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Secrets d’une famille puissante Imprimer Email
Écrit par Ian Murano   
TUESDAY, 07 OCTOBER 2008 23:15
Watoday.com, Australie
Vendredi 13 juin 2008

 Du pasteur incendiaire de Barack Obama, au Mormonisme de Mitt Romney, aux racines Baptistes du sud de Mike Huckabee, la religion est la constante dans le choix de l'Amérique pour son président. Le racisme, le sexisme, la politique de la santé, l'économie et l'Irak ont connu leurs heures de gloire , mais la religion redevient la préoccupation principale à chaque nouvelle controverse.

Même John McCain, relativement stable comme présumé candidat républicain, a rejeté un prédicateur dont l'approbationdevenait politiquement intenable.

 Pourtant la force religieuse la plus influente et endurante dans le pays - le fondamentalisme chrétien élitiste - est la plupart du temps inaperçu et suscite rarement des remarques, selon l'écrivain Jeff Sharlet.

 Fondamentalistes avérés, les télé-évangélistes populistes «Bible thumpers[1]», sont l'antithèse du réseau secret qu'il a identifié et qui est connu diversement comme La Fraternité et La Famille.

 La Famille organise les politiciens de Washington en «cellules de prières» intimes, influence la politique étrangère, a inspiré la création de l'Annual Prayer Breakfast[2] en 1953 et a sponsorisé la politique fondée sur la foi du président George W. Bush de transférer la responsabilité des services sociaux aux groupes religieux en 2001. Elle a rétréci activement le débat, limitant les changements qui pouvaient être possibles.«La Famille est un réseau international d'élites évangélistes, dans le gouvernement, l'armée et les affaires, remontant à 70 ans, organisée autour de cette idée centrale, à savoir que le christianisme durant 2000 ans avait tort,» dit Sharlet.

 «Le christianisme, en théorie de toute façon, concernait le pauvre, le faible, celui qui souffre, le sans- abri, et l'idée du fondateur de ce réseau était que Dieu était plus intéressé par ceux qu'il appelait: les riches, les puissants, ceux avec un statut. (Ils se fient ) sur cette lecture très littérale d'un verset de la lettre de Paul aux Romains: ‘Les pouvoirs en place sont décrétés par Dieu.' Ils prennent cela dans un sens très littéral. Si vous avez du pouvoir, c'est parce que Dieu veut que vous ayez du pouvoir.»

 C'est essentiellement un concept conservateur, défenseur du statu-quo et un contraste marqué avec une autre contribution de l'Amérique à la pensée chrétienne, la théologie de la libération noire. La Famille vénère un «Jésus viril» pour qui la compassion du Sermon sur le Mont était une aberration.

 Il pourrait être tentant d'écarter La Famille comme consistant juste en un autre produit des théories du complot,si l'homme à la tête du réseau, Doug Coe, n'avait pas été confirmé dans ses fonctions par des présidents comme George W. Bush, Bill Clinton et George Bush senior, et le groupe désigné avec précaution par Ronald Reagan. «Elle fonctionne précisément parce qu'elle est privée

 Sharlet offre un recensement d'une majorité de Républicains, sénateurs, qui ont été ou en sont membres, et mentionne que bien qu'Hillary Clinton n'appartienne pas à ce cercle, , elle a prié avec Coe et est considérée comme une «amie» de La Famille. «Cependant, le plus gros problème est que La Famille est si implantée à Washington qu'il n'est pas surprenant que Clinton maintienne un lien temporaire avec le groupe», dit-il.

 Quand un journaliste du Time magazine,qui cherchait les figures religieuses les plus influentes dans le pays, a contacté Sharlet pour son opinion, Sharlet a suggéré au journaliste de poser des questions au Congrès au sujet de Coe. Le journaliste, qui n'avait pas entendu parler de Coe auparavant , en apprit suffisamment pour l'étiqueter «le Persuasif Furtif.»

 Sharlet, un rédacteur occasionnel des magazines Harper's et Rolling Stones, a rencontré le groupe par accident il y a sept ans quand il faisait un reportage sur les groupes religieux marginaux et fut invité à se rendre dans un de ses centres résidentiels appelé Ivanwald en Virginie.

 Ceux avec qui il est resté à Ivanland étaient les gardiens du siège social de La Famille, connu comme Les Cèdres, où se tenaient des réunions de congressistes, hommes d'affaires, ambassadeurs et chefs étrangers . Pendant sa présence, Sharlet fut averti que Megawati Sukarnoputri avait rendu visite aux Cèdres quand il était président de l'Indonésie. Il découvrit plus tard une cache de documents, plus de 600 boîtes de papiers archivés et oubliés, qui révélaient l'histoire du réseau.

 Son travail a eu pour résultat son livre The Family. Sa découverte centrale est que le fondamentalisme américain comporte deux mouvements, et que le plus influent est le moins visible. Il y a la face publique, l'image populaire de télé-évangélistes suants, passionnés, et il y a la face privée comprenant le monde exclusif de La Famille.

 «Il existe une sorte de fondamentalisme du haut vers le bas qui commence avec les élites et se termine avec les mouvements de masse,» dit-il.

 «Depuis le ‘Scopes Monkey Trial[3]' de 1925, les médias déclarent mort le fondamentalisme chrétien toutes les x années, et cela revient régulièrement. La presse peut voir la religion au sein de la classe ouvrière et des pauvres; cela lui est bien plus difficile de la voir quand elle est infusée à des niveaux élevés.»

 Sharlet dit que La Famille a facilité l'aide et les liens vers l'industrie étasunienne pour des dictateurs comme Papa Doc d'Haïti, Siad Barre de Somalie et Suharto d'Indonésie. Elle trouve des «amis» au Congrès pour des étrangers puissants et influence la politique étrangère. Coe manipule annuellement des procédures de contrôle normal des leaders étrangers en organisant des rencontres avec le président au petit déjeuner-prière annuel. En bref, La Famille est une organisation secrète, non démocratique qui est habilitée à aider et à encourager les dictateurs.

 Puisqu'elle fonctionne de l'intérieur, il n'y a pas besoin de fulminer au pupitre. Sharlet cite Coe disant au cours d' une rare interview: «Nous travaillons avec le pouvoir où nous pouvons, construisons de nouveaux pouvoirs où nous ne pouvons pas.»

 Sharlet dit que l'impulsion pour un «gouvernement dirigé par Dieu» se produit à l'aide d' alliances secrètes et au mépris des processus démocratiques.

 «Je pense que c'est dangereux. De certaines manières je résiste à l'appeler une question gauche-droite - bien qu'ils tendent à être de droite -autant qu'une question de démocratie ouverte, de transparence.

 «Ils utilisent cette phrase prétentieuse pour rassembler les politiciens afin de prendre des décisions ‘au-delà du vacarme de la vox populi', la voix du peuple. Au pire c'est du copinage cynique.

 «Ce que fait La Famille quand elle dit que ça va aller au-delà de la politique, c'est d'essayer de fermer le débat.»

 Coe prêche la soumission et cite avec approbation Hitler et Mao. «Il y a ce fil et cette révérence constants pour ce qui est essentiellement un concept autoritaire de Dieu, ce qui importe le plus dans le concept de Dieu pour chacun est l'obéissance», dit Sharlet.

 «Quand je vivais avec ces individus à Ivanwald, on échangeait littéralement des prises de décision sur chaque aspect de notre vie. Pas juste les grandes questions de ce que j'allais faire avec ma vie, mais devrais-je sortir avec cette femme?»

 Ce fut la vanité de La Famille qui lui a fait penser qu'elle pouvait recruter Sharlet, demi-juif et journaliste de gauche, vers ses voies caractéristiques.

 Un peu comme Groucho Marx - qui ne voulait pas adhérer à aucun club qui l'aurait comme membre - Sharlet fut étonné de se trouver en leur compagnie à Ivanwald, où il vécut pendant un mois dans un dortoir masculin, sans boissons, sans blasphèmes, sans bras de fer.

 «S'il avaient fait une recherche sur moi avec Google», dit-il, «ils auraient réalisé quel prospect peu prometteur je représentais». Dans ses antécédents, cependant, se trouvaient des indices de terrain fertile pour La Famille.

 Les parents de Sharlet s'étaient séparés quand il avait deux ans, mais il resta proche de son père juif bien qu'il fût élevé par sa mère, Nancy. Sa mère était Pentecôtiste, un membre de cette troupe exaltée de chrétiens enclins à parler dans d'autres langues, bien qu'elle ne fusse pas aussi douée pour ce genre de choses.

Elle avait de la famille parmi les paysans du Tennessee, mais après sa séparation d'avec le père de Sharlet, elle s'installa près de l'état de New York dans une ville qui était selon Sharlet, «inhabituellement antisémite».

 Nancy Sharlet avait quelque chose d'une hippie, avec un échantillonnage de nombreuses religions, de telle sorte que son fils grandit entouré de questions de foi. Les catholiques venaient prier chez eux à midi, et quelques heures plus tard une nonne bouddhiste arrivait. Il semblerait qu'il ait été immergé dans toute une panoplie religieuse, avec sa mère attirée vers le service offrant la meilleure musique.

 Le père de Sharlet pourrait avoir intéressé La Famille. Robert Sharlet était un universitaire et un spécialiste en politique soviétique. En tant que soviétologue, il servait de conseiller à la CIA.

 «Je pense que La Famille aimait le fait que j'étais un juif. Avoir dans sa «famille» un juif qui prie Jésus démontre la puissance de Jésus. Elle appréciait le fait que mon père était un consultant pour la CIA,» dit Sharlet.

 Un oncle aussi, Jeff Sharlet, a servi au Viêt-Nam comme traducteur et officier de renseignement en 1962-63 et devint un critique de la guerre. Il mourut d'un cancer à 27 ans, ayant été exposé à un précurseur de l'agent Orange. Il a inspiré le prochain livre majeur de Sharlet, couvrant les mouvements pacifistes des GI's. C'est un projet commun avec son père, qui a fait une grande partie de la recherche en localisant les vétérans.

 Mais d'abord, Sharlet âgé de 36 ans, occupe un autre emploi, ayant été engagé pour écrire l'histoire de l'évolution, ou la dévolution, de la chanson de Pete Seeger, «If I Had a Hammer».[ «Si j'avais un marteau», NDLR]

 «Cette chanson raconte l'histoire du déclin de la gauche américaine. Quand elle fut chantée pour la première fois, il y eut une énorme révolte anti-communiste,» dit Sharlet. Enregistrée par Peter, Paul et Mary, elle devint un thème pour les droits individuels. «Aujourd'hui, c'est une chanson pour enfants et une ronde l'accompagne.».

 «C'est une chanson complètement dépolitisée aujourd'hui. L'original ne l'était pas. Pete Seeger n'était pas que communiste, il était stalinien.»

 Sharlet vit à New-York, un endroit d'une infinie méchanceté pour La Famille, un fait qui peut aussi avoir amplifié son appel à eux comme un projet de réforme. Malgré l'implication d'Hillary Clinton avec La Famille, Sharlet dit qu'il a voté pour elle.

 «Son implication n'est pas énorme, mais le fait est énormément significatif pour la relation entre la religion et la politique en Amérique. L'idée qu'un groupe avec des idées aussi excentriques et explicitement antidémocratiques (existe), suggère quelque chose sur l'absence de volonté des politiciens qui doivent mieux savoir défier cet establishment,» dit-il.

 Il espère que la publication du livre aide des membres du Congrès nouvellement élus à ne pas fermer les yeux sur le réseauauquel on leur demande d'adhérer quand on les invite à une des cellules de prière de Coe.

 Mais assis dans un café du quartier de Carroll Garden à Brooklyn à la veille du lancement de son livre, il ne prévoyait pas un grand éclat. La Famille essaiera d'encaisser le coup.

 Ils sont au pouvoir, mais ils ont la voix douce. Et fait unique pour la religion en Amérique, demeurent invisibles par concept.

 JEFF Sharlet a trouvé une association australienne avec La Famille dans son contact initial avec le réseau: un de ses compagnons à Ivanwald, qui n'est pas nommé dans le livre, a attribué sa présence à la recommandation du (maintenant ancien) membre du parlement libéral fédéral Bruce Baird.

 Cependant les liens de La Famille avec l'Australie semblent être bien plus profondément ancrés.

 L'Australie connaît un petit déjeuner-prière national depuis plus de 20 ans, et les documents déterrés par Sharlet parlent d'une délégation de congressistes étasuniens en 1966 rencontrant «des leaders au parlement Australien» pour discuter des groupes de petit déjeuner.

 Encore plus ancien, en 1963, on rapporta un groupe parlementaire australien qui communiquait régulièrement avec un groupe du Sénat étasunien. Une autre source, dans un télégramme non daté dont on pense qu'il a été envoyé vers 1980, identifie un ancien ministre de l'immigration dans le gouvernement Fraser, Michael MacKellar, comme un contact australien pour le chef de La Famille, Doug Coe.

 Et l'ambassadeur australien aux États-Unis immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, l'ancien membre du parlement travailliste Norman Makin, est identifié dans une newsletter de 1948 comme un orateur clé dans un meeting du groupe, qui fut ensuite connu comme le Comité National pour le Leadership Chrétien. Une source de 1949 note: «l'Ambassadeur Makin initie des groupes ici.»

 D'une manière très différente, les liens de l'Australie avec le groupe s'étendent jusqu'à sa création.

 Dans la peur et l'incertitude que la Grande Dépression apporta dans l'Amérique des années 1930, La Famille fut créée à la suite de la violence industrielle centrée sur le front de mer de San Francisco.

 Le chef des travailleurs en grève était un militant né à Melbourne, Harry Bridges, un membre des Industrial Workers of the World.

 «La Famille commence vraiment quand le fondateur (Abraham Vereide) a cette vision, dont il pense qu'elle vient de Dieu, que Harry Bridges, cet organisateur travailliste australien qui a organisé la plus grande grève dans l'histoire américaine, une grève très réussie, est un agent satanique et soviétique,» dit Sharlet.

 Vereide commença à unifier un groupe de patrons d'affaires qui avaient la même vision du christianisme pour devenir une machine politique. «C'est une des choses intéressantes,» dit Sharlet. «Le fondamentalisme de l'élite américaine ne commence pas autour d'une question d'avortement, de sexualité ou d'autre chose de ce genre, mais contre la main d'œuvre syndiquée.»

 

 

Traduction française: Henri R.


[1]Prédicateurs qui appuient leur sermon en cognant sur la Bible - NdT

[2]Petit déjeuner-prière annuel - NdT

[3] Le procès Scopes, plus connu sous le nom de procès du singe (Scopes Monkey Trial), est un procès qui eut lieu àDayton,TennesseeauxÉtats-Unis du 10 au 21 juillet1925, et qui opposa les fondamentalistes chrétiens, défendus par le procureur et homme politiqueWilliam Jennings Bryan, aux libéraux défendus parClarence Darrow. - NdT

 

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"Quelques-uns des hommes les plus importants des Etats-Unis, dans le domaine du commerce et de l'industrie, ont peur de quelque chose. Ils savent qu'il y a quelque part un pouvoir si organisé, si subtil, si vigilant, si intriqué, si complet, si envahissant, qu'il vaut mieux qu'ils n'en parlent qu'à voix basse quand ils en parlent pour le condamner." Woodrow Wilson, The New Freedom (1913)

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