culture médias-entreprises-gouvernement. Bien qu’il soit impossible et imprudent d’ignorer cette culture, nous pouvons néanmoins commencer à revendiquer la souveraineté sur nos esprits, si nous savons qui combattre, et si nous nettoyons notre domaine de liberté.

Représentez-vous votre vie comme un fleuve. À votre naissance, vous êtes déposé dans un bateau. Tous les bateaux ne sont pas d’une qualité équivalente, ni d’un équipement équivalent. Alors que certains bateaux sont munis de cartes, de sièges confortables, et même de navigateurs, la plupart d’entre nous n’ont qu’une seule rame. Même si vous ne faites rien, le courant du fleuve vous emmènera quelque part, bien que selon toute probabilité, cet endroit ne soit pas particulièrement agréable.

Ce qui veut dire que vous devrez naviguer. Et le premier pas pour y arriver — le pas que malheureusement, beaucoup ne font jamais — est de reconnaître que vous avez besoin de naviguer. Le second, que vous pouvez y arriver.

Même si cela signifie remonter le courant.

_________________________________________________

[1] Les temps manquants — NdT

[2] Bases de l’US Air Force — NdT

[3] Joint Army-Navy-Air Force Publication, qui déclare que toute divulgation non-autorisée est considérée comme un acte d’espionnage et d’atteinte à la sécurité nationale — NdT

[4] Ufologiste et « contacté » canadien (mort en 1962) — NdT

[5] Littéralement : « au-dessus de Top Secret ». Classification non officiellement répertoriée, de niveau supérieur à Top Secret (Top Secret étant officiellement le niveau de classification le plus élevé aux Etats-Unis) — NdT

[6] Ville de Virginie, siège de la CIA — NdT

[7] Defence Intelligence Agency, agence du renseignement pour la Défense — NdT

[8] Vers la fin de l'année 1952, le NSC demanda officiellement à la CIA d'enquêter sur les OVNIS et sur la menace éventuelle qu'ils représentaient. L'OSI, bureau dépendant de la CIA, créa alors l'IAC, qu'il chargea de cette mission. Les avis de ce comité furent rendus dans le rapport de la « Commission Robertson », dont les réunions secrètes furent organisées à partir du 13 Janvierjanvier 1953. Cette commission tire son nom (Robertson Panel) de son illustre président, le docteur Harold Robertson, physicien travaillant lui-même pour la CIA.

Source : http://www.rr0.org/org/ — NdT

[9] B-roll : montages vidéo — NdT

 

Traduction française: Aude A.

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"Quelques-uns des hommes les plus importants des Etats-Unis, dans le domaine du commerce et de l'industrie, ont peur de quelque chose. Ils savent qu'il y a quelque part un pouvoir si organisé, si subtil, si vigilant, si intriqué, si complet, si envahissant, qu'il vaut mieux qu'ils n'en parlent qu'à voix basse quand ils en parlent pour le condamner." Woodrow Wilson, The New Freedom (1913)

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