 Des poulets dans un élevage en Californie en 2007 © AFP/Getty Images/Archives David Mcnew Imperméable aux critiques des capitales européennes mais fidèle à une promesse faite à Washington, Bruxelles va annoncer mercredi un projet de réintroduction des poulets américains "à la javel" agrémentée néanmoins de conditions draconiennes. "C'est inacceptable!": unions de consommateurs, d'agriculteurs et de défenseurs de l'environnement européens sont intervenues, à la veille de l'annonce, en envoyant une lettre commune à la Commission européenne. La méthode radicale privilégiée par les Américains vise à tuer ou réduire le nombre de bactéries pouvant apparaître dans la volaille, essentiellement les salmonelles et les campylobacters, en les trempant dans une solution antimicrobienne juste avant leur consommation.
Les vétérinaires de l'UE privilégient des contrôles d'hygiène tout au long de la chaîne alimentaire. La semaine dernière, vingt-et-un des vingt-sept ministres européens de l'Agriculture se sont prononcés contre le retour des poulets chlorés américains, bannis depuis 1997. Un refus confirmé mardi au cours d'une réunion des ministres en Slovénie. "C'est à mon avis une décision totalement erronée", a fustigé le ministre allemand de l'Agriculture Horst Seehofer. "Comment voulez-vous que j'explique cela à mes paysans" soumis à une réglementation d'hygiène très stricte, s'est-il interrogé. Son homologue français Michel Barnier s'est montré tout aussi intransigeant. "La quasi-totalité des ministres ont dit clairement qu'il n'en était pas question, les Américains peuvent avoir le modèle alimentaire qu'ils veulent, on n'est pas obligé de le transférer en Europe et donc nous nous opposerons à cette idée", a-t-il averti. "Il en va d'une certaine idée de la qualité alimentaire que nous nous faisons", a-t-il insisté. Le projet, apparemment déjà tué dans l'oeuf, a surtout pour finalité d'honorer une promesse faite en novembre dernier à Washington par le commissaire européen à l'Industrie Günter Verheugen. Le responsable allemand a mené une campagne au bulldozer pour que ce projet de texte soit mis sur la table à temps pour un sommet UE/Etats-Unis, prévu le 10 juin en Slovénie et auquel doit assister le président George W. Bush. Face au concert de désapprobation, la nouvelle commissaire à la Santé Androula Vassiliou s'abstiendra mercredi de toute apparition devant la presse. Elle-même peu enthousiaste à l'idée de déguster des poulets trempés dans une solution chimique, elle a apparemment multiplié les garde-fous dans son projet de règlement. Le poulet ou les préparations à base de viande devront être clairement identifiés par un étiquetage pour informer les consommateurs européens, selon une copie du texte qui doit être approuvé formellement mercredi. Les Américains devront rincer à l'eau potable les poulets, une fois qu'il auront été désinfectés, et l'efficacité de ce rinçage devra être vérifiée en permanence. Si le projet autorise à nouveau dans l'UE quatre substances chimiques utilisées aux Etats-Unis pour désinfecter la surface des poulets (dioxyde de chlore, chlorure de sodium acidifié, phosphate trisodique, acides peroxydés), leur utilisation est assujettie à de fortes contraintes. Le texte stipule leur concentration maximale ou leur temps de contact avec les carcasses, tandis qu'une seule substance chimique pourra être appliquée (pour limiter les risques éventuels des mélanges). Leur entrée dans l'UE serait décidée à titre provisoire pendant deux ans, période pendant laquelle de nouveaux avis scientifiques seraient demandés. Il s'agira de voir si elles peuvent entraîner par exemple une tolérance accrue de l'organisme à certaines bactéries ou si elles peuvent présenter des risques environnementaux. AFP le 27/05/2008 18h55 Note de FQ : Il est piquant de constater que malgré le refus (sincère ou d'apparat) de la grande majorité des ministres concernés, l'Europe a décidé d'autoriser la commercialisation de poulets préalablement trempés dans divers produits à la toxicité reconnue. Et ce sans compter les autres traitements (vaccination, alimentation industrielle, manipulations génétiques, antibiotiques, hormones...) qui nous font regretter les gallinacées produits à la chaîne dans l'infâme usine Tricatel présentée dans le film intitulé "L'Aile ou la Cuisse". Cette dramatique divergence entre les avis des ministres et les décisions européennes, nous démontre une fois de plus le caractère totalement antidémocratique de cette entité supranationale. Au fait si les ministres étaient contre cette décision, qui l'a prise ? Vous noterez que le journaliste de l'AFP tente tant bien que mal de combler ce vide en utilisant le terme on ne peut plus vague de "Bruxelles". Voilà évidente l'horreur et l'hypocrisie de cette organisation supranationale où les notions de responsabilité publique, d'élection des décideurs, de transparence des décisions, de débat public ont totalement disparu. Cela peut nous rappeler la trame du "Procès", ce roman de Kafka, où le héros, un citoyen comme vous et moi se voit accusé, jugé, condamné par une bureaucratie opaque et anonyme. Malgré des efforts titanesques et des mois sans sommeil, il lui sera impossible de connaitre ses chefs d'accusation, d'identifier les juges et les procureurs, d'assister aux délibérations de son procès. Comment est-il alors possible de comprendre, de se défendre lorsque les règles, les officiels, les décisions sont inaccessibles ? Voilà une des facettes les plus inhumaines des systèmes totalitaires où opacité et décisions prises en comité restreint deviennent systématiques. Ah, quelle formidable Europe que politicien et médias nous ont forcé à avaler malgré un référendum qui s'y opposait très clairement. Une Europe sans élus, une machine bureaucratique froide où le citoyen n'est rien de plus qu'un nuisible tout juste bon à produire et à consommer.
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