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Le mystère persiste après la chute d’une énorme boule de feu au sud-est du Pérou Imprimer Email
Écrit par Andrew Westoll   
mercredi, 02 avril 2008 17:10
Globe and Mail
Dimanche 2 mars 2008

Après la chute d’une boule de feu au sud-est du Pérou en automne dernier, les scientifiques ont écarté l’hypothèse d'un satellite espion abattu. Mais beaucoup de questions restent en suspens sur le cratère inhabituel résultant de cet impact. Andrew Westoll rapporte :

Quand le Pentagone annonça lundi dernier qu’il avait réussi à abattre un satellite espion étasunien incontrôlable, les théoriciens du complot politique sont devenus fous. Les fonctionnaires ont déclaré que ce tir cosmique facile était une question de sécurité internationale – le satellite de la taille d’un autobus, trop gros pour brûler dans la phase de rentrée, transportait plus de 500 kg de gaz hydrazine toxique – mais les observateurs dans le monde entier se sont demandés à voix haute si l’histoire du satellite n'était pas seulement un prétexte pour l’armée étasunienne à faire l'étalage de sa force dans la course à l’espace.

Pour moi, quoique, l’événement ne me rappelle pas le débat sur la Guerre des Étoiles, mais me pousse plutôt vers un minuscule village du sud-est du Pérou que j’ai visité en novembre dernier.

J’avais voyagé jusqu’au hameau de Carancas, situé à un jet de pierre de la frontière bolivienne dans les plaines puissantes de l’Altiplano andain, pour effectuer des recherches au cratère de Carancas, un autre événement cosmique qui avait été enveloppé dans des théories du complot et qui a posé plus récemment une profonde énigme scientifique.

Le 15 septembre de l’année dernière, à 11h45, une énorme boule de feu a traversé le ciel au-dessus du sud-est du Pérou et a percuté un lit de rivière asséché à Carancas.

L’explosion résultante fit trembler la terre et envoya un nuage de fumée en forme de spirale ressemblant de surcroît à un champignon, et expulsa des pierres brûlées à des centaines de mètres dans les airs. Un grand nombre de villageois de Carancas, -qui profitaient d’un samedi de repos-, se rendirent en masse sur le site pour voir ce qui s’était passé.

L’impact fit les grands titres de la presse internationale et entraîna de folles rumeurs sur Internet – 600 villageois envoyés à l’hôpital ; confiscation par la police de fragments de l’objet extraterrestre pour les vendre à des collectionneurs américains fanatiques de débris de l’espace, le journal russe « la Pravda » a dit que l’impact avait été causé par le satellite espion étasunien abattu et que la maladie massive était le résultat de la fuite d’hydrazine hors de son réservoir – une revendication qui parut risible sur le moment, mais semble maintenant, de manière effrayante, dans le domaine du possible.

Entre temps, cela prit une semaine aux scientifiques de Lima pour se rendre sur le site, un temps durant lequel l’opinion dominante chez les habitants fut que le Chili avait largué une bombe sur eux.

Avec le temps, la plupart de ces rumeurs furent enterrées. Les scientifiques confirmèrent que l’objet qui avait atterri à Carancas était une météorite ; qu’environ 30 villageois avaient eu des nausées et des maux de tête – probablement des symptômes de léger traumatisme psychologique et non pas, comme beaucoup l'avaient prétendu, des manifestations dues à une souche de virus Andromède[1] du style de celles qu'utilise l'écrivain de thrillers Michael Crichton ; et que le Pérou n’était pas en guerre avec son voisin du sud.

Commentaire : Pas nécessairement. Voir l'article intitulé « Nouvelle lumière sur la Peste Noire. »

Cependant, au même moment, un mystère scientifique authentique fit son apparition. De ce trou noirci dans les hautes plaines du Pérou émergea une énigme qui menace de bouleverser la science de la formation des cratères.

« Le cratère d’impact de Carancas n’aurait pas dû se produire, » affirme le Dr Peter Schultz, un professeur des impacts planétaires au département des Sciences géologiques de l’université Brown et l’auteur principal d’un article sur l’événement de Carancas qui doit être présenté ce mois-ci à la Conférence de la science lunaire et planétaire à League City au Texas.

Pour les chercheurs qui se sont appuyés depuis des années sur un modèle établi, dit le Dr Schultz, la météorite de Carancas a envoyé une « balle à effet[2] , dotée d'une rapidité extrême. ».

Une analyse des fragments suggère que l’objet de Carancas était une chondrite ordinaire, ou météorite en pierre, un reste de l’ancienne ceinture des astéroïdes qui a engendré les planètes du système solaire. Les chondrites étant relativement faibles, elles perdent typiquement l’essentiel de leur vitesse au cours de l’entrée dans l’atmosphère. Elles s’érodent ou se consument et se brisent en fragments qui atterrissent avec peu de tapage à une vitesse au plus égale à 100 – 150 mètres par seconde – comme si elles étaient tombées d’un avion.

Ce n’est pas ce qui s’est passé à Carancas.

« Bien que nous ignorions sa taille lors de son entrée dans l’atmosphère, » dit le Dr Schultz, « le fait est qu’au moment où il percuta la terre, cet objet mesurait encore plus d’un mètre et filait encore incroyablement vite. »

Les données acoustiques révèlent que la météorite de Carancas se déplaçait à une vitesse de quatre à six kilomètres par seconde. Le trou résultant dans le sol a toutes les caractéristiques d’un impressionnant cratère « produit par choc », par opposition aux cratères « de pénétration » bien moins spectaculaires, habituellement créés par les chondrites :

Il est circulaire, mesure près de 15 mètres de large, au moins trois mètres de profondeur, a un bord bien défini et un long rayon de débris éjectés s’étendant à plus de 300 mètres vers le sud-ouest. Une maison proche a un trou dans son toit métallique, fait par un morceau de pierre expulsé. Les données sismiques suggèrent que la météorite a atterri avec une force équivalente à la détonation de plus de deux tonnes de TNT.

« Quand cette chose a atterri, » affirme le Dr Schultz, « beaucoup d’entre nous ont dit, ‘Non, cela ne peut pas être.’ Jusqu’à présent, l’opinion conventionnelle disait que ce genre de cratères était causé par des météorites en fer, pas en pierre. »

Bien que les chondrites soient le type le plus commun des météorites qui entrent dans l’atmosphère terrestre, elles ne représentent que 5% de celles qui restent intactes.

La majorité des météorites trouvées au sol sont constituées de fer bien plus lourd, ce qui augmente les chances de survivre au baptême du feu lors de l’entrée dans l’atmosphère.

« Sans Carancas, » affirme de Dr Schultz, « nous n’aurions pas su que c’était possible. »

L’événement a initié une collaboration toujours en cours parmi les chercheurs du Canada, des États-Unis, du Pérou, de la Bolivie et de l’Uruguay. Mais le Dr Schultz admet avoir une théorie favorite précoce parmi toutes celles évoquées pour expliquer Carancas. Elle provient d’une surprenante découverte que lui et ses collègues ont faite en travaillant sur la mission Magellan de la NASA vers Vénus au début des années 1990.

« Nous avons trouvé que quand vous augmentez la pression atmosphérique sur un nuage de débris, les particules individuelles tendent à s’aligner d’une manière étroite, comme une aiguille, » dit le Dr Schultz. « Elles s’alignent comme un vol d’oies le fait pour réduire sa traînée aérodynamique. »

Il se demande si la chondrite de Carancas s’est effectivement brisée lors de son entrée dans l’atmosphère, mais en faisant en sorte que les fragments se soient alors repositionnés sous forme d’une « mèche de perceuse extraterrestre », maintenant une grande part de leur vitesse pour perforer ensuite le sol l’un après l’autre en succession rapide.

Quelle que soit l’explication, l’événement de Carancas a envoyé une onde de choc d’une seconde conjecture dans cette petite partie des sciences planétaires. Les modèles conventionnels de cratérisation météorique et de physique d’entrée pourraient avoir besoin d’être revus et corrigés. Les dépressions circulaires sur la surface de la Terre qui avaient été antérieurement écartées comme cratères potentiels à cause de l’absence de fer peuvent, en effet, être des empreintes de météores. Et les chondrites peuvent contribuer plus qu’on le pensait initialement à la composition de la surface de planètes comme Mars, où nombre de cratères similaires peuvent être trouvés.

Commentaire : Autrement dit, les impacts de débris de comètes et d’astéroïdes peuvent être bien plus nombreux qu’on ne le pensait antérieurement.

« Je ne dirais pas qu’ici on se raccroche à n’importe quoi.» dit le Dr Schultz, avec le rire d’un scientifique qui a aperçu l’impossible. Mais il est sûr que la nature est étonnante. Et fondamentalement nous nous raccrochons à n’importe quoi. »

Quand je suis arrivé sur le site du cratère de Carancas deux mois après l’événement, je trouvai que les hautes plaines environnantes étaient froides et désertes. J’ai regardé la mare d’eau boueuse qui s’était formée au fond du cratère et j’essayai de l’imaginer bouillonnant violemment, une colonne de fumée bleue spiralant dans l’air. Puis un chœur m’atteignit depuis une église éloignée et trois Aymariennes[3] apparurent, vêtues de manteaux et jupes traditionnels.

Elles me dirent qu’elles ne savaient pas quoi penser de la météorite avant la récolte de l’année prochaine. Elles décideront seulement à ce moment-là si c’était un bon météore – un « meteoro simpatico » – ou un mauvais. Ces dames et leurs voisins peuvent avoir été les premiers humains dans l’histoire enregistrée à avoir été témoins de la formation d’un cratère d’impact, mais ils ne semblaient pas impressionnés. Leur but, disaient-ils, était de sortir la météorite et de la mettre en exposition, juste à côté du cratère, pour les touristes.

Commentaire : Ils peuvent être les premiers humains à avoir été témoins et à survivre à la formation d’un cratère d’impact.

Malheureusement, la météorite, ou ce qu’il en reste, pourrait bien ne jamais être récupérée. Les chondrites tendent à s’ioniser et se dissoudre dans l’eau, et tandis que j’écris ceci, la saison des pluies arrive dans le sud-est du Pérou.

Quant au cratère lui-même, les experts croient que, sans ressource pour le protéger, ce remarquable site et les mystères qu’il suscite pourraient bientôt avoir disparu.

Andrew Westoll est un écrivain qui vit à Toronto. Son premier livre, « The Riverbones », est un mémoire de voyage situé au Surinam et il sera publié cet automne par « McClelland & Stewart ».

 

Traduction française: Henri R.

 


[1] The Andromeda Strain (La Variété Andromède) – roman de Michael Chrichton - NdT

[2] curveball : terme du base-ball qui désigne une balle avec effet, permettant une trajectoire courbe - NdT

[3]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Aymara - NdT

Mis à jour de ( mercredi, 02 avril 2008 17:36 )
 
 

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