Ce qui suit est un extrait d’une description qui a été publiée sur le site français d'information rue89 :
Par Hubert ARTHUS - Rue89 - 06/05/2008
[…] Fumer du Narcisse nuit à la santé
"Quand je pense à lui, je me sens envahie par une substance obscène dont je ne parviens pas à me débarrasser."
Il y a quelques mois, on avait eu vent que de plus en plus de gens rêvaient de Sarkozy. Que nous étions de plus en plus sarkotox. Le psychiatre avait entendu ces témoignages dans son propre cabinet. Pour lui, le déséquilibre entre notre propre image et le lien non pas œdipien (ce qui aurait une logique), mais narcissique, avec le président élu est un symptôme typique de la névrose. Une sarkose qui "consiste en une obstruction imaginaire par l’épopée sarkozienne et se traduit par l’impossibilité de détourner ses pensées de la figure du chef de l'État". L’heure est décidément bien grave.
Toute la démonstration de l’ouvrage repose sur la notion de perversion narcissique, qu’il illustre et démontre. Pour les "Homo Narcissus" que nous sommes, Sarkozy incarne l’enracinement et la personnification même d’une névrose propre à nos anticivilisations de la marchandise. Celles où l’avancée d’une société se mesure à l’avancée d’une maladie et non à celle du progrès…
"Car ce narcissisme qu’il exhibe à son paroxysme nous est très familier. Dans cette immense révolution des valeurs que représente le passage à nos sociétés individualistes, notre référent ultime est la figure de l’Individu tout-puissant, contenant en lui-même l’humanité entière, incarnation de l’autonomie absolue."
Libido, pulsions, frénésie. Et vulgarité.
Une perversion narcissique qui, en tant que telle, interroge notre propre complicité, consciente ou inconsciente. De nos jours, le narcissisme est collectif, consenti. Dans une démocratie représentative où Lapaque stigmatise le "substrat royaliste" (entendez, l'Ancien Régime"), il se réalise dans un homme qui n’est plus forcément un dictateur:
"La Sarkoze obsessionnelle, c’est la rencontre entre un peuple d’Homo Narcissus et un président hypernarcissique qui se gavent mutuellement des émotions l’un de l’autre."
Auparavant, le président entrait dans notre imaginaire par les voies autoritaires du surmoi. Sarkozy, lui, envahit notre psyché collective par effraction: par le "ça", cette espace psychanalytique où reposent libido, pulsions, désirs, frénésie. Et signe la prédominance de l’émotion sur la réflexion. D’où, aussi, sa vulgarité.
De même, pour Hefez, lorsqu’il investit le terrain de l’enfance (épisode de la mémoire de la Shoah dans chaque élève de CM2), il ne faut pas y voir autre chose qu’une "inflation narcissique par laquelle il peut embarrasser, humilier, blesser, tout en exultant de ses actions et de ses valorisations personnelles. Le narcissisme poussé à l’extrême, c’est utiliser les êtres humains comme des instruments de son propre pouvoir et comme un décor de son propre destin, de sa propre jouissance."
Par de multiples microdémonstrations, Hefez démonte la façon dont Sarkozy parvient à faire prédominer la puissance individuelle sur la puissance du collectif. Coupant le lien social. Fin du fin de la politique libérale. Hefez signe ici une surpuissante démonstration psychanalytique et politique.
Dommage que les Français soient toujours autant embourbés dans Freud et Lacan. Cette description de l’identité ressemble à une promenade dans la ruelle de derrière d’un des quartiers les plus minables d’une ville américaine… Mais il est clair que Sarko représente le mythe de l’Individu, joué dans les médias français, et emmené à son extrême narcissique.
Il est curieux que tout comme les valeurs de la société s’émiettent et sont remplacées par de plus en plus de valeurs déviantes, le masque de santé mentale porté par les déviants que nous élisons au pouvoir a besoin d\'avoir de moins en moins l’apparence de la « santé mentale ». Cela ne fait que montrer à quel point nous avons tous été infectés pour que des clowns comme Sarko ou Bush puissent renvoyer au citoyen ordinaire quelque chose comme « Je suis simplement comme vous » dans le but d’être élu. Bien sûr, des machines à voter truquées aident également.
Mais quand les gens rêvaient de JFK, nous parions que c’étaient des rêves d’un tout autre ordre.
Traduction française: Henri R.