Guardian Unlimited jeudi 3 janvier 2008 La croissance dans un relatif matérialisme depuis ces vingt dernières années est en train de prélever un lourd tribu sur le bien être des pays anglophones. La conséquence la plus significative du « capitalisme égoïste » (Tachterisme/Blatcherisme) est de loin une augmentation effrayante de l'incidence des maladies mentales aussi bien chez les enfants que les adultes depuis les années 1970. Comme je le rapporte dans mon livre « The Selfish Capitalist -Origin of Affluenza – Le Capitalisme Egoïste – l'Origine de l'Affluenza[1], les études de l'Organisation Mondiale de la Santé et représentatives des nations États-Unis, Grande Bretagne et Australie, révèlent qu'elle a pratiquement doublé entre le début des années 80 et le début du siècle. Il est peu vraisemblable que ces augmentations soient dues à une plus grande préparation à la reconnaissance de l'angoisse – la culture de la thérapie « psycho-blabla » était déjà établie.
Ajoutez à cela le fait plus qu'étonnant que les citoyens des nations anglophones du capitalisme égoïste (qui tendent à être une seule et même chose) ont deux fois plus de chance de souffrir de maladie mentale que ceux des principaux pays d'Europe de l'Ouest, qui sont largement capitalistes non-égoïstes dans leur politique économique. Une moyenne de 23% des Étasuniens, Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais et Canadiens en ont souffert dans les 12 derniers mois, mais seulement 11,5% des Allemands, Italiens, Français, Belges, Espagnols et Hollandais. Le message ne pourrait être plus clair. Le capitalisme égoïste, bien plus que les gènes, est extrêmement nuisible à votre santé mentale. Mais pourquoi est-il toxique ? Les lecteurs de ce journal n'auront guère besoin de se rappeler que le capitalisme égoïste a massivement accru la santé des biens portants, volant les salaires moyens pour les donner aux riches. Il n'y a pas eu d'effet « trickle-down »[2] après tout. Le salaire réel de l'anglophone moyen est resté le même – ou, dans le cas des États-Unis, a décru depuis les années 70. Bien plus que de réduire de moitié les taxes des plus riches et de transférer les charges sur la population générale, Margaret Thatcher a rétabli le capital des riches après trois décennies d'après-guerre lors desquelles ils étaient devenus continuellement plus pauvres. Bien que votre vision risque de se troubler avec ces statistiques, il vaut la peine de se rappeler que les 1% des plus hauts salaires britanniques ont doublé leur part des revenus nationaux depuis 1982, de 6,5% à 13%, les chefs exécutifs du FTSE 100[3] gagnent à présent 133 fois plus que le salaire moyen (contre 20 fois en 1980) ; et sous la chancellerie de Brown les 0,3% des plus riches ont récupéré plus de la moitié des capitaux en liquide (du cash, un revenu accessible instantanément), augmentant leur part de 79% durant les cinq dernières années. En elle-même, cette inégalité économique ne provoque pas de maladie mentale. Les études de l’OMS montrent que certaines nations se développant très inéquitablement, comme le Nigeria et la Chine, ont aussi la plus petite prévalence de maladie mentale. De plus, l'iniquité peut bien être plus grande dans les pays anglophones aujourd'hui, mais elle reste bien moindre qu'au 19e siècle. Bien que nous n'ayons aucun moyen de le savoir, il est fort possible que les troubles mentaux n'étaient nulle part ailleurs aussi étendus qu'aux États-Unis ou en Grande Bretagne, par exemple, à cette époque. Ce qui est dommageable est la combinaison de l'inégalité avec la diffusion du matérialisme relatif de l' « affluenza » - accordant une place très importante à l'argent, aux possessions, aux apparences et à la notoriété, quand vous avez déjà suffisamment de revenus pour subvenir à vos besoins psychologiques fondamentaux. Le matérialisme de survie est sain. Si vous avez besoin d'argent pour des médicaments ou acheter une maison, devenir soucieux de les obtenir ne vous rend pas mentalement malade. Mais le capitalisme égoïste alimente le matérialisme relatif : des aspirations irréalistes et l'espérance qu'elles peuvent être atteintes. Il le fait dans le but de stimuler la consommation pour augmenter les profits et promouvoir une croissance économique à court-terme. Effectivement, je maintiens que des hauts niveaux de maladie mentale sont essentiels au capitalisme égoïste, car les gens nécessiteux, misérables, sont des consommateurs avides et peuvent être plus facilement aspirés dans une frénésie de travail compétitif et perfectionniste. Avec des aspirations et des attentes surstimulées, l'entreprenante société de fantasme encourage l'illusion que tout un chacun peut devenir Alan Sugar ou Bill Gates, peut importe que la probabilité actuelle que cela se produise ait diminué depuis les années 70. Un britannique d'une vingtaine d'années en 1978 avait plus de chances qu'en 1990 de progresser socialement par l’éducation. Néanmoins dans la société « Big Brother / Cela Pourrait Être Vous », de larges portions de la population croient qu'elles peuvent devenir riches et connues, et que cela est hautement désirable. C'est le plus dommageable de tout – l'idéologie que l'abondance matérielle est la clé de la réalisation et ouverte à tous ceux qui veulent travailler suffisamment dur. Si vous n'y arrivez pas, il n'y a qu'une seule personne à blâmer – peu importe s'il ne peut être plus clair que c'est la faute du système, pas la vôtre. Dépressif ou anxieux, vous travaillez toujours plus. Ou peut-êtrevous effondrez-vous et rejoignez-vous la queue des indemnités journalières, laissant aux gens utilisés à faire des boulots à bas salaires dont la société vous a appris qu'ils étaient trop avilissants – et certainement pas des jobs non-payés, comme surveiller les enfants ou les parents âgés, qui sont des plus méprisables dans la liturgie du Nouveau Travailleur. À ce sujet, il y a vraiment de quoi s'arracher les cheveux si l'on croit les médias et des discours trop nombreux du type : « on vous mène par le bout du nez sans que vous le sachiez gardez le sourire !». En fait, il y a une alternative. Nous avons désespérément besoin d’un leader passionné et charismatique - et avant longtemps, je vous prédis que nous allons en avoir un - probablement une femme, qui invoquera le capitalisme non-égoïste de nos voisins. Le point est simple. Non seulement la réduction de la consommation et une plus grande égalité nous rendra écologiquement moins nocifs, mais il réduira de moitié la prévalence des maladies mentales en moins d'une génération. Oliver James discute du capitalisme égoïste avec Will Self, Madeleine Bunting et Stewart Wallis lors de trois séminaires à Londres ce mois-ci. http://www.selfishcapitalist.com/ [1] Affluenza : jeu de mot intraduisible entre « Influenza » : grippe, et « Affluence » : abondance, richesse. NdT [2] La théorie « trickle-down » suppose que les richesses accumulées par un petit nombre vont bénéficier à l\'ensemble des membres d\'une société . NdT [3] Le FTSE 100 ou Financial Time-Stock Exchange regroupe les 100 compagnies commerciales leaders de Grande Bretagne, NdT Traduction française: Caroline V.
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