Accueil L'Histoire Secrète Le contrôle des femmes arrogantes derrière les accusations de sorcellerie ?

Avis

Copyright © 1997-2007 Arkadiusz Jadczyk et Laura Knight-Jadczyk. Tous droits réservés. “Cassiopaea, Cassiopaean, Cassiopaeans”, est une marque déposée par Arkadiusz Jadczyk et Laura Knight-Jadczyk.

Les lettres adressées à Cassiopaea, à la Quantum Future School, à Futur Quantique, Ark ou Laura, deviennent la propriété de Arkadiusz Jadczyk et Laura Knight-Jadczyk.

La réédition et la rediffusion du contenu de cette page ou d‘une quelconque portion de ce site web sont expressément interdites sans approbation écrite préalable.

Le contrôle des femmes arrogantes derrière les accusations de sorcellerie ? Imprimer Email
Écrit par Deborah M. DeCloedt Pinçon   
SUNDAY, 09 MARCH 2008 19:54
Sott.net
Vendredi 22 février 2008
©Inconnu
Les nobles martyres n’étaient probablement que des femmes arrogantes

 

Comportements communicatifs, accusations de sorcellerie et femmes européennes au cours dles périodes de la fin du Moyen Age et du début des temps modernes

Résumé

Cet article littéraire examine la relation entre les comportements communicatifs d’une femme et la probabilité qu’elle soit accusée d’être une sorcière dans diverses régions de l’Europe de 1350 à 1650. Il révèle comment les femmes devaient communiquer durant cette période et quel type d’écart par rapport à ce comportement communicatif normatif était constaté chez celles accusées ultimement de sorcellerie. Les changements environnementaux et socio-économiques en Europe, de même que les facteurs religieux et l’histoire de la sorcellerie qui influencèrent les comportements communicatifs des femmes de cette période y sont étudiés.

Dans toute l’Europe entre 1350 et 1650, 500 000 personnes ou plus, principalement des femmes, furent exécutées comme sorciers/sorcières dans le cadre du processus d’inquisition, et bien plus furent accusés de sorcellerie et torturés pour arracher des confessions (Ben-Yehuda, 1980). Sans aucun doute, il y avait des raisons pour lesquelles les femmes en général et des femmes au profil bien particulier étaient plus spécifiquement accusées d’être des sorcières au cours de cette période de l’histoire occidentale. Bien qu’il soit certain qu’il y eut de multiples facteurs impliqués, cet article examinera la relation entre les comportements communicatifs et la probabilité d’être accusée de sorcellerie dans les chasses aux sorcières européennes.

 

©Inconnu
On se débarrasse des femmes arrogantes…

 

À la fin des années 1200, l’Église catholique mit en place l’Inquisition comme moyen de combattre l’hérésie. La directive principale s’amplifia dans les années 1300 après que l’Église air réussi à exterminer les Cathares et d’autres groupes jugés hérétiques (Elliott, 2004). Selon Elliott, les inquisiteurs exerçaient deux devoirs supplémentaires : procéder à la reconnaissance des candidats à la sainteté et découvrir et persécuter les sorcières. Les sorcières étaient considérées à l’origine par l’Église comme de simples hérétiques, mais cette définition s’étendit avec le « Malleus Maleficarum », publié en 1487 en Allemagne (Ben-Yehuda, 1980 ; Broedel, 2003)

Les comportements communicatifs des femmes de 1350 à 1650 ne sont pas faciles à rechercher. Beaucoup de femmes étaient illettrées et il y a peu d’exemples littéraires existants qui peuvent ouvrir une fenêtre sur la vie quotidienne et la communication des femmes et entre elles à cette époque. L’information disponible est largement de nature normative, dans les archives de la culture populaire contemporaine comme le théâtre, et dans le « Malleus Maleficarum », qui fut écrit comme un guide pour la reconnaissance des signes permettant d'identifier une sorcière (Broedel, 2003). Nous pouvons aussi extrapoler des normes de comportement communicatif à partir de la littérature et des écrits religieux contemporains.

L’étude de la chasse aux sorcières européennes a été limitée ; peut-être parce que la plupart des victimes furent des femmes, une misogynie fondamentale fut dénoncée et aucuneffort supplémentaire ne fut fourni jusqu’à une période récente pour comprendre le phénomène de manière plus détaillée (Bever, 2002).

Aujourd’hui, des accusations de sorcellerie sont toujours infligées à des femmes dans divers pays d’Afrique et en Inde (Oster, 2004 ; Whitney, 1995).

Étudier notre passé et chercher une compréhension des modèles de communication est nécessaire pour formuler les questions de communication contemporaines. Les érudits dans des domaines tel que l'étude des femmes et de la philosophie féministe s'intéressent à la manière dont le pouvoir entrecroise le sexe et la communication, et les chasses aux sorcières européennes fournissent un arrière-plan historique unique dans lequel on peut étudier comment la communication féminine dans un patriarcat aboutit à une persécution.

Cette article littéraire analyse la relation entre les comportements communicatifs d’une femme et la probabilité d’être accusée de sorcellerie dans diverses parties de l’Europe entre 1350 et 1650. Que communiquait une femme qui la rendait plus susceptible d'être accusée de sorcellerie ?

Pour comprendre cela, tout d’abord, on examine les changements environnementaux et socio-économiques en Europe, de même que les facteurs religieux et l’histoire de la sorcellerie qui influencèrent les comportements communicatifs des femmes à cette époque.

Deuxièmement, on dévoile comment les femmes et les sorcières étaient perçues par la société et le rôle que les chefs de l’Église et du patriarcat jouèrent dans cette perception. Troisièmement, ces facteurs sont synthétisés pour spéculer sur les comportements communicatifs normatifs des femmes et pour déterminer quelles sortes de déviations de la communication normative manifestaient celles qui étaient accusées de sorcellerie.

Définitions et contexte

Comportement communicatif dans cet article se réfère à « l’expression symbolique verbale et non-verbale ».

La principale chasse aux sorcières eut lieu entre 1350 et 1650, avec de brefs arrêts et périodes d’intensité.( cf les articles « Guerres, pestilence et sorcières » ainsi que « Trente ans de sectes et de comètes », parus récemment.)

Dans cet article on peut interprèter « persécution » et « accusation de sorcellerie » de manière interchangeable.

La fin de la période médiévale doit être considérée de 1300 à 1500, et les 200 années suivantes jusqu’en 1700 sont connues comme le début de la « période moderne ».

Pour comprendre ce phénomène, les facteurs environnementaux, socio-économiques et religieux doivent être examinés.

Il y eut un changement significatif en cours durant cette période, et une grande partie de ce changement n’était pas sous le contrôle de personnes ordinaires.

Changements météorologiques environnementaux

L’importance de la météo peut être facilement négligée, mais le changement de climat a joué un rôle critique dans notre histoire. On spécule qu’une chute brutale des températures, appelée « petit âge glaciaire » en Europe, contribua au nombre record de morts durant la peste parce que le système immunitaire des gens était compromis par le manque de nutrition (Oster, 2004). ( Cela a été détaillé dans le deux articles cités précédemment.) Les températures en Europe varièrent significativement entre 1520 et 1770, et des périodes particulièrement froides menèrent à des pertes de récoltes sérieuses et répandues (Oster). En utilisant des données empiriques pour soutenir une corrélation entre le froid extrême et le nombre et la fréquence des procès de sorcières entre 1520 et 1770, Oster explique que « les sorcières étaient accusées de contrôler la météo par la magie » (Oster). Elle suggère qu’une période particulièrement froide en 1560 coïncida avec une augmentation du nombre de procès après presque 70 ans de relative inactivité (Oster, p. 218). L’opinion d’Oster de la sorcière comme bouc émissaire reste un thème récurrent dans toute cette revue littéraire.

Facteurs socio-économiques

La météo était plus intrinsèquement relié à l’agriculture et au système économique dans cette ère pré-industrielle, où le produit des récoltes était la monnaie d'échange économique principale (Oster, 2004). Des preuves empiriques soutiennent la corrélation positive entre les températures et la croissance économique, où la croissance économique était négative quand les températures étaient plus froides que la normale et les récoltes mauvaises (Oster). Une nouvelle urbanisation et réduction de la population rurale, due en partie à la peste, contribua probablement à la réduction de la production céréalière dans cette période de grand changement (Oster ; Ben-Yehuda, 1980).

Au 14e siècle, les familles commencèrent à se déplacer vers les grandes villes, où elles participèrent à une économie monétaire pour la première fois, et découvrirent qu’elles ne pouvaient soutenir des membres malades, sans emploi ou non productifs (Ben-Yehuda, 1980). À cause de la peste noire et des tendances à l’urbanisation, 60% de la terre agricole fut désertée au Danemark, en Suède, en Norvège et en Allemagne (Ben-Yehuda). Selon Ben-Yehuda, cette urbanisation signifiait qu’au moins à court terme, les hommes ne pouvaient se marier (les guildes décourageaient le mariage), et les femmes en ville devaient trouver des emplois salariés. Elles étaient soit envoyées au couvent, soit se trouvaient des métiers de tissage, ou devenaient prostituées (Ben-Yehua). Sprenger, un des auteurs du « Malleus Maleficarum », arriva de Cologne, où cette urbanisation se produisait et où de nouvelles lois sur la prostitution devinrent une nécessité dans les années 1400 (Ben-Yehuda), donc cet environnement socio-économique changeant influença probablement Sprenger.

Aux 15e et 16e siècles, une nouvelle prospérité urbaine émergea à mesure que le système économique s’améliorait (Ben-Yehuda ; 1980). Selon Ben-Yehuda, la peste avait décimé un grand pourcentage de la main d’œuvre, et les survivants étaient en grande demande. Cette nouvelle classe moyenne ne voulant pas compromettre sa nouvelle prospérité en ayant des enfants, on commença donc à empêcher les grossesses (Ben-Yehuda). L’infanticide augmenta brutalement, et beaucoup d’enfants furent abandonnés près des églises aux 15e et 16e siècles ; entre 40 et 60% de toutes les femmes âgées de 15 à 44 ans étaient non mariées au 16e siècle, et les femmes se mariaient plus tard (Ben-Yehuda). Les femmes furent marginalisées tandis que le commerce s’étendit dans les villes, et les femmes représentèrent un plus grand pourcentage de ceux vivant dans la pauvreté (King, 1997). Ces éléments démographiques contribuèrent significativement à la raison pour laquelle celles accusées de sorcellerie étaient souvent veuves, vieilles filles et sage-femmes, du fait de leur style de vie et de leurs pratiques qui représentaient une menace directe pour l’Église, la structure familiale traditionnelle et le statu-quo patriarcal (Bever, 2002 ; Whitney, 1995). Le patriarcat se solidifia et se renforça avec le développement des économies complexes parce qu’elles affectaient les hommes et les femmes différemment (Wood & Eagly, 2002).

Facteurs religieux

La religion occupait une bien plus grande partie de la vie des gens au Moyen Âge et l’Église promulgua un cadre dualiste qui mena à des points de vue extrêmes sur le monde (Ben-Yehua, 1980 ; Elliott, 2004 ; Whitney, 1995). L'église catholique était l’institution la plus puissante en Europe à cette époque, maintenant l’hégémonie sur les questions religieuses, économiques et politiques. Au moyen du 4e Concile de Latran en 1215, fut introduite la procédure d’inquisition qui rendit la confession obligatoire (Elliott). Plus tard, la réforme protestante commença, avec des guerres de religion sporadiques éclatant dans diverses régions de l’Europe. Dans quelques pays, les procès pour sorcellerie commencés par les catholiques migrèrent vers les tribunaux laïcs quand l’influence de l’Église catholique s’affaiblit. L'église et les facteurs religieux comme les idéaux de conduite morale contribuèrent grandement à l’accusation de femmes spécifiques comme sorcières.

Sorcellerie

 

Histoire de la sorcellerie

Les procès en sorcellerie provenaient d’un mélange étrange d’anciens folklores et d’une série de défis à l’hégémonie de l’Église catholique en Europe. Les frontières morales avaient été statiques et clairement définies au début des premières sociétés médiévales (Ben-Yehuda, 1980). La montée de l’urbanisation, l’effondrement imminent du système féodal hiérarchique de l’Église, les hérésies, les conditions socio-économiques et environnementales changeantes, les guerres de religion, la peste et la prostitution convergèrent tous dans un court intervalle de temps, et l’Église eut désespérément besoin d’un outil pour rétablir les codes moraux de conduite et un moyen de maintenir son contrôle socio-politique (Ben-Yehuda, Oster). Les sorcières représentaient le bouc émissaire parfait (Ben-Yehuda ; Oster, 2004). Bien que l’idée de sorcellerie soit antérieure à la Bible, et soit mentionnée dans la Bible elle-même, l’Église catholique avait écarté historiquement le concept que les sorcières existaient ou possédaient un quelconque pouvoir (Oster). Peu de temps après la formation de l’Inquisition, la sorcellerie fut soudainement dépeinte par l’Église comme un mal sérieux, et les sorcières furent déclarées être des compagnes sexuelles du Diable (Ben-Yehuda ; Broedel, 2003). Cette stratégie, si l’on en juge d’après les statistiques, s’avéra être une réussite, d’après le nombre de gens directement ou indirectement concernés.

 

©Inconnu
La punition des femmes arrogantes de l’Antiquité – Les Danaïdes
Statistiques sur celles accusées de sorcellerie

Beaucoup d’études empiriques ont essayé d’établir combien de personnes furent exécutées comme sorcières[1] entre 1350 et 1650. Certains chercheurs incluent seulement l’Europe continentale, et d’autres y associent des endroits comme l’Écosse, où des procès de sorcières furent aussi répandus. Les nombres totaux rapportés varient encore beaucoup, de 200 000 à 500 000 personnes (Ben-Yehuda, 1980), à 1 000 000 (Oster, 2004), qui déclare qu’en Allemagne existe la preuve que 400 personnes furent tuées en une journée !

Le consensus voulait que la vaste majorité des victimes des procès en sorcellerie soient des femmes. Il y a aussi une spéculation de la part de divers auteurs quant à savoir pourquoi plus de personnes furent persécutées comme sorcières en Allemagne, en Suisse et en France. Certains revendiquent que la croissance économique plus grande en Pologne, Flandre et Angleterre rendit moins nécessaire le fait d’utiliser les sorcières comme boucs émissaires (Ben-Yehuda 1980 ; Oster, 2004). D’autres fondent leur argument autour de l’Église et les facteurs religieux contemporains qui seront discutés ci-après.

La perception des femmes, des sorcières et le rôle de l’Église
« Malleus Maleficarum »

La plupart des gens à l’époque médiévale acceptaient comme normale la subordination des femmes et beaucoup d’hommes les considéraient comme une possession ou une unité de production dans le ménage ; certains voyaient les femmes comme dangereuses, séduisantes ou virginales et supérieures (Ben-Yehuda, 1980). La plupart des érudits modernes concluent que ces gens, même sans formation, accusaient les femmes de sorcellerie à cause de préjugés sexuels dans leur culture et dans les textes comme le « Malleus Maleficarum » (Broedel, 2003 ; Whitney, 1995).

Ce manuel selon Broedel, reflétait la misogynie cléricale mâle et la résistance aux rôles changeants des femmes, commençant avec sa paternité même. Broedel fournit un récit détaillé du comment et du pourquoi ce livre a été écrit.

En 1485 à Innsbruck, une femme appelée Helena Scheuberin fut accusée de sorcellerie. Elle était l’épouse d’un riche marchand local et selon Broedel, « n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait » (Broedel, 2003, p. 1). Helena cracha sur le sol quand elle vit le nouvel inquisiteur dans la ville, et ne se rendit pas à ses sermons. Elle découragea aussi d’autres personnes d’y assister et accusa l’inquisiteur lui-même d’être mauvais et complice du Diable. Elle fut accusée de sorcellerie et l’interrogatoire qui suivit se concentra sur sa sexualité. Helena engagea un avocat qui gagna le procès en vertu du fait qu’aucune définition standard n’existait décrivant explicitement ce qu’était une sorcière. L’inquisiteur dans ce cas-là était un homme appelé Henry Institoris [connu aussi comme Kramer], et il cosigna le « Malleus Maleficarum » avec Sprenger en réponse au verdict de ce procès.

 

 ©Inconnu
Femmes arrogantes de la Renaissance

 

Institoris et Sprenger décrivirent en détail les sorcières comme des femmes et se concentrèrent sur le pouvoir de la sexualité des sorcières (Broedel). Selon Broedel, en 1505 on trouvait ce livre dans toutes les bibliothèques d’Allemagne et il influença ultérieurement les lois, les livres et même les tribunaux et procédures laïques sur la sorcellerie.

La sexualité et le rôle reproducteur des femmes

De ce récit sur Helena, beaucoup de modèles commencent à émerger. Premièrement, la sexualité était jugée de la plus haute importance, bien que Mme Scheuberin fût plus rebelle qu'intéressée par le sexe d'après l’information fournie. Selon Institoris, les femmes étaient faibles d’esprit, et ainsi prédisposées à s’associer et à coucher avec le Diable ; elles suscitaient la passion des hommes, ainsi une belle femme était la plus suspecte (Broedel, 2003). Certaines sorcières empoisonnaient les gens, tuaient les enfants, buvaient leur sang et utilisaient des herbes (Broedel). A partir de cette description, les sage-femmes étaient les cibles les plus probables de la persécution à cause de leur association professionnelle avec les enfants et des remèdes à base de plantes (Broedel ; Oster, 2004).

Haliczer fournit des indices sur la manière dont la sexualité devint si critique pour identifier les sorcières. En Espagne, les filles étaient souvent cloîtrées juste pour protéger leur chasteté, ce qui était un facteur déterminant dans la réputation et l’honneur d’une famille (Haliczer, 2002). Toute femme qui n’était pas sous le contrôle direct et constant d’un homme [mari, père ou fils] était automatiquement suspectée d’excès sexuel (Haliczer). Les veuves étaient ainsi plus enclines à être accusées de sorcellerie puisqu’elles étaient plus autonomes et sous aucun contrôle masculin (Haliczer).

Spiritualité féminine

Durant cette période, les hommes ne voulaient pas que les femmes lisent les écritures parce qu'elles étaient supposées être perpétuellement soumises à leur mari (Haliczer). Selon Haliczer, une maison était la prison de la femme, et de manière intéressante, la religion elle-même devint un moyen de liberté pour les femmes en Espagne. Les femmes étaient capables d’exprimer leur spiritualité par la piété, ce qui non seulement les sortaient de leur maison, mais évolua en un mouvement ascétique fort où les femmes étaient appelées par la royauté à agir comme conseillères ou intercesseurs (Haliczer). Ana de Jésus était considérée comme prophétesse, et devint une conseillère des archiducs en matière d’état sous la dynastie des Habsbourg (Haliczer).

C’est un contraste significatif par rapport aux femmes des autres pays qui n’avaient pas le droit de sortir de la maison pour assister à la messe, même au point de risquer le salut de leur âme (Elliott, 2004).

Au début de la période moderne, la spiritualité féminine dans la plupart de l’Europe était criminalisée (Elliott). Aussi forte que soit cette déclaration, Elliott la soutient par son récit sur le Chancelier Jean Gerson de l’université de Paris. La mission de Gerson était de discréditer la mystique de la femme, et de s’approprier le mysticisme par le discours du discernement spirituel à l’institution de l’université elle-même. Gerson réussit grandement, et bientôt l’expression spirituelle manifestée par une femme fut criminalisée comme une forme de sorcellerie (Elliott). Plus tard dans sa vie, on demanda à Gerson de défendre Jeanne d’Arc lors de son procès. Malgré ses meilleurs efforts et son sincère désir de la voir acquittée, il ne réussit pas à la défendre en grande partie à cause de ses succès antérieurs ; il n’y avait plus de moyen acceptable par lequel une femme pouvait exprimer sa spiritualité (Elliott).

 

©Inconnu
Jeanne d’Arc

Le rôle de l’Inquisition catholique, fondée lors du 4e Concile de Latran de 1215, est à la racine des procès pour sorcellerie à cause de sa focalisation sur les sacrements (Elliott, 2004). La confession devint obligatoire dans une période où les femmes devaient démontrer leur obéissance à Dieu par l’obéissance à leur mari (Elliott). Selon Elliott, les maris insistaient souvent pour que leurs femmes restent à la maison, plutôt que d’aller à l’église où elles pouvaient communiquer avec d’autres et peut-être cancaner. Pourtant, une femme qui manquait constamment la confession pouvait susciter les soupçons dans la communauté par cette absence, et était plus encline à être accusée de sorcellerie (Elliott).

Comportements communicatifs

Archives existantes

Les femmes qui savaient lire et écrire en latin n’étaient pas réellement bienvenues ou encouragées à publier à la fin du Moyen Age (King, 1997). Les hommes écrivaient traditionnellement sur des sujets qui ne concernaient pas le monde ou les intérêts de la femme. Pourtant, l’utilisation croissante de la langue vernaculaire, avec la presse à imprimer, fit en sorte que graduellement davantage de femmes s'adonnèrent à la littérature, et on note actuellement un effort pour traduire ces textes (King). Un exemple remarquable de littérature écrite par une femme est « The Book of Margery Kemp », écrit au 15e siècle par une mère de 14 enfants qui voyagea jusqu’à Jérusalem en pèlerinage spirituel (Kempe, nd )

Comportements communicatifs normatifs des femmes

La période 1350-1750 représente une période durant laquelle les femmes commencèrent à affirmer leur droit à parler, « l’âge de l’émergence de la voix féminine, » (King, 1997, p.21). Au début de la période moderne, la plupart des auteurs féminins préfaçait leur ouvrage avec des déclarations de leur propre inadéquation, comme il était de coutume (King). Les Églises catholique et protestante contraignaient l’expression féminine et donc les femmes apprenaient à rester silencieuses, obéissantes et à servir de décor (King). De façon rhétorique, les femmes n’eurent pas de statut pleinement humain avant le 17e siècle (King).

 

©Inconnu
Illustration d’un tract de persécution de sorcière

En Espagne, les femmes étaient jugées pieuses si elles priaient souvent, étaient abstinentes, austères et si elles pratiquaient une pénitence physique et même se frappaient et jeûnaient (Haliczer, 2002). Les commérages étaient omniprésents au début du monde moderne (Horodowich, 2005) et considérés comme féminins (bien qu’il fussent pratiqués également par les hommes !) , comme une sorte de mécanisme pour la solidarité féminine et donc comme quelque chose à étouffer (Horodowich). Des auteurs légaux à Venise revendiquaient que le témoignage de deux femmes soit égal à celui d’un homme, puisque les voix des femmes n’étaient pas fiables (Horodowich).

La fin du Moyen Âge et le début de la période moderne furent très rudes, et en dehors des cercles de l’élite, le conflit entre personnes était fréquent et exprimé par les commérages, les insultes, les réprimandes, les menaces, les sorts, l’action en justice, l’attaque physique et les menaces de magie rituelle (Bever, 2002). La jalousie et les inégalités économiques étaient souvent la cause de conflit et les femmes n’avaient pas recours aux tribunaux comme les hommes (Bever). L’attaque physique était courante ; une femme prenait par force ce qui lui était dû, particulièrement quand elle n’avait pas un homme pour l’aider à arbitrer les conflits en justice (Bever). Les femmes de la ville étaient censées avoir exprimé leur sexualité plus ouvertement au début de la période moderne (Ben-Yehuda, 1980), et ce comportement communicatif aurait rencontré certainement la censure de la part des hommes tant au niveau de l’Église que de la communauté. Une femme idéale dans une société patriarcale garderait sa voix « douce, gentille et basse » (Larner, 1984, p.62), et se comporterait de manière chaste (Haliczer, 2002).

Relation entre le comportement communicatif et l’accusation de sorcellerie

Une femme qui déviait trop de la norme définie par les hommes était identifiée comme une sorcière (Larner, 1984). La vigueur (sexuelle ou psychologique) et l’agression se démarquaient comme un comportement communicatif qui déviait le plus pour les femmes accusées de sorcellerie ; ironiquement, les accusés et les accusateurs furent souvent des femmes (Bever, 2002).

Le stéréotype d’une sorcière était une femme indépendante qui ne nourrissait pas ou n’aimait pas son mari ou ses enfants, et avait le pouvoir des mots « pour se défendre ou jeter des sorts aux autres » (Larner, 1984, p.84). A Württemberg en Allemagne, les allégations de poison étaient l’accusation la plus commune menant aux procès (Bever, p.960), et selon Bever, les femmes menaçaient réellement d’empoisonner les autres.

L’attaque physique était considérée comme de la sorcellerie si un tort ultérieur pouvait être relié au conflit, et de plus, des sorts verbaux, des gestes ou des exclamations de rage pouvaient être vus comme une magie accidentelle si un stress émotionnel ou de la peur menait à des symptômes psychosomatiques (Bever, 2002). Bever fait aussi une association entre la ménopause, l’âge et l’irritabilité vécus durant cette partie de la vie d’une femme qui pouvait déclencher une accusation de sorcellerie parce que le niveau de vigueur ou d’irritabilité s’écartait de la norme sociale. Essayer d’empêcher la grossesse, dire aux autres femmes comment le faire et pratiquer un infanticide étaient clairement des comportements à risque (Bever).

Le « Malleus Maleficarum » déclare qu’une sorcière s’identifie par une menace verbale ambiguë (Broedel, 2003, p.142). Broedel déclare que ce texte revendique une relation entre l’animosité, les menaces verbales et la sorcellerie, où des formes spécifiques de communication étaient la clé pour identifier une sorcière : murmurer de colère, proférer des mots menaçants ou toucher un animal ou une personne. Un quatrième moyen de menacer quelqu’un serait d’apparaître dans le rêve d’un autre (Broedel, p.143). Broedel prétend que la rumeur était fondamentale dans la chasse aux sorcières.

Les femmes pouvaient manquer le sermon occasionnel, mais de l’absence de confession devait résulter une accusation de sorcellerie (Elliott, 2004). Les femmes devaient être pieuses (Haliczer, 2002) et éviter les commérages (Horodowich). Il était commun d’appeler une femme en public « sorcière », comme une forme d’insulte. Si la femme ignorait ce genre de raillerie et était accusée plus tard de sorcellerie, son échec à débattre de cette raillerie antérieurement était utilisée comme preuve contre elle au tribunal (Whitney, 1995). Il semble clair qu’une femme était sage de ne s se distinguer d'aucune manière, d’éviter tout conflit et de ne pas faire étalage de sa richesse ou de son éducation pour rester à l’écart de possibles accusations.

Explications possibles et motifs alternatifs

Un moyen d’acculturation

Les procès en sorcellerie peuvent avoir fait partie d’une campagne pour christianiser la populace et étendre l’autorité de l’Église tout en soutenant le patriarcat en général (Bever, 2002). Bever voit les procès de sorcellerie comme une méthode d’acculturation, où la répression remodèle la société sur plusieurs générations . Les femmes étaient très agressives au début de ces procès en sorcellerie, mais des générations de persécution servirent à diminuer leur pouvoir et à renforcer celui des hommes (Bever). Les femmes apprirent à avoir honte de leur sexualité et à éviter les conflits interpersonnels (Bever). Certains érudits proposent que la profession médicale ait utilisé ces procès pour marginaliser ou éliminer graduellement la pratique de l’herboristerie et le métier de sage-femme (Oster, 2004), mais Bever n’est pas convaincu par cet argument.

©Inconnu
Arrestation d’une sorcière – probablement une menace pour la profession médicale.
Pouvoir sur les femmes

Whitney attribue les chasses aux sorcières à une plus grande émergence de l’état moderne et de l’individualisme, avec un conflit entre les sphères « officielles » dominées par les hommes et les domaines « domestiques » dominés par les femmes . Cela prit fin avec les procès en sorcellerie (Whitney, 1995). Elle suggère que le catalyseur peut avoir été un changement économique et se concentre sur la raison pour laquelle ce fut principalement des femmes qui accusèrent d’autres femmes de sorcellerie, ce qui renforça les normes patriarcales de la féminité (Whitney). Elle nous rappelle que le patriarcat divise intentionnellement les femmes en récompensant celles qui maintiennent le statu- quo avec plus de pouvoir, comme elles privent de droit systématiquement d’autres femmes en appliquant les normes patriarcales (Whitney, p.88). En Nouvelle Angleterre, les femmes accusées de sorcellerie étaient décrites comme des mécontentes qui refusaient d’accepter leur place dans la hiérarchie sociale, et étaient coupables de colère, jalousie, fierté, malice, mensonge et séduction » (Whitney, p.85).

Violence contre les femmes

Whitney voit les procès en sorcellerie comme une forme de violence contre les femmes à cause des moyens avec lesquels la torture était utilisée pour arracher les confessions (Whitney, 1995). Elle pense qu’être femme était une marque de déviance, et qu’avec la Réforme arriva un besoin intensifié de contrôler la nature [la nature étant traditionnellement identifiée avec le féminin] (Whitney, p.88). La majorité des hommes et des enfants accusés de sorcellerie, étaient traînés devant les tribunaux parce qu’ils étaient en relation directe avec les femmes déjà accusées ; une forme de culpabilité par association. Quoique Whitney ne nous donne pas une pleine image de la violence avec laquelle se déroulaient les procès en sorcellerie , Barstow fournit une grande quantité de détails et d’exemples spécifiques des moyens sexuellement violents par lesquels les femmes étaient traitées (Barstow, 1994).

Selon Barstow, l’humiliation publique était commune. Elle parle d’un incident en 1649 à Newcastle, où trente « honorables » femmes furent regroupées au hasard dans un square de la ville, déshabillées et piquées avec des objets aigus par des « piqueurs » masculins. Avec leur robe autour de la tête, si elles ne réussissaient pas à identifier où elles étaient touchées, elles étaient accusées d’être des sorcières ; le fait qu’elles soient engourdies par la peur et l’humiliation ne comptait pas (Barstow, p.130). Selon Barstow, à Nuremberg, des filles mères accusées d'avoir tué leur enfant étaient forcées de se confesser par un processus spécifique. On vérifiait publiquement la poitrine de la fille mère pour la présence de lait ; si c'était le cas, la sage-femme apportait l’enfant mort- peu importe le temps de sa mort ou l'état du corps - et donnait l’enfant mort à la mère comme moyen de choquer la femme pour provoquer la confession. Entre 1576 et 1617, dix-neuf femmes furent jugées de cette façon, et après leur confession, elle furent toutes noyées ou pendues en tant que sorcières (Barstow, p.133). Les femmes et les filles non encore pubères étaient violées en prison (Barstow). Barstow est le premier érudit à dénoncer la pratique régulière d’envoyer les propriétés de la sorcière exécutée au trésor de l’évêque, impliquant une cause plus mercenaire pour accuser les femmes qui n’avaient pas de parent masculin pour hériter de leur propriété (Barstow, p.19).

 

©Inconnu
Une sorcière au cours du procès

 

Dans une grande analogie, Whitney fournit un exemple contemporain de la manière dont la sorcellerie améliore le standing d’un homme dans la tribu Gonja en Afrique, tandis que les sorcières de la même tribu sont craintes et haïes ; c’est la manière de Whitney de soutenir son allégation que les femmes ne sont autorisées à exprimer l’agression que dans leurs soins pour un enfant, parce que dans toute autre circonstance, l’agression féminine défie la dominance masculine et le patriarcat (Whitney, p.90).

Limites des études existantes

Si de plus grandes quantités de récits historiques écrits par des femmes étaient disponibles, celles-ci pourraient être codées et étudiées quantitativement pour en apprendre davantage sur le comportement communicatif spécifique des femmes au cours de cette période. Certaines des sources citées dans cette revue littéraire se renvoient l’une à l’autre avec une certaine régularité puisqu’il y a un accès limité aux textes sources de base, ce qui est problématique pour des raisons évidentes.

Justification

Dans un système patriarcal, le pouvoir sur les femmes est souvent exprimé en contrôlant la sexualité de la femme, l’accès aux ressources et l’autonomie (Wood & Eagly, 2002), et il était nécessaire pour l’Église et les hommes qui la dirigeaient de renforcer périodiquement ce système. Les procès en sorcellerie étaient un moyen réellement efficace d’atteindre ce but.

Selon cette revue littéraire, les procès en sorcellerie étaient un moyen par lequel les femmes et particulièrement les jeunes filles étaient socialisées pour être sexuellement obéissantes à leur mari (Haliczer, 2002 ; Wood & Eagly). De ce point de vue, il serait logique que les femmes qui n’étaient pas sous le contrôle constant d’un père ou d’un mari soient plus aptes à être accusées de sorcellerie. Il est clair que pour une femme, exprimer une liberté de pensée ou d’expression, la sexualité, l’agression, la vigueur ou l’autonomie résultait en une plus grande vulnérabilité aux accusations de sorcellerie. Une analogie contemporaine consiste dans le fait que les femmes sont lapidées dans certaines cultures aujourd’hui pour adultère et quelquefois exécutées, jetées en prison ou éloignées pour avoir été victimes de viol.

Les femmes en Europe n’avaient pas de choix réel. Pour éviter la persécution comme sorcières, elles devaient sacrifier leur désir d’autonomie. Il serait très intéressant de faire une analyse des procès de sorcellerie contemporains et autres chasses aux sorcières qui eurent lieu à différentes époques et endroits pour découvrir les points de similarités et de différences. On peut supposer qu’une étude des procès de sorcellerie contemporains dans des endroits comme l’Inde et diverses nations africaines montrerait que des femmes qui expriment une vigueur, une sexualité, une agressivité, ou une autonomie « excessives », par des comportements communicatifs verbaux ou non-verbaux, seraient plus enclines à être accusées de sorcellerie que celles qui suivent les normes prescrites par la société au sujet du comportement féminin.

Si ces sortes spécifiques de comportements communicatifs sont en fait plus enclins à résulter en une accusation de sorcellerie dans ces cultures aujourd’hui, cette comparaison croisée entre cultures soutiendrait l’idée que le patriarcat et le contrôle de l’autonomie et/ou la sexualité des femmes était derrière les accusations de sorcellerie en Europe.

 

©Inconnu
Références

Barstow, A. L. (1994). Witchcraze: A new history of the European witch hunts. San Francisco: Pandora.

Ben-Yehuda, N. (1980). The European witch craze of the 14th to 17th centuries: A sociologist's perspective. The American Journal of Sociology, 86, 1-31.

Bever, E. (2002). Witchcraft, female aggression, and power in the early modern community. Journal of Social History, 35, 955-988.

Broedel, H. P. (2003). The malleus maleficarum and the construction of witchcraft: Theology and popular belief. Manchester, UK: Manchester University Press.

Elliot, D. (2004). Proving woman: Female spirituality and inquisitional culture in the later middle ages. Princeton, NJ: Princeton University Press.

Haliczer, S. (2002). Between exaltation and infamy: Female mystics in the golden age of Spain. New York: Oxford University Press.

Horodowich, E. (2005). The gossiping tongue: Oral networks, public life and political culture in early modern Venice. Journal of the Society for Renaissance Studies, 19, 22-45.

Kempe, M. (n.d.). The Book of Margery Kempe. Luminarium: Anthology of English literature website (16 October 2007). A. Jokinen (Ed). Downloaded January 2007 from http://www.luminarium.org/.

King, M. L. (1997). Women's voices, the early modern, and the civilization of the west. Shakespeare Studies, 25, 21-31.

Larner, C. (1984). Witchcraft and religion: The politics of popular belief. New York: Blackwell. Oster, E. (2004). Witchcraft, weather and economic growth in renaissance Europe. The Journal of Economic Perspectives, 18, 215-228.

Whitney, E. (1995). International trends: The witch "she"/the historian "he." Journal of Women's History, 7, 77-101.

Wood, W., & Eagly, A. H. (2002). A cross-cultural analysis of the behavior of women and men: Implications for the origins of sex differences. Psychological Bulletin, 128, 699-727.

Deborah M. DeCloedt Pinçon, University of Wisconsin Milwaukee 16 décembre 2007

[1] En anglais, le terme witch désigne aussi bien les sorciers que les sorcières. Dans la traduction il est traduit par sorcière, mais il peut englober aussi des sorciers. (NdT)

 

Traduction française: Henri R.

Rétrolien(0)
Commentaires (0)add comment

Ecrivez un commentaire

busy
Mis à jour de ( SUNDAY, 09 MARCH 2008 21:17 )
 
 

Pause pensée

« Dieu interdit que nous soyons jamais pendant vingt ans sans une rébellion.

Le peuple ne peut être totalement, et toujours, bien informé. La partie qui est mal informée sera mécontente, au prorata de l’importance des faits qu’ils interprètent de manière erronée. S’ils restent tranquilles avec de telles idées fausses, c’est de la léthargie, le signe avant-coureur de la mort de la liberté publique…

« Et quel pays peut préserver ses libertés, si ses dirigeants ne sont pas prévenus de temps en temps que ce peuple préserve l’esprit de la résistance ? Qu’il prenne les armes. Le remède est de le corriger quant aux faits, lui pardonner et le pacifier. Que signifie de perdre quelques vies au cours d’un siècle ou deux ? L’arbre de la liberté doit être rafraîchi de temps en temps, avec le sang des patriotes et des tyrans. C’est un engrais naturel. »

Thomas Jefferson (1743-1826), 13 novembre 1787, lettre à William S. Smith, citée dans Jefferson On Democracy, éd . 1939, de Padover.

Il faut lire

Bannière
Forum Signes des temps