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La politique de l’Histoire Imprimer Email
Écrit par Laura Knight-Jadczyk   
mercredi, 17 octobre 2007 23:51

Signs of the Times

29 juillet 2007

Dieu dit à Abraham « Tue-moi un fils »

Aujourd’hui je voudrais passer en revue un livre que j’ai fini de lire récemment, intitulé The Mythic Past : Biblical Archeology and the Myth of Israel. (Le passé mythique : Archéologie biblique et le mythe d’Israël) Laissez-moi présenter mon sujet avec une citation d’un autre livre récent du sociologue israélien Nachman Ben-Yehuda, qui écrit :

« Comment percevons-nous notre culture ? Comment nous comprenons-nous en tant qu’êtres en manque de signification ? Nous sommes socialisés et nous vivons dans des cultures complexes desquelles nous extrayons l’essence même de notre identité, mais en même temps, nous construisons également ces cultures. Comment ce processus est-il accompli ? Quelle est la nature de ces processus culturels… ?

« Une manière intéressante d’explorer les cultures est d’examiner certains des très nombreux contrastes qui les composent de manière caractéristique (l) Ces contrastes posent des limites qui en retour définissent la variété des univers symboliques-moraux dont sont faites les cultures complexes. En retour, ces univers symboliques-moraux éveillent et soutiennent tant les identités personnelles que les identités collectives. Il y a beaucoup de ces contrastes, certains plus profonds que d’autres. Il y a des contrastes physiques, comme noir/blanc, jour/nuit, mer/terre, montagne/vallée ; et il y a des contrastes construits socialement et moralement, tels que bien/mal, juste/injuste, justice/injustice, confiance/traîtrise. Le contraste sur lequel nous nous concentrerons dans ce livre (Sacrificing Truth : Archeology and the Myth of Massada) (Sacrifier la vérité : l’archéologie et le mythe de Massada) est un contraste majeur et significatif : celui entre la vérité et la fausseté. Ce contraste passe à travers beaucoup d’univers symboliques-moraux parce qu’il touche à une qualité à laquelle nous attachons une importance centrale – celle entre l’authentique et l’artificiel….

« [L]a ligne de démarcation entre ce qui est la vérité et ce qui ne l’est pas n’apparaît pas en une nuit, mais se développe graduellement dans la pensée philosophique occidentale au cours de longues années…

« En tant que scientifiques nous devons affirmer qu’il y a des versions de la réalité qui sont incompatibles, voire même contradictoires, avec les « faits. » Les réalités que créent ces fausses versions sont artificielles et trompeuses. …

« Il est possible – de manière évidente - d’adhérer à des réalités sociales qui sont (basées) fondées sur des faits empiriques incorrects et de fausses informations, mais cela est lourd de conséquences en terme d’une compréhension authentique du monde dans lequel nous vivons. …

« … le nationalisme requiert l’élaboration d’un passé réel ou inventé…

« …le seul choix de l’archéologie nationaliste est d’être politique. …Dans le cas de passés contestés, cela doit devenir également manipulateur. Manipuler l’archéologie pour légitimer des passés spécifiques – réels ou inventés – est une invention puissante à utiliser quand on veut forger une identité nationale et créer une cohésion en développant un sens élevé d’un passé partagé… »

C’est exactement le problème que Thomas L. Thompson soulève dans The Mythic Past: Biblical Archaeology and the Myth of Israel : la création d’un passé inventé qui fut accompli il y a longtemps, dans le but de fabriquer une identité nationale parmi les réfugiés. Cependant, à l’époque où cela a été fait à l’origine, le public visé comprenait que ce n’était pas une « histoire » réelle, mais plutôt un manuel idéologique pour l’avenir. Les problèmes réels commencèrent quand un autre groupe, un peu plus tard, décida d’utiliser les mêmes histoires (commodément déjà disponibles) pour leurs propres ambitions impérialistes et présentèrent cette littérature idéologique comme de l’Histoire. En bref, comme Thompson et d’autres le font remarquer, « l’Histoire d’Israël » fut créée en réalité par des élitistes européens cherchant à coloniser le monde et qui savaient reconnaître une bonne chose quand ils la voyaient.

Comme Keith W. Whitelam écrit dans The Invention of Ancient Israel: The Silencing of Palestinian History (L’invention de l’Israël antique : l’étouffement de l’histoire palestinienne)

“Il existe alors ce que nous pourrions appeler un débat des études bibliques qui est un puissant réseau entremêlé d’idées et d’assertions dont leurs praticiens croient qu’elles sont les résultats raisonnables d’érudition objective, tout en masquant les réalités d’un exercice du pouvoir. […]

« Le culte de l’individu qui domine toutes formes de politique moderne aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Europe, et ailleurs avec l’utilisation du pouvoir de la télévision, la vidéo et le satellite ne fait que confirmer (le préjugé) l'hypothèse que ce sont de grands hommes, et quelques femmes, qui président au destin de l’humanité. Toute tentative d’investigation des courants sous-jacentsqui ont aidé à former les préconceptions de ces individus ou aider à expliquer leur succès à persuader la population à les soutenir est rejetée comme du matérialisme à l’état brut ou une simple lecture marxiste de l’Histoire. […]

« La révélation graduelle de la corrélation entre la discipline des études bibliques et la politique fournira une meilleure compréhension des forces qui ont aidé à former l’imagination d’un passé qui a monopolisé l’histoire de la région… Les attitudes politiques et religieuses tacites et non reconnues de l’érudition moderne conspirent à obscurcir la politique antique du passé. »

Fondamentalement, Whitelam, Thompson et d’autres disent que notre Histoire, qui est pénétrée par le « transfert de l’Histoire d’Israël vers l’Europe, » est une création des modes de pensée eurocentriques. C’est aussi ce qui a (apporté) amené notre monde au bord du précipice de l’annihilation aujourd’hui.

Donc la question de savoir quelles sont les personnes au pouvoir, comment elles pensent, quel effet cela (a) implique sur la société, n’est pas une question secondaire ; nous vivons aujourd’hui avec ses conséquences.

John Henrik Clarke, ((Christopher Columbus and the Afrikan Holocaust: Slavery and the Rise of European Capitalism (Christophe Colomb et l’holocauste africain : Esclavage et montée du capitalisme européen)), regarde la question d’un autre point de vue qui définit le problème, mais exclut la cause (les gens au pouvoir “écrivant l’histoire” pour leurs propres buts impérialistes) :

« Les Européens ont non seulement commencé à coloniser le monde, ils ont aussi colonisé l’information sur le monde. Ils ont colonisé la Bible. Ils ont colonisé toutes les images élogieuses que les peuples non-européens avaient d’eux-mêmes. La plus efficace de toutes ces images colonisées fut leur (colonisation) appropriation de l’image de Dieu. Au moyen des missionnaires, des aventuriers, des pilleurs et des esclavagistes, ils commencèrent à propager le concept que Dieu les favorisaient plus que tous les autres peuples. Ils disaient, par principe, que tous les Européens étaient « le peuple élu de Dieu ». […]

« Les Européens disaient alors à leurs victimes que le monde attendait dans l’obscurité qu'ils apportent la lumière. (Ou) Et , en réalité, partout où l’Européen (partit) se rendit hors d’Europe, il ôta la lumière de la culture, la spiritualité et le mode de vie (culturel)ancestral de ses victimes. Non seulement il ne comprenait pas leur culture, mais il n’avait pas l’intention de la comprendre (). Les Européens ont déclaré la guerre à la structure de toute société qu’ils envahissaient ou au sein de laquelle ils étaient accueillis comme visiteurs. […]

« Au début du dix-neuvième siècle, le système de l’esclavage céda la place au système colonial. Ce ne fut pas la fin du racisme… ce ne fut qu’un changement radical de la manière dont il se manifesta. L’Européen (changerait maintenant) allait changer à compter de cette époque le système de capture des Africains et d’autres peuples de couleur et leur mise en esclavage à des milliers de kilomètres de leurs patries. Ils les mettraient en esclavage sur place, dans leurs propres pays, et les utiliseraient comme des marchés pour les nouveaux biens apparaissant (de) du fait de la révolution industrielle en cours de développement () d'une part, et d'autre part se serviraient de leurs pays et de leur travail pour produire des céréales pour les nouveaux moulins européens. La croissance industrielle de l’Occident (a comme base) est fondée sur une forme de racisme qui a aidé à poser la base du système économique actuel que nous appelons maintenant capitalisme. »

Thompson écrit :

« Le début de l’histoire de la Palestine est une histoire de fermiers et de bergers ; de villages et de marchés. Elle concerne des chefs locaux et leurs clients et tous les modes de vie qui ont duré si longtemps dans () cet espace (de la) Méditerranéen. L’histoire d’un peuple (richement varié)qui a su se diversifier sur une période de temps étendue…

« Notre étude des racines et des débuts des développements historiques se concentre aussi sur le peuple qui a écrit la Bible. Comment les () populations historiques de la Palestine sont-elles reliées à celles qui ont créé l’Israël littéraire ? Ce n’est pas une question vaine. La nouvelle histoire des peuples de la Palestine et de leurs débuts éloignés provient presque entièrement de la recherche entreprise au cours des cinquante dernières années. Elle présente une image si radicalement non familière, et si différente de la vision biblique qu’elle est à peine reconnaissable pour les auteurs de la Bible, donc notre compréhension du passé a été () obligée de changer profondément.

« Il n’y a pas d’Adam et Eve dans cette histoire, ni de Noé, d'Abraham et de Sarah. Et il n’y a pas de place pour eux. Pas même Moïse et Josué n’ont de rôle dans cette histoire sur le peuple qui a formé la Bible et son monde. …

« Le conflit entourant la Bible et l’histoire – un conflit qui a joué un rôle considérable sur la pensée occidentale depuis que Napoléon a occupé l’Egypte à la fin du dix-huitième siècle – est essentiellement une fausse controverse. Il s’est produit seulement parce que notre engagement par rapport aux mythes d’origine en tant que partie d’un monde moderne () fondé () dans le passé nous a poussés à interpréter la vision biblique comme historique, jusqu’à ce que nous soyons face à face avec des preuves définitives du contraire. Nous ne devrions pas essayer de sauver nos mythes d’origine comme de l’Histoire. Cela nous cache leur signification et ignore la forte pression anti-intellectuelle du fondamentalisme qui est à l’origine de tant d’intérêts historiques investis dans l’archéologie biblique.[…]

« Les érudits ont parlé traditionnellement des structures politiques de la Palestine de l’Age de Bronze comme d’un « système entremêlé de cités-états ». Une telle terminologie est d'autant plus nuisible qu’elle est (non ?) discriminatrice. La Palestine à cette période ancienne n’avait pas de cité, à part Hazor tout au Nord. Elle n’avait que des villages et de petits bourgs. La population du plus grand d'entre eux n’était que de quelques milliers de personnes au mieux. … Parler de structures « d’Etat » parmi de tels bourgs confond la Palestine de l’Age de Bronze avec l’Italie de la Renaissance ! […] La Palestine, jusqu'à la période assyrienne, était un pays de villes stables, autonomes, dirigées par leurs « princes » et chefs. … Est-ce qu’une ville ou une coalition de villes se serait engagée dans une sorte de lutte politique, dans le genre d’un montage financier et militaire nécessaire pour mettre sur pied une armée suffisante pour conquérir ou se défendre[pour faire quelque chose de significatif] ? L’éventualité est peu probable. Les preuves archéologiques des structures militaires et politiques des nombreuses villes et régions de la Palestine disent totalement le contraire. … Elles sont aussi contraires aux idées historiques d’un empire de Salomon. […]

« [Q]uand on enquête sur l’histoire de la Palestine indépendamment de la vision biblique du passé, cette période livre peu de preuves d’une émergence de l’Israël biblique. […]

« Il n’y a pas de preuve d’une monarchie unifiée, pas de preuve d’une capitale à Jérusalem ou d’une force politique cohérente et unifiée qui dominait la Palestine occidentale, certainement pas un empire de la taille décrite par les légendes. Nous n’avons pas de preuve de l’existence de rois appelés Saül, David ou Salomon ; nous n’avons pas non plus de preuve d’un temple à Jérusalem dans la période ancienne. Ce que nous savons d’Israël et de Juda du dixième siècle ne nous permet pas d’interpréter ce manque de preuve comme un trou dans nos connaissances et informations du passé, comme un résultat simplement de nature archéologique. Il n’y a ni lieu, ni contexte, ni objet, ni archive qui désigne de telles réalités historiques dans la Palestine du dixième siècle avant J-C. On ne peut parler historiquement d’un Etat sans une population. Ni d’une capitale sans une ville.

« Un Etat d’Israël historique commença à exister et fut soutenu par () l'essor d’une industrie des olives construit avec un système de terrasses nouvellement développé et étendu au cours du neuvième siècle av. J.-C. Ce petit Etat était comparable à d’autres Etats de Palestine comme Ammon, Moab et Edom. Il était organisé autour des colonies dans la région des collines entre Jérusalem et la vallée de Jezreel… Les origines immédiates de cette population reposaient dans les colonies de la partie déplacée de la population qui avait abandonné les terres basses à la suite de la sécheresse mycénienne… »

Ce fut la base de sa formation qui mit plutôt fin au « statut d’Etat » naissant d’Israël. ) On pouvait gagner de l'argent avec l’industrie des olives et cela attira presque immédiatement l’intérêt des Assyriens qui, essentiellement, arrivèrent et prirent les choses en main, en vainquant chaque « chef » ou roitelet local, l’un après l’autre. A ce moment, nous apprenons quelque chose de très intéressant de Thompson. Tiglath Pileser III, roi d’Assyrie, commença un processus d'incorporation de l'agriculture syrienne et palestinienne aux intérêts assyriens. De plus, le roi assyrien rapporte (il existe des preuves épigraphiques de cela) qu’il déporta des gens d’Israël et remplaça leur roi, Pékah, par un roi de son choix, Osée. En tant que vassal assyrien, et depuis la capitale de Samarie, Osée, sous le patronage assyrien, prit le contrôle de la vallée de Jezreel. Ce contrôle dura moins d’une décennie.C 'est à peu près l'étendue du « royaume d'Israël ».

Maintenant, voici l’élément clé : l’armée assyrienne introduisit la politique de transfert de population qui impliquait le déplacement des peuples à travers l‘empire assyrien. La raison de ces déportations était simplement impérialiste ; les peuples n’étaient pas nécessairement déportés (à ) pour cause d’insurrection, mais plutôt pour éliminer préventivement des rivaux (pour) désirant le pouvoir. Les Assyriens réinstallèrent beaucoup de groupes de déportés dans des villes assyriennes et des lieux de troubles ailleurs ; de cette manière, le gouvernement impérial pouvait établir des groupes dans la population sujette qui étaient entièrement dépendants de l’autorité impériale.

Quelquefois des villages entiers étaient déportés des territoires conquis et utilisés pour restaurer et reconstruire des cités () en d'autres lieux. Ils repeuplaient des terres abandonnées et vides et brisaient toute « cohérence ethnique » qui aurait pu créer une résistance au sein de la population locale. Tout au long de son existence, cela sembla avoir été une politique et une technique standards de l’empire assyrien et cela fut adopté par d’autres empires qui suivirent. L’idéologie assyrienne de « l’égalité démocratique » dans les provinces fut l’objet de propagande comme un bénéfice majeur d’être englobé dans l’empire. Thompson écrit :

« Rendre captifs des souverains et la haute société et les déporter vers des régions au cœur de l’empire était utile. Cela punissait les rebelles et on se débarrassait des fauteurs de troubles potentiels. Cela permettait aux gouverneurs des nouveaux territoires de créer la terreur par la prise d’otages. Cela compliquait toute prétention à la légitimité des successeurs locaux. Au même moment, cela mit l’administration des régions dans les mains des intérêts () du cru qui étaient dépendants de l’empire pour leur survie et leur acceptation. La réinstallation de la population fit bien plus que maintenir la pacification des territoires nouvellement acquis. Saper les mécènes locaux, fondamentaux pour les structures politiques de la région, les transformaient en (dépendances) vassaux du patronage assyrien.

« Le programme de transfert de population était soutenu par une vaste propagande politique. Les conquérants des nouveaux territoires exprimaient la reddition en termes de « libération », et « délivrance » des précédents souverains oppressifs. La déportation est décrite comme une « récompense » pour les populations qui se rebellaient contre leurs chefs. Le peuple est toujours « restitué » à sa « patrie ». De tels retours impliquent la « restitution » de dieux « perdus » et « oubliés », suivant de longues périodes d’exil. […]

« Réinstallés dans les grandes cités de l’empire ou dans des villages et des villes des territoires étrangers, l’allégeance [des déportés] à l’Etat était assurée. Reconnaissants pour la liberté et l’égalité dans leurs nouveaux foyers, ils servaient de forces contrebalançant toute opposition locale…

« Certains textes anciens présentent le roi assyrien comme le sauveur du peuple qui, après l' avoir libéré de l’esclavage imposé sur lui par l ses souverains, le renvoyait avec ses dieux dans les patries d’où il avait été exilé. Ici, les peuples disloqués étaient encouragés à penser à eux-mêmes en termes de restitution plutôt qu’en déportation punitive ; comme sauvés de l’exil par la volonté du roi. Ils devenaient des « revenants » dans leur patrie, réunifiés avec leurs dieux perdus et oubliés

« Les déportés recevaient des Assyriens de la terre et un renouvellement de prospérité au moment de la réinstallation, ils (recevaient) bénéficiaient du soutien et de la protection contre la population indigène qui les considéraient comme des intrus et des usurpateurs. … La réponse ultime était d’effacer les distinctions régionales et nationales et créer une citoyenneté impériale… […]

« Sous le régime des rois perses, nombre de groupes et de familles furent transférés de la Mésopotamie et réinstallés dans le Sud de la Palestine. Une nouvelle colonie fut établie dans et autour de Jérusalem (). Ces personnes réinstallées étaient accompagnées de la propagande politique traditionnelle. »

J’espère que l’implication du texte ci-dessus n’est pas perdue pour le lecteur. QUI « est retourné en Israël » de « l’exil à Babylone » sous la protection du roi perse?

Après avoir traité de l’histoire et de l’archéologie de la région, Thompson tourne son attention vers le monde littéraire des auteurs de la Bible. Le sous-titre de cette section nous mène droit dans le monde théologique de la Bible. Ce que fait Thompson essentiellement est de suivre à la trace l’idéologie, ce à quoi Georges Dumézil se réfère comme la « ligne de force. » Quand nous avons pris à part un texte particulier et avons constaté () les faits exposés, la légitimité approximative de chaque élément, il reste encore () à comprendre l’essence réelle de la question : Quelles sont les principales tendances de l’ensemble ? Quelles sont les lignes de force passant à travers le domaine idéologique dans lequel les détails sont placés ? C’est souvent où la croyance subjective entre en scène, agissant comme la lentille à travers laquelle nous voyons notre passé et présent, et l’échelle au moyen de laquelle nous jugeons les mérites des faits par rapport à la foi.

Cela nous ramène à ce que Nachman Ben-Yehuda a écrit, cité au début :

« En tant que scientifiques, nous devons affirmer qu’il y a des versions de la réalité qui sont incompatibles, voire même contradictoires, avec les « faits. » Les réalités que créent ces fausses versions sont artificielles et trompeuses. »

L’évaluation de Thompson de la réalité théologique du judaïsme est choquante. Il prend le lecteur dans sa manière détournée et avenculaire, accumulant les révélations couche après couche afin que, une fois présentées () , vous vous demandiez pourquoi vous ne les aviez pas vues par vous-même il y a longtemps ! A la fin, vous vous rendez compte qu’il y a quelque chose de très sombre et dérangeant à propos du judaïsme, formulé tel qu’il est, sur le modèle de l’impérialisme assyrien transféré aux « mondes des cieux. »

Les récits de la Bible, (et le Nouveau Testament n’est qu’une continuation de la même tradition littéraire), se concentrent sur « la fidélité et la loyauté » envers le protecteur, le maître impérial. La totale acceptation de son destin est ce qui est considéré comme « juste » et sage. C’est dans ce contexte que le «Fils de Dieu » -représentant du Maître Impérial - apparaît. Il existe quelques « fils de dieu » dans la Bible, () , et la définition en est « celui qui accepte tout destin que Dieu a décrété, et fait tout ce que Dieu lui a dit de faire », peu importe le degré du mal qu’il peut sembler y avoir aux yeux des autres et même à ses propres yeux. En fait, s’il est vraiment un bon « Fils de Dieu », rien de ce que Dieu lui dit de faire ne lui semblera mauvais, que ce soit d’annihiler tout homme, femme et enfant dans une ville innocente, ou sacrifier son propre fils. Thompson écrit :

« Que Marc cite le chant de David du Psaume 22:2-3 pour les mots de Jésus mourant fait appel aux scènes similaires de () Jésus dans son désespoir sur le Mont des Oliviers. L’allusion semble intentionnelle, comme le suggère le contexte plus grand des Psaumes et dont le Jésus de Marc se fait l’écho… […]

« Nous devrions aussi nous rappeler les chants de la servante souffrante dans Isaïe 42-53 et l’histoire du roi Ahaz d’Isaïe 7. () Tous deux acceptent leur destinée, refusant de mettre Dieu en doute. Aussi comme David sur le Mont des Ames, Jésus n’a pas mis Dieu à l’essai. Dans son humilité, il a suivi le chemin de la droiture. Il a mis sa confiance en Dieu. Il était méprisé et dédaigné par les hommes. […]

« Jésus, comme humble servant de la tradition, fait appel à Dieu pour être avec lui. A ce cri, le rideau du temple qui isole le Saint des Saints qui sépare Dieu de l’Homme, se déchire en deux, marquant sa mort. Dieu est avec lui !

« Cette ironie moqueuse, presque amère, de l’évangile de Marc trouve son apogée dans la compréhension du centurion romain quand il entend ce cri de désespoir et de mort. « Vraiment cet homme était un fils de Dieu. » … Derrière la remarque du centurion se trouve le côté caché et sombre de la tradition biblique : Dieu abandonne son enfant. C’est le cri de désespoir de Jésus qui () emporte la conviction au-dessus de tous les doutes. Dans l’évangile de Marc, Jésus joue complètement son rôle de Fils de Dieu. Comme Israël son premier-né, comme Samson, Samuel et Saül, comme les prophètes Elie et Jonas, et comme Job () () au sein de cette tradition, ce rôle sert d’intermédiaire et donne voix à l’ambivalence humaine commune sur le divin dans nos vies. On entre dans le royaume seulement dans la mort. »

Thompson discute ensuite de ce que signifie réellement « être avec Dieu », et comment la tradition nous informe sournoisement que la signification réelle est la mort et la destruction ! De manière répétée, à travers les textes, quand « Yahweh, dieu des armées » arrive, il n’y a que désastre – Armageddon.

« Les jours de Yahweh – quand Yahweh sera avec nous – sont les jours de destruction, jours dont on doit avoir peur. L’imagerie appelle à la guerre et à la destruction comme une réponse de colère et de jugement divins. Le développement de la métaphore du « jour de Yahweh », comme le jour où Yahweh viendra et jugera Israël, tire sa force plus directement d’une vision du passé qui voit la destruction de Jérusalem et de l’ancien Israël comme des punitions bien méritées envoyées par Dieu. »

De façon intéressante, il se trouve que Yahweh lui-même n’est qu’un « fils de dieu. » On se demande, bien sûr, si ce n’est pas juste un autre nom de Satan !

A un moment, Thompson fait remarquer le plus intéressant paradoxe :

« L'acceptation historique implicite dans le mouvement de la théologie biblique (d’il) qui a vu jour il y a un siècle est plus moderne qu’elle n’est biblique. Ce à quoi on se réfère souvent comme de l’Histoire n’est pas une histoire, mais une tradition. Cela ne s’intéresse ni au passé, ni évidemment à l’avenir. La difficulté la plus perturbatrice avec de tels récits de la Bible (est) consiste dans le fait qu’ils essaient de transposer une perspective de la réalité à l’origine des traditions bibliques en termes singulièrement modernes. Ils permettent une réflexion sur notre réalité, mais pas une réflexion sur ce qui était réel pour les auteurs de la Bible. … Cette hypothèse fondamentale (et je dirais arrogante) de la théologie biblique avait en son centre une croyance dans l’inadéquation de la vision mondiale des anciens. Au même moment, on maintient avec une foi aveugle que cette même perception primitive religieuse du monde pourrait devenir une perception salvatrice dans notre monde. »

Finalement, la question qui doit être retournée est « de l’histoire de qui s’agit-il ? »

« Ecrire est un exercice d’influence et de persuasion. C’est aussi vrai de l’Histoire que de toute autre forme d’écriture. … L’Histoire elle-même est créée par ses auteurs. … Telle quelle, l’histoire appartient à ceux qui la rédigent.

« La capacité et la vulnérabilité d’une tradition pour la réinterprétation créative n’est pas () très restreinte par soncontenu () , ni par () sa proximité originelle dans le passé. () Cela est presque entièrement déterminé par les porteurs de la tradition. Un texte tel que ceux que nous trouvons dans la Bible est à la merci de ceux qui réclament la tradition comme la leur et l’interprètent […]

« Quand nous nous interrogeons à propos de ceux qui ont transmis les histoires et les ont présentées comme significatives à travers les siècles, nous ne pouvons guère éviter () de conclure que l’histoire d’Israël est pour l’essentiel, européenne. Quelle soit juive ou chrétienne, cette histoire est un produit de l’Europe, et elle a été centrale dans son auto-compréhension. L’Europe l’a écrite – et écrite pour les propres buts de l’Europe ! […]

« Une revendication préventive de l’histoire de la Palestine soutient les revendications intellectuelles et spirituelles européennes de continuité avec la Bible, et avec ce qui est () reconnu comme le passé de l’Europe. L’identité de l’Europe en tant que chrétienne a son histoire d’origine dans la Bible – une histoire qui remonte à la création. »

Et donc c’est ainsi que l’histoire de la Palestine, des Palestiniens, a été presque complètement effacée par une « histoire d'Israël » falsifiée et inventée, une entité qui n'a tout simplement jamais existé. Et de la même façon, de nos jours, tout comme l'histoire de la Palestine -des milliers d'années d'une riche culture – a été effacée, l'Occident, via (sa servante)sa création d'un Israël inventé, est en train d'effacer les Palestiniens.

Un mot à propos du style : oui, Thompson utilise des chemins détournés et est quelquefois un peu dense et répétitif, mais cela ne diminue en aucune manière la valeur du livre. Les universitaires n’écrivent pas pour divertir, mais pour transmettre souvent des idées complexes qui doivent être développées couche par couche. Néanmoins, j’espère vraiment que la matière de ce livre () vienne à être présentée d’une façon plus conviviale pour le lecteur ()« moyen » car, à mon avis, il devrait être propagé largement. Peut-être qu’une bonne âme entreprenante écrira « La vérité sur la Bible pour les Nuls. »

Ce livre requiert patience, concentration, et un bon intellect pour lire et comprendre. Mais il en vaut vraiment la peine.

Traduction française: Henri R.

Mis à jour de ( jeudi, 18 octobre 2007 00:22 )
 

En tant que propriétaires et éditeurs de ces pages, nous souhaitons souligner que le matériel présenté ici est le fruit de notre recherche et de notre expérimentation en communication supraluminique. Nous nous demandons parfois si les Cassiopéens sont ce qu‘ils prétendent être, parce que nous ne tenons rien pour vérité indiscutable. Nous prenons tout “cum granulo salis”, même si nous considérons qu‘il y a de bonnes chances que ce soit la vérité. Nous analysons constamment ce matériel ainsi que beaucoup d'autres qui attirent notre attention, issus de divers domaines de la Science et du mysticisme. Honnêtement, nous ne savons pas ce qu’est la vérité, mais nous croyons qu'elle est « quelque part par là » et que nous pouvons sans doute en découvrir une partie. Oui, nous pouvons dire que nos vies ont été enrichies par ces contacts, mais certains éléments nous ont aussi rendus perplexes et nous ont désorientés, et ils restent encore à être clarifiés. Nous avons certes trouvé beaucoup de «confirmations» et de « corroborations » dans d'autres domaines, entre autres la Science et l'Histoire, mais il y a aussi de nombreux éléments qui, par nature, sont invérifiables. C'est pourquoi nous invitons le lecteur à partager notre recherche de la Vérité en lisant avec un esprit ouvert, mais sceptique.

Nous n’encourageons pas « l’adepte-isme », ni aucune « Vraie Croyance ». Nous encourageons la recherche de la Connaissance et de la Conscience dans tous les domaines qui en valent la peine, comme le meilleur moyen de discerner le mensonge de la vérité. Voici ce que nous pouvons dire au lecteur: nous travaillons très dur, plusieurs heures par jour, et nous le faisons depuis de nombreuses années, pour découvrir la raison de notre existence sur Terre. C‘est notre vocation, notre queste, notre mission. Nous recherchons constamment à valider et/ou à affiner ce que nous envisageons comme possible, probable, ou les deux. Nous faisons cela avec l‘espoir sincère que toute l‘humanité pourra en bénéficier, si ce n‘est maintenant, alors dans un de nos futurs probables.

 

Pause pensée

[G.] - Je vous demande de comprendre ce que je dis. Regardez ! tous ces gens que vous voyez -- il désignait la rue -- sont simplement des machines, rien de plus.

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