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De Cassiopedia, La Vraie Encyclopédie Trouble de la personnalité dyssociale Psychopathie est un terme dérivé du Grec psuchê (esprit) et pathos (maladie, souffrance) qui était jadis utilisé pour désigner n’importe quel trouble mental. De nos jours, la psychopathie se comprend mieux selon les concepts employés dans les deux ouvrages de référence dans ce domaine : Without Conscience [Sans Conscience] de Robert Hare et The Mask of Sanity [Le Masque de la Santé mentale] de Hervey M. Cleckley. Un psychopathe est exactement cela : sans conscience et, ce qui est le plus important, cela est dissimulé sous un masque de normalité qui est souvent si convaincant que même les experts sont dupés. Un troisième ouvrage, plus récent, Snakes in Suits [Serpents en Costumes] de Robert Hare et Paul Babiak, a poussé la recherche à un nouveau niveau en soulignant le fait qu’en raison de leur capacité à cacher leur vraie nature, les psychopathes deviennent facilement les Serpents en Costumes qui contrôlent notre monde. La psychologue de Harvard Martha Stout décrit cette combinaison mortelle :
Imaginez – si vous le pouvez – ne pas avoir de conscience, vraiment aucune, aucun sentiment de culpabilité ou de remords, quoique vous fassiez, aucun sentiment limitatif de souci du bien-être des étrangers, des amis ou même des membres de la famille. Imaginez ne pas avoir à lutter avec la honte, pas même une seule fois dans toute votre vie, peu importe le caractère égoïste, paresseux, dommageable ou immoral de l’action que vous avez faite. Et faites comme si le concept de responsabilité vous était inconnu, excepté comme un fardeau que les autres semblent accepter sans s’interroger, comme des imbéciles crédules. Maintenant ajoutez à cette étrange fantaisie la capacité à cacher aux autres que votre profil psychologique est radicalement différent du leur. Puisque chacun imagine simplement que la conscience est universelle chez les êtres humains, cacher le fait que vous n’avez pas de conscience ne demande presque aucun effort. [1] La psychopathie est définie en psychiatrie comme un état caractérisé par un manque d’empathie ou de conscience, de la grandiloquence, de l’arrogance, de la cruauté, de la superficialité, un contrôle médiocre des pulsions et des comportements manipulateurs dans le but d’avoir le contrôle sur les autres et les ressources. Le psychopathe est aussi reconnu comme étant irritable, dépourvu de culpabilité et d’anxiété et prédisposé à la délinquance et la criminalité.[2] Quoique son utilisation comme terme psychiatrique soit répandue, la psychopathie n’a pas d’équivalent[3] ni dans le DSM-IV-TR[1], ou elle est fortement corrélée avec le trouble de la personnalité antisociale, ni dans le ICD-10[2], où elle est également corrélée avec le trouble de la personnalité dyssociale. Ce problème sera examiné dans la section "Histoire." Dans la pratique clinique courante, la psychopathie est le plus généralement diagnostiquée en utilisant la liste type de psychopathie révisée de Robert D. Hare (PCL-R). Hare décrit les psychopathes comme « des prédateurs intra-espèce qui emploient le charme, la manipulation, l’intimidation et la violence pour contrôler les autres et satisfaire leurs propres besoins égoïstes. Dépourvus de conscience et de sentiments envers les autres, ils prennent froidement ce qu’ils veulent et font ce qu’ils désirent, en violant les normes et les attentes sociales sans le moindre sentiment de culpabilité ou de regret. » Hare suggère aussi qu’en dépit du nombre statistiquement peu élevé de psychopathes dans n’importe quelle société donnée, ils sont responsables d’un niveau extraordinairement élevé de détresse sociale. [4] Etant donné que la recherche montre que les psychopathes sont des experts pour atteindre les positions élevées dans le monde des affaires et de la politique, nous pourrions dire que le problème de la psychopathie est la question la plus importante de la société moderne. Pour le profane, le terme “psychopathie” peut avoir des significations plus larges, étant souvent confondu avec la psychose, particulièrement à cause de l’utilisation de l’abréviation psycho. Généralement les gens pensent que le “psychopathe” correspond à leur perception personnelle d’une personne diabolique qui a été généralement modelée selon l’image des tueurs en séries fous tels que les dépeignent les films et la littérature. Ceci est une perception erronée regrettable. 1 Qu'est ce qu'un Psychopathe?"Sympathique," "Charmant," "Intelligent," "Alerte," "Impressionnant," "Inspirant la confiance" et "Un grand succès auprès des femmes" : Voilà les types de descriptions qu’Hervey Cleckley a utilisé à de nombreuses reprises dans sa célèbre étude de cas sur les psychopathes, The Mask of Sanity [Le Masque de la Santé Mental]. Ils sont aussi, bien évidemment, "irresponsables," "suicidaires" et autres traits similaires, bien que ces caractéristiques puissent être très bien cachées derrière le masque. Ces descriptions apparemment contradictoires accentuent les grandes frustrations et énigmes qui entourent l’étude de la psychopathie. Les chercheurs précisent que souvent les psychopathes, en apparence, semblent avoir en abondance les traits de personnalité les plus convoités par les personnes normales. La confiance en soi sereine des psychopathes semble presque un rêve impossible et est généralement ce que les personnes « normales » cherchent à acquérir quand elles suivent des cours de formation pour l’affirmation de soi. Dans bien des cas, l’attraction magnétique des psychopathes pour les personnes du sexe opposé semble presque surnaturelle. Les psychopathes manquent d’intuition et de tout sens de responsabilité ou des conséquences. On pense que leurs émotions, si elles existent vraiment, sont superficielles et peu profondes. Ils sont considérés comme insensibles, manipulateurs et inaptes à établir des relations durables ou à éprouver une quelconque sorte d’amour. On pense que toutes les émotions que le vrai psychopathe manifeste sont reproduites par observation et imitation des émotions des autres personnes. L’intelligence moyenne des psychopathes, si elle est évaluée selon les tests standards, est légèrement inférieure à celle des non-psychopathes, quoique leurs capacités mentales soient variées. Les psychopathes, contrairement au mythe populaire, ne démontrent pas une intelligence très élevée et il y a un manque évident de talents et d’habiletés techniques ou artisanales dans ce groupe d’individus. [5] Biologiquement parlant, le phénomène est similaire au daltonisme, sauf que contrairement au daltonisme, les deux sexes sont affectés. Son intensité varie aussi … d’un niveau à peine perceptible pour un observateur expérimenté à une déficience pathologique évidente. Comme le daltonisme, cette anomalie semble également représenter un déficit dans la transformation de stimulus, bien que cela se produise non pas au niveau sensoriel mais instinctif. Le portrait psychologique montre des déficits évidents seulement chez les hommes alors que cela est généralement modéré chez les femmes, comme par l’effet d’un deuxième allèle normal. Ceci suggère que cette anomalie est transmise par le chromosome X mais par le biais d’un gène semi-dominant. L’exclusion de la transmission héréditaire de père en fils ne l’a pas confirmé. L’analyse du comportement expérientiel différent présenté par ces individus nous a fait conclure que leur substrat instinctif est aussi défectueux, qu’il contient certaines lacunes et qu’il est dépourvu de réponses syntones naturelles généralement éprouvées par les membres de l’espèce Homo Sapiens. [6] Malgré leurs déficiences à éprouver et comprendre les émotions humaines, et souffrant de certaines limitations intellectuelles, on a observé que les psychopathes ont un don spécial, une sorte de connaissance qui leur est propre, qui semble être dû au fait qu’ils peuvent observer et évaluer – sans émotion – les autres êtres humains dans toutes sortes de situations et relations, et planifier leurs propres actions sans référence aux considérations ou liens affectifs. Les psychopathes observent soigneusement les non-psychopathes, font des évaluations, tirent des conclusions, deviennent des experts en matière de faiblesses émotionnelles humaines et entreprennent souvent des expériences cruelles pour leur propre divertissement. Ils ne se sentent jamais coupables de la souffrance qu’ils causent aux autres parce que, selon leur point de vue, la souffrance est le résultat des faiblesses chez les humains non-psychopathes qu’ils considèrent ne pas être tout à fait conspécifiques. Tout comme les personnes normales sont heureuses en rendant les autres heureux, les psychopathes semblent tirer une sorte de bonheur - ou de satisfaction – à faire souffrir les autres. Les psychopathes apprennent dès l’enfance à se reconnaître mutuellement dans une foule et ils développent une conscience de l’existence d’autres personnes comme eux.[7] Ils sont également conscients d’être différents de la majorité des non-psychopathes. On a observé qu’ils considèrent les non-psychopathes – les humains normaux- comme quelque chose d’apparenté à une autre espèce, et cette façon de voir est souvent celle d’un prédateur à la poursuite d’une proie. Les personnes normales avec leur vision du monde ordinaire ne peuvent pas percevoir ou évaluer correctement l’existence de ce monde de concepts de prédateurs psychopathiques. Les chercheurs ont pu acquérir quelque connaissance sur le monde intérieur des psychopathes seulement en raison des échecs de certains d’entre eux, soit ceux qui commettent des crimes et qui finissent en prison ou dans des hôpitaux psychiatriques où ils peuvent être étudiés. De cette façon, les chercheurs ont pu “apprendre leur langage” et obtenir quelques idées sur leurs concepts du monde, quoiqu’on doive préciser que les psychopathes acceptent d’être étudiés seulement s’ils pensent qu’il y a un certain avantage pour eux. Les chercheurs ont observé que le psychopathe est incapable d’intégrer les concepts et la vision du monde du non-psychopathe même quand ils essaient. Il a été démontré à maintes reprises que tous les résultats apparents sont un rôle qu’ils jouent (souvent, très bien) et un masque derrière lequel ils dissimulent leur réalité déviante. Dans n’importe quelle société de ce monde, les individus psychopathiques créent souvent un réseau actif de collusions communes, partiellement séparé de la communauté des personnes normales. Ils sont conscients qu’ils sont différents. Leur monde est divisé pour toujours en “nous et eux” ; leur monde avec ses propres lois et coutumes et cet autre "monde étranger" des personnes normales qu’ils considèrent remplis d’idées et d’usages présomptueux au sujet de la vérité, de l’honneur et de la décence à la lumière desquelles ils se savent moralement condamnés. Leur sens particulier et perverti de l’honneur les pousse à tricher et à injurier les non-psychopathes et leurs valeurs. En contradiction avec les idéaux des personnes normales, les psychopathes pensent que ne pas tenir ses promesses est un comportement habituel. Non seulement convoitent-ils le pouvoir et les possessions, mais ils obtiennent un plaisir spécial en les usurpant et les soustrayant aux autres (un frère symbolique, par exemple) ; ce qu’ils peuvent plagier, escroquer et extorquer représentent des fruits bien plus délicieux que ceux qu’ils peuvent gagner par un travail honnête. Ils apprennent également de quelle façon leurs personnalités peuvent avoir des effets traumatisants sur les personnalités des non-psychopathes et comment profiter de cette source de terreur pour atteindre leurs buts. Comme mentionné, la plupart des études sur le psychopathe se sont déroulées parmi des populations carcérales, bien qu’il a été souvent suggéré que le psychopathe soit aussi susceptible d’être membre d’un conseil d’administration que derrière les barreaux, camouflant sa vraie nature derrière son « Masque de santé mentale » bien fabriqué. Cleckley donne des raisons soutenant l’idée que la psychopathie est assez commune dans toute la société. Il a rassemblé quelques cas de psychopathes qui généralement fonctionnent bien dans la société comme hommes d’affaires, médecins et même psychiatres. Être sans émotion signifie qu’ils sont essentiellement des machines très efficaces, comme un ordinateur ; ils sont capables d’accomplir des routines très complexes conçues pour soutirer des autres le soutien pour ce qu’ils veulent. De cette façon, beaucoup de psychopathes peuvent parvenir à des positions très élevées dans la vie. C’est seulement avec le temps et grâce à une observation minutieuse que leurs associés prennent conscience du fait que leur montée le long de l’échelle du succès est fondée sur la violation des droits des autres, le plus souvent secrètement, derrière des couches de mensonges. « Même quand ils sont indifférents aux droits de leurs associés, ils peuvent souvent inspirer des sentiments de confiance. » Il a été démontré que les sanctions et les techniques de modification du comportement n’améliorent pas le comportement d’un psychopathe. On a observé régulièrement qu’ils répondent à de tels efforts en devenant plus rusés et en dissimulant mieux leur comportement. Ceci sera discuté plus complètement sous la rubrique “Réponse au Traitement”. Les psychopathes ont également un sens nettement perturbé des conséquences possibles de leurs actions, non seulement pour les autres, mais aussi pour eux-mêmes. Ils ne considèrent pas réellement, par exemple, le risque d’être attrapé, non cru ou blessé suite à leur comportement. Ceci pourrait être lié à une incapacité à conceptualiser des abstractions telles que le passé ou le futur. Dans les spéculations de Cleckley sur ce qui fonctionnait "réellement de travers" avec ces personnes,[8] il est très près de suggérer qu’ils sont humains en tous points – mais qu’ils n’ont pas d’âme. Ce manque de "qualité d’âme" fait d’eux des "machines très efficaces." Ils peuvent parler de manière éloquente, écrire des oeuvres érudites, imiter les mots de l’émotion et temporairement les simuler, mais avec le temps, il apparaît évident que leurs mots ne correspondent pas à leurs actions ou à ce qui existe réellement à l’intérieur d’eux. Le mimétisme est souvent employé pour convaincre les autres que le psychopathe est une personne normale et qu’il a des émotions normales. Il agit ainsi pour créer une fausse empathie avec sa victime. Le psychopathe oeuvrera très fort pour faire croire à sa victime et à ses observateurs qu’il a des émotions normales en inventant des histoires tristes ou en prétendant avoir eu des expériences touchantes et profondes. [9] Le facteur de pitié est une raison pour laquelle les victimes se laissent souvent prendre par ces “pauvres” personnes. Pour le psychopathe, mentir est comme respirer. Quand ils sont surpris en plein mensonge et qu’ils sont défiés, ils inventent de nouveaux mensonges et ne s’inquiètent pas d’être découverts. Comme le dit Hare, Le mensonge, la tromperie et la manipulation sont des talents naturels chez les psychopathes... Quand ils sont surpris en plein mensonge ou défié avec la vérité, ils sont rarement perplexes ou embarrassés – ils modifient simplement leurs histoires ou essaient de remanier les faits de sorte qu’ils soient cohérents avec le mensonge. Les résultats sont des séries de déclarations contradictoires et des auditeurs complètement confus. [10] Souvent, leur comportement est destiné à troubler et à réprimer leurs victimes ou à influencer négativement toute personne qui pourrait écouter la version de l’histoire de la victime. La manipulation est la clef de leurs conquêtes et le mensonge est une façon d’y arriver. Adolf Guggenbuhl-Craig déclare qu’ « ils sont très doués pour paraître beaucoup plus humbles que la personne moyenne, mais ils ne sont guère comme cela. »[11] Les psychopathes qui désirent obtenir une fonction politique ou la sympathie peuvent feindre la préoccupation au sujet des classes inférieures et prétendre qu’ils sont du côté de l’opprimé, des pauvres, et ainsi de suite. Quelques psychopathes peuvent même avoir un faible pour les animaux (contrairement au point de vue courant), mais les considèrent toujours comme des objets par rapport à eux-mêmes. 2 HistoireComme mentionné ci-dessus, la "psychopathie" était jadis une référence générale à n’importe quelle maladie mentale. Au 19ième et début du 20ième siècle, le terme était appliqué aux maladies dans lesquelles les désordres dans l’émotion ou les actions se produisaient en l'absence de toute tare intellectuelle. Ces maladies étaient souvent désignées comme manie sans délire, démence morale, monomanie, et folie lucide.[12] Ces types de cas ont finement précisé le fait que le trouble mental pouvait exister dans un esprit où le raisonnement était intact. Une maladie qui a été identifiée au tout début de cette période du développement de la psychiatrie moderne fut appelé Impulsion (démence impulsive). On l’expliquait comme un trouble des actions qui étaient « irréfléchies » (sans égards pour les conséquences) ou « de l’agression involontaire » en l’absence de tout autre symptôme de perturbation mentale. Selon Berrios [13], ceci a fourni le "noyau autour duquel la notion de personnalité psychopathique a pu finalement s’organiser ».[14] Il y avait une raison légale importante pour que ce concept se développe de cette façon : on avait besoin d’une classification qui était différente, ou au-delà de la classification de "démence totale" afin que les témoignages légaux des cliniciens puissent être utiles devant les tribunaux criminels. On comprenait clairement qu’ils y avaient des criminels qui n’étaient pas fonctionnellement déments, mais qui commettaient pourtant des crimes vils et ignobles parce que quelque chose était clairement « défectueux » en eux. Un changement est survenu dans la première moitié du 20ième siècle : le concept de psychopathie a été restreint pour désigner le trouble de la personnalité dans un sens général. Le trouble de la personnalité a été alors défini comme une « perturbation chronique des émotions ou de la volonté, ou une perturbation de leur intégration avec les fonctions intellectuelles, qui conduit à un comportement socialement dérangeant ». [15] Ce fut un changement important de passer de la vision des psychopathes comme des individus “endommagés” à la compréhension qu’ils étaient “nuisibles”.[16] Cependant, à ce moment là, il y avait peu d’accord entre les cliniciens quant à la façon de différencier ou de nommer les divers troubles de la personnalité. Il y avait, néanmoins, un consensus qu’un amas important de troubles étaient caractérisés par un comportement impulsif, agressif et antisocial. Selon le psychologue clinicien de l’Europe de l’Est, Andrzej Łobaczewski, les cliniciens en Europe à cette époque soutenaient qu’il y avait plusieurs types de psychopathie comprenant l’asthénique, la schizoïde, l’anancastique et l’hystérique.[17] Il indique aussi que la pratique de la psychiatrie et de la psychologie sont des professions qui sont particulièrement attrayantes pour les psychopathes, une idée qui est cautionnée par Hervey Cleckley, Robert Hare et Paul Babiak, et que c’est la principale raison expliquant la confusion historique des diagnostics et la dégradation de l’étude de la psychopathie elle-même. Łobaczewski parle du fait que dans l’Allemagne Nazie et la Russie stalinienne, les sciences psychologiques étaient cooptées pour supporter les régimes totalitaires et que ceci a été fait par des psychopathes au pouvoir qui prenaient soin de détruire toute possibilité que des informations précises au sujet de cet état ne soient grandement propagées. Il précise que n’importe quel régime qui est composé principalement de déviants pathologiques ne peut pas permettre à la science de la psychologie de se développer et de s’épanouir librement parce que le résultat serait que le régime lui-même serait diagnostiqué comme pathologique révélant ainsi « l’homme derrière le rideau ». La conscience du diagnostic renforcerait la résistance psychologique de la part des êtres humains normaux qui représentent la majorité de n’importe quelle société, et leurs fourniraient des nouvelles mesures d’autodéfense. Il demande : "Un quelconque empire pathologique peut-il se permettre de risquer une telle possibilité ?" Toute possibilité qu’une telle situation se développe doit par conséquent être empêchée de façon prophylactique et habilement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’empire. Sur la base de ses propres observations du phénomène en question, Łobaczewski déclare que la répression de la connaissance est entreprise à la manière typique du psychopathe : secrètement et derrière un « Masque de santé Mentale ». Afin de pouvoir contrôler les sciences psychologiques, on doit connaître ou pouvoir sentir ce qui se passe et quels fragments de la psychopathologie sont les plus dangereux. Un régime politique pathologique repère les individus de ce domaine qui sont psychopathes (des scientifiques généralement médiocres), facilite leurs études universitaires et leurs diplômes et l’obtention de positions clés avec la possibilité de superviser les organisations scientifiques et culturelles. Ils sont alors en position de rabaisser des personnes plus talentueuses, gouvernés tant par l’intérêt personnel que par cette jalousie typique qui caractérise l’attitude d’un psychopathe envers les personnes normales. Ce sont eux qui surveillent les articles scientifiques pour leur « propre idéologie » et qui tentent de s’assurer qu’on refusera à un bon spécialiste la littérature scientifique qui lui est nécessaire. Voilà ce que Łobaczewski écrit au sujet de ce problème : Les articles scientifiques publiés sous de tels gouvernements, ou importés de l’étranger, sont surveillés, les subventions pour la recherche sont refusées à ceux qui entreprennent des recherches dans certaines directions. Les spécialistes les plus doués peuvent faire l’objet de chantage et de contrôle secret malintentionné. La conséquence de cela est évidemment que la science de la psychologie devient incompétente par rapport à la psychopathologie. Toute l’opération doit donc être conduite de manière à éviter d’attirer l’attention de l’opinion publique. Souvent, les scientifiques qui font du travail d’investigation dans ce domaine sont éliminés sans un bruit et les personnes suspectes sont forcées de s’exiler pour devenir les cibles de campagnes de harcèlement organisées. Des listes écrites et non écrites sont dressées concernant les sujets qui ne peuvent être enseignés et des directives correspondantes sont données pour déformer de manière appropriée les sujets connexes. La liste qui concerne la psychologie est si longue qu’il ne reste pas grand chose de cette science, à l’exception d’un squelette dépourvu de tout ce qui peut être subtil ou pénétrant. Le curriculum exigé d’un psychiatre ne contient ni le minimum de connaissances en psychologie générale, du développement et clinique, ni aucune compétence de base en psychothérapie. Grâce à cela, le plus médiocre des médecins peut devenir psychiatre après le plus strict minimum de travail universitaire. Cela ouvre la porte des carrières en psychiatrie à des individus qui sont par nature enclins à servir un régime pathologique, et cela a des répercussions fatales sur le niveau de connaissance. Par la suite, cette situation permet que la psychiatrie soit utilisée abusivement pour des objectifs qu’elle ne devrait jamais servir. [...] L’essence de la psychopathie pourrait évidemment ne pas être étudiée ni élucidée. Un voile approprié est jeté sur cette question au moyen d’une définition intentionnellement déformée de la psychopathie qui comprend diverses sortes de troubles du caractère ainsi que d'autres dont les causes sont complètement différentes et connues. On peut admirer comment la définition de la psychopathie donnée ci-dessus bloque efficacement la capacité de comprendre les phénomènes qui s’y rapportent. ... La bataille « idéologique » est donc menée sur un terrain qui reste complètement inaperçu pour la plupart des gens, y compris les scientifiques et les chercheurs du domaine en question. En même temps, cependant, on doit obtenir d’une manière ou d’une autre les données et les articles scientifiques nécessaires en tenant compte des difficultés et du manque de compréhension des autres personnes. Les étudiants et spécialistes débutants qui ne sont pas encore conscients de ce qui a été retiré des programmes d’enseignement essaient d’accéder aux données scientifiques qui leurs ont été volées. La science commence à se dégrader à une vitesse alarmante quand une telle conscience fait défaut. Nous devons comprendre la nature du phénomène macrosocial tout autant que la relation fondamentale et la controverse entre le système pathologique et ces domaines scientifiques qui décrivent les phénomènes psychologiques et psychopathologiques. Sans cela, il nous est impossible de conscientiser pleinement les raisons de telles actions. [...] Les actions et réactions d’une personne normale, ses idées et ses critères moraux, sont trop souvent vus par les individus anormaux comme anormaux. Car si un [psychopathe] se considère normal, ce qui est évidemment beaucoup plus facile s’il est en position d’autorité, alors il considérera une personne normale comme différente et par conséquent anormale… Cela explique pourquoi un gouvernement [pathologique] tendra toujours à traiter tous les dissidents comme « mentalement anormaux ». Rendre une personne normale psychologiquement malade et utiliser les institutions psychiatriques à cette fin sont des pratiques que l’on retrouve dans de nombreux pays où [des psychopathes détiennent le pouvoir politique]. La législation contemporaine… n’est pas fondée sur une compréhension adéquate de la psychologie de tels comportements, et dès lors ne constitue pas une mesure de prévention suffisante à cet égard. [...] Pour le psychopathe, une personne normale est naïve et gobe n’importe quelle théorie à peine compréhensible ; il n’est pas loin de la qualifier de « folle ». C’est pourquoi, quand nous parvenons à rassembler un nombre suffisant d’exemples de cette sorte ou à acquérir suffisamment d’expérience dans ce domaine, Il devient apparent qu’il existe un autre niveau de motivation, plus essentiel, pour ce type de comportement. Ce qui se passe en général c’est que l’idée de rendre quelqu’un mentalement malade provient de cerveaux atteints de diverses aberrations et déficiences psychologiques. ... Une législation bien pensée devrait donc exiger que soient examinés les individus qui suggèrent avec trop d’insistance ou avec des arguments manifestement peu fondés que quelqu'un d'autre est psychologiquement anormal. Par ailleurs, tout système dans lequel l’abus de la psychiatrie pour des raisons prétendument politiques est devenu un phénomène courant, devrait être analysé à la lumière des critères psychologiques similaires extrapolés à l’échelle macrosociale. Toute personne qui se rebelle contre un système gouvernemental qu’elle voit comme trop étrange et immoral, et qui est incapable de le dissimuler suffisamment, peut facilement être qualifiée par les représentants de ce gouvernement de « mentalement anormale », quelqu’un qui a un « trouble de la personnalité » et qui devrait se soumettre à un traitement psychiatrique. Un psychiatre scientifiquement et moralement affaibli devient un instrument facile à utiliser dans ce but. Ceci devient une méthode de terreur et de torture humaine... L’abus de la psychiatrie …provient ainsi de la nature même d’un gouvernement dirigé par des psychopathes. Après tout, ce domaine de connaissances et de traitements doit être dévalué en premier afin de l’empêcher de compromettre le système lui-même en émettant un diagnostic, et doit donc devenir un outil opportun dans les mains des autorités. … Les psychopathes au pouvoir se sentent de plus en plus menacés à chaque fois que les sciences médicales et psychologiques font des progrès significatifs. Après tout, ces sciences peuvent non seulement arracher de leurs mains l’arme de la conquête psychologique, mais elles peuvent aussi menacer la nature même d’un tel gouvernement, et ce de l’intérieur même de l’empire. C’est pourquoi une perception spécifique de ces questions commande aux pathocrates d’être « conceptuellement en alerte » concernant la psychologie. Cela explique aussi pourquoi quiconque est trop compétent dans ce domaine et qui est hors de portée immédiate de telles autorités doit être accusé de tout ce qu’il est possible d’inventer, y compris l’anormalité psychologique. [18] En 1941, Hervey Cleckley a écrit son oeuvre maîtresse [[The Mask of Sanity]]: An Attempt to Clarify Some Issues About the So-Called Psychopathic Personality [Le Masque de la santé mentale: Une Tentative Pour Clarifier Certaines Questions Au Sujet De La Soi-Disant Personnalité Psychopathique]. Celle-ci est devenue un ouvrage de référence dans les études psychiatriques et a été réimprimée à de nombreuses reprises en éditions subséquentes bien qu’elle soit maintenant épuisée et que le détenteur du copyright déclare qu’il n’est pas envisagé de la réimprimer. [19] Le Dr. Cleckley a modifié et augmenté son œuvre à chaque édition publiée au cours de sa vie. La deuxième édition américaine de 1950 a subi les ajouts et améliorations les plus substantielles. La « Liste type de psychopathie » de Robert Hare est basée en partie sur le travail du Dr. Cleckley. Le livre Le Masque de la Santé Mentale se distingue par sa thèse centrale, à savoir que le psychopathe présente un fonctionnement normal selon les critères standards de la psychiatrie, quoiqu’il manifeste intérieurement des comportements destructeurs. Le livre a été conçu pour aider à la détection et au diagnostic du psychopathe imperceptible dans un but palliatif et non curatif de l’affection elle-même. L’idée d’un maître tricheur secrètement doté d’aucunes contraintes morales ou éthiques et se comportant en public avec d’excellentes manières, a galvanisé la société américaine et a mené à un plus grand intérêt à la fois pour l’introspection psychologique et la détection des psychopathes cachés dans la société en général, menant à l’affinement du mot lui-même en quelque chose qui était perçu comme étant un terme moins stigmatisant, « sociopathe ». Le fait est qu’au cours des 50 dernières années, la notion de psychopathie a été finement resserrée et désigne maintenant un trouble spécifique de la personnalité bien qu’il y ait eu des tentatives pour supprimer entièrement la classification en la changeant en « trouble de la Personnalité Antisociale » qui peut inclure une grande variété de comportements sans exiger nécessairement le diagnostic clinique de psychopathie. Robert Hare insiste sur le fait qu’il est important de comprendre que la psychopathie n’est pas synonyme de criminalité ou de violence ; tous les psychopathes ne manifestent pas des comportements criminels et violents. Et corollairement, les personnes violentes et les criminels ne sont pas tous des psychopathes. Il écrit: Bien que les psychopathes soient clairement enclins à violer plusieurs des règles et des attentes de la société, certains parviennent à éviter les contacts formels avec le système de justice criminelle.[20] Certains sont des employés peu fiables et douteux; des gens d’affaires sans scrupules et rapaces; des politiciens corrompus; ou des professionnels non éthiques et immoraux dont le prestige et le pouvoir sont utilisés pour duper leurs clients, leurs patients et le grand public. À l’exception des nouvelles occasionnelles et des rapports cliniques anecdotiques, nous en savons peu sur ces individus. Une recherche systématique est nécessaire pour déterminer la prévalence de la psychopathie dans la population générale, la panoplie des façons criminelles et non-criminelles par lesquelles le trouble se manifeste, et jusqu’à quel point la recherche avec les criminels psychopathes nous informe sur les psychopathes en général. En ce qui concerne ces dernières questions, il y a des indications que la structure de la personnalité et la propension à un comportement non éthique sont probablement très similaires chez les psychopathes criminels et non-criminels. [21] 3 Qu’est qu’un Psychopathe ? : La Controverse du DiagnosticIl est important lorsqu’on considère cette question de comprendre qu’il y a une controverse. D’un côté, il y a la description traditionnelle de la psychopathie qui vient de la tradition européenne mentionnée précédemment et discutée par Lobaczewski, conjuguée avec la vieille tradition nord américaine d’Hervey Cleckley, Robert Hare et les autres. Celle-ci est en harmonie avec les expériences des psychiatres praticiens, des psychologues, du personnel de la justice criminelle, des psychopathologistes expérimentaux et même du citoyen ordinaire qui a eu une rencontre personnelle avec la psychopathie. De l’autre côté de la question, il y a ce qu’on appelle le mouvement "néo-kraepelinien" (Emil Kraepelin) de psychodiagnostic qui est étroitement associé à la recherche provenant de l’Université Washington à St. Louis, Missouri. Le point de vue de cette dernière est plus étroitement aligné avec les critères diagnostiques du DSM-III[3], DSM-III-R[4], et DSM-IV[5] du Trouble de la Personnalité antisociale(TPAS). L’approche fondamentale de cette école est que l’évaluation d’un psychopathe repose presque entièrement sur des comportements connus ou observables publiquement. L’hypothèse est qu’un clinicien est incapable d’évaluer de manière fiable les caractéristiques affectives ou interpersonnelles. Une autre hypothèse est qu’une manifestation précoce de la délinquance est un symptôme capital du TPAS. Cela tend à mettre fortement l’emphase sur le comportement délinquant et antisocial, i.e. des comportements publiquement observables qui peuvent n’avoir aucun rapport avec le caractère interne de l’individu. Les critères du DSM-III pour le TPAS ont été déterminés par un comité du groupe de travail DSM-III de l’Association Psychiatrique Américaine et ont été révisés seulement légèrement par un autre comité pour le DSM-III-R. Les critères du DSM-IV ont également été déterminés par un comité, avec peu de considération pour la recherche empirique. [22]. Ces critères se concentrent moins sur le comportement et ressemblent donc assez aux critères d’autres troubles de la personnalité du DSM-IV. Selon Robert Hare et al, Cleckley, Łobaczewski, et plusieurs autres experts en psychopathie, un diagnostic de psychopathie ne peut pas être émis sur la base des symptômes comportementaux apparents à l’exclusion des symptômes affectifs et interpersonnels parce qu’un tel procédé classe essentiellement en psychopathes beaucoup de gens qui sont simplement blessés par la vie ou la société et permet aux vrais psychopathes qui ont un « masque de santé mentale » bien construit d’échapper à la détection. Sur la base d’un corpus littéraire grandissant, beaucoup (ou la plupart) des psychopathes grandissent dans des familles stables et aisées, et ils deviennent des criminels en col blanc qui, en raison de l’argent et de leur position, ne voient jamais leurs comportement privés destructeurs exposés à la vue du public et évitent à de nombreuses reprises le contact avec le système judiciaire. [23] Le travail largement rendu public de Robert Hare et Paul Babiak dans leur livre Snakes in Suits [Des Serpents en Costumes] démontre que la psychopathie devrait être évaluée en utilisant les appréciations d’un observateur expert sur la base d’un entretien clinique, confronté à une revue des dossiers historiques existant, incluant tous les documents criminels ou psychiatriques, des entretiens avec la famille, les amis, les collègues de travail, les employeurs et employés, et complété si possible par des observations comportementales. Les critères du DSM-IV ne constituent pas une échelle ou un test. L’évaluateur détermine si chaque critère est présent/vrai ou absent/faux. La décision finale est : si les critères sont tous présents, alors un diagnostic à vie de TPAS est émis; si un ou plusieurs critères sont absents, un tel diagnostic n’est pas émis. On peut constater que de nombreux psychopathes échapperaient facilement au dépistage via ce système et que beaucoup d’individus qui souffrent peut-être d’abus ou d’intimidation seraient classés comme TPAS. En raison des problèmes de diagnostics du TPAS avec le DSM-III et le DSM-III-R, l’Association Psychiatrique Américaine a effectué un test multi-site afin de recueillir des données en préparation du DSM-IV. [24] L’étude sur le terrain a été conçue afin de déterminer si des traits de personnalité pourraient être inclus dans les critères du TPAS (qui se fie seulement au comportement observable en public), sans en diminuer la fiabilité. L’intention de ces cliniciens qui ont exercé des pressions pour cela, était de ramener le TPAS dans la ligne de la tradition clinique et d’en finir avec la confusion entre TPAS et Psychopathie. Les résultats des études sur le terrain ont démontré que la plupart des traits de personnalité qui reflètent les symptômes de la psychopathie étaient aussi fiables que les items de comportement spécifique du DSM-III-R, invalidant de ce fait la prémisse originale d’exclure la personnalité du diagnostic de TPAS/psychopathie. [25] En d’autres termes, inclure les items du PCL-R Facteur 1 dans les critères aurait amélioré la validité du TPAS sans sacrifier la fiabilité. Les analyses IRT[6] [26] prouvent que le PCL-R de Hare mesure réellement le trait latent de la psychopathie à travers toute son étendue ! Des analyses similaires des données de l’essai sur le terrain montrent que les critères du TPAS étaient moins discriminants vis-à-vis du trait de la psychopathie, et particulièrement à ses niveaux élevés ! Autrement dit, les critères du TPAS établis par le DSM-III-R étaient conçus – intentionnellement ou non – pour exclure les psychopathes les plus psychopathiques ! Malgré le fait qu’après cette étude, il y avait une base empirique pour augmenter les critères de TPAS liés au contenu dans le DSM-IV, cela ne s’est pas fait. Le comité du DSM-IV a soutenu que le clinicien moyen n’emploierait pas l’approche soigneusement structurée d’évaluation des traits de personnalité utilisée dans l’étude sur le terrain. Étonnamment, les critères adoptés pour le DSM-IV n’ont même pas été évalués dans l’étude sur le terrain. Ce qui a été évalué ce fut l’ensemble à 10 items des symptômes adultes (Critère C) pour TPAS listé dans le DSM-III-R. La série à sept items maintenant listée dans le DSM-IV fut dérivée de la série à 10 items. Plus que cela, l’étude sur le terrain ne comprenait pas d’évaluation du Critère B (trouble de la conduite avant l’âge de 15 ans), un critère listé dans le DSM-IV comme une condition nécessaire pour un diagnostic de TPAS ! Le texte descriptif du TPAS du DSM-IV (qui dit qu’il est « aussi connu sous le terme de psychopathie ») contient des références aux caractéristiques traditionnelles de la psychopathie mais est incompatible en bien des points avec les critères officiels de diagnostic. La partie du texte « Caractéristiques Associées » contient une déclaration paraphrasée par Robert Hare: « Le manque d’empathie, l’autoévaluation exagérée et arrogante et le charme enjôleur et superficiel sont des caractéristiques de TPAS qui peuvent être particulièrement utiles en prison ou dans des cadres médicolégaux où des actes agressifs, délinquants et criminels seront moins spécifiques à ce trouble ». [27] Le problème que cela représente, c’est que les mots utilisés pour décrire ces caractéristiques et les caractéristiques affectives et interpersonnelles apparentées sont ceux typiquement associés à la psychopathie et ont été largement basés sur la série à 10 items du trouble de la personnalité psychopathique provenant du PCL-R. On est obligé de conclure que le DSM-IV contient deux séries de critères de diagnostic du TPAS, une qui consiste en des comportements antisociaux et criminels, et l’autre qui consiste en ces comportements plus les inférences cliniques au sujet de la personnalité. Le pire c’est qu’on ne donne aucune directive aux cliniciens sur la façon de faire ces inférences. Une des conséquences de l’ambiguïté inhérente aux critères de TPAS/psychopathie du DSM-IV est que cela laisse la porte ouverte à des procès où un clinicien peut dire que le défendeur rencontre la définition du DSM-IV du TPAS alors qu’un autre clinicien peut dire qu’il ne la rencontre pas, et les deux peuvent avoir raison ! Le premier clinicien peut utiliser exclusivement les critères diagnostiques officiels tandis que le second clinicien peut dire « oui, le défendeur peut correspondre aux critères officiels, mais il ou elle n’a pas les traits de personnalité décrits dans la section du texte « caractéristiques associées » du DSM-IV ». En d’autres termes, un bon psychopathe avec un bon avocat peut commettre n’importe quel crime et s’en tirer. Cet échec du DSM-IV à différencier la psychopathie et le TPAS peut avoir (et sans aucun doute aura) des conséquences très sérieuses pour la société. Robert Hare écrit : ... la plupart des juridictions considèrent la psychopathie comme étant un facteur aggravant plutôt qu’un facteur atténuant pour déterminer la responsabilité criminelle. Dans certains États, un contrevenant condamné pour un meurtre au premier degré et diagnostiqué comme psychopathe est susceptible de recevoir la peine de mort sur la base du fait que les psychopathes sont insensibles, sans remords, intraitables et qu’il est presque certain qu’ils vont récidiver. Mais beaucoup des assassins du quartier des condamnés à mort étaient, et continuent à être, désignés comme psychopathes de façon erronée sur la base des critères du DSM-III, DSM-III-R ou DSM-IV pour le TPAS (Meloy). Nous ne savons pas combien de ces résidents du couloir de la mort manifestent réellement la structure de personnalité d’un psychopathe, ou combien correspondent simplement aux critères du TPAS, un trouble qui s’applique à la majorité des criminels et qui a seulement de minces implications quant au traitement et la probabilité d’une récidive violente. Si un diagnostic de psychopathie a des conséquences pour la peine de mort – ou pour n’importe quelle autre disposition sévère, telle qu’une sentence indéterminée ou un engagement civil – les cliniciens qui posent le diagnostic devraient s’assurer qu’ils ne confondent pas le TPAS avec la psychopathie. [...] La confusion diagnostique entre ces deux troubles a le potentiel de nuire tant aux patients psychiatriques qu’à la société. La Société de Camouflage Dans mon livre, Sans Conscience, j’ai soutenu que nous vivons dans une “société de camouflage”, une société dans laquelle des traits psychopathiques comme : l’égocentrisme, le manque de souci pour les autres, la superficialité, l’apparence plutôt que la substance, être “cool”, la manipulation des autres, et ainsi de suite, sont incroyablement tolérés et même estimés. ... il est facile de voir comment les psychopathes et ceux ayant un TPAS pourraient se mélanger facilement avec des groupes ayant des valeurs antisociales ou criminelles. Il est plus difficile d’envisager comment ceux ayant un TPAS pourraient se cacher parmi des segments plus pro sociaux de la société. Pourtant, les psychopathes ont peu de difficulté à infiltrer les domaines des affaires, de la politique, de l'application de la loi, du gouvernement, du milieu universitaire et autres structures sociales (Babiak). Ce sont les psychopathes égocentriques, insensibles et sans remord qui s’intègrent à tous les domaines de la société et ont de tels impacts dévastateurs sur les gens autour d’eux que les personnes responsables du maintien de l’ordre ont des sueurs froides dans le dos. 4 Relation entre psychopathie et autres troubles de la santé mentale4.1 ControverseLa question de la comorbidité est un sujet de conflit entre les écoles de pensée mentionnées ci-dessus et les problèmes du DSM-IV déjà discutés. Il s’avère que la comorbidité de la psychopathie avec d’autres troubles psychiatriques est limitée et confuse. [28] Beaucoup des caractéristiques qui sont généralement utilisées pour définir la psychopathie – impulsivité, égocentrisme, cruauté, irresponsabilité, etc – se retrouvent également dans d’autres troubles en proportions variables. À cet égard, la psychopathie est semblable aux troubles de la personnalité définis dans le DSM-IV. Comme mentionné auparavant dans la section « histoire », selon le psychologue de l’Europe de l’Est, Andrzej Łobaczewski, les cliniciens de la vieille école européenne soutenaient qu’ils y avaient plusieurs types de psychopathie comprenant l’asthénique, la schizoïde, l’anacastique et l’hystérique.[29] La psychopathie, telle que mesurée par le PCL-R, est négativement corrélée avec tous les troubles de l’Axe I du DSM-IV à l’exception des troubles toxicomaniaques. Le Facteur 1 du PCL-R est corrélé avec le trouble de la personnalité narcissique et le trouble de la personnalité histrionique. Le Facteur 1 du PCL-R est associé à l’extraversion et à l’affect positif. Le Facteur 1, les prétendues caractéristiques de personnalité principales de la psychopathie, peut même être bénéfique pour le psychopathe (en termes de fonctionnement social non déviant). Le Facteur 2 du PCL-R est particulièrement fortement corrélé au trouble de la personnalité antisocial et à la criminalité. Le Facteur 2 du PCL-R est associé à la colère réactive, à l’anxiété, au risque élevé de suicide, à la criminalité et à la violence impulsive. 5 Prévalence de la PsychopathieLes évaluations de la prévalence de n’importe quel trouble dépendent évidemment de la façon dont le trouble est défini, comment il est évalué, qui fait l’évaluation et pourquoi. Manifestement, s’il y a des raisons politiques de dissimuler la prévalence de la psychopathie (i.e. qu’il y a des psychopathes en situation de pouvoir politique, autour duquel ils gravitent naturellement et qu’ils ont les qualifications pour y accéder), alors la définition et l’évaluation seront conçues pour utiliser la catégorie pour des raisons politiques. Dans un article récent, [30] les auteurs déclarent : La psychopathie, telle qu’elle a été conçue à l’origine par Cleckley (1941), n’est pas restreinte à l’engagement dans des activités illégales mais englobe plutôt des caractéristiques de la personnalité telles que la manipulation, l’hypocrisie, l’égocentrisme, et le manque de culpabilité – des caractéristiques clairement présentes chez les criminels mais aussi chez les conjoints, les parents, les patrons, les avocats, les politiciens et les PDG, pour n’en nommer que quelques-uns. (Bursten, 1973; Stewart, 1991). Notre propre étude de la prévalence de la psychopathie au sein d'une population universitaire a suggéré que peut-être 5% ou plus de cet échantillon pourrait être considéré psychopathe, bien que la grande majorité de ceux-ci seraient des hommes (plus d’un homme sur dix contre approximativement une femme sur cent). Comme telle, la psychopathie peut être caractérisée… comme impliquant une tendance vers à la fois la dominance et la froideur. Wiggins (1995), récapitulant de nombreuses constatations précédentes… indique que de tels individus sont enclins à la colère et à l’irritation et sont prêts à exploiter les autres. Ils sont arrogants, manipulateurs, cyniques, exhibitionnistes, à la recherche de sensation, machiavéliques, vindicatifs et ne pensent qu’à leurs profits. En ce qui concerne leurs modèles d’échange social (Foa & Foa, 1974), ils n’attribuent l’amour et la reconnaissance qu’à eux-mêmes, se voyant comme fortement méritants et importants, mais ne donnent aucun amour et reconnaissance aux autres, les considérant comme indignes et insignifiants. Cette caractérisation est clairement cohérente avec l’essence de la psychopathie telle qu’elle est généralement décrite. La présente étude a essayé de répondre à quelques questions élémentaires concernant le modèle de la psychopathie dans les situations non judiciaires… Ce faisant, nous sommes revenus à l’emphase originale de Checkley (1941) sur la psychopathie comme un mode de personnalité non seulement parmi les criminels, mais aussi parmi les individus qui ont réussi au sein de la communauté. Ce qui est évident à partir de nos résultats est que (a) les mesures de la psychopathie ont convergé vers un prototype de psychopathie qui implique une combinaison de caractéristiques interpersonnelles froides et dominantes ; (b) la psychopathie existe dans la communauté et à un taux qui semble être plus élevé que prévu ; et (c) la psychopathie semble avoir peu de chevauchement avec les troubles de la personnalité hormis le trouble de la personnalité antisociale. … Clairement, beaucoup d’autres travaux sont nécessaires afin de comprendre quels sont les facteurs qui différencient le psychopathe respectueux des lois (quoique peut-être non respectueux de la morale) du psychopathe qui enfreint les lois ; de telles recherches nécessitent sûrement un plus grand usage d’échantillons non criminels que ce ne l’a été par le passé. 6 La Psychopathie chez les Enfants« Si vous êtes antisocial mais que vous venez d’une bonne famille, les raisons de votre comportement violent peuvent dépendre beaucoup plus de la biologie que de votre éducation », affirme le psychophysiologiste Adrian Raine, Ph. D. de l’Université de Californie du Sud. En 1979, Brenda Spencer a reçu une carabine pour son seizième anniversaire. Elle l’a utilisée pour tirer sur les enfants d’une école primaire près de chez elle (San Diego). Neuf enfants ont été blessés et deux sont morts. Un journaliste lui a demandé pourquoi elle avait fait cela et elle a répondu « Je n’aime pas les lundis. Cela a animé la journée. » En 1986, Jeffrey Bailey Jr. âgé de neuf ans, a poussé un ami âgé de trois ans dans la partie la plus profonde de la piscine d’un motel en Floride parce qu’il voulait voir quelqu’un se noyer. Tandis que l’enfant coulait au fond de la piscine, Jeffrey a pris une chaise de patio pour observer. Quand ce fut terminé, il s’est simplement levé et est retourné à la maison. Quand il a été interrogé, il était plus intéressé par le fait qu’il était le centre d’attention que d’éprouver des remords pour ce qu’il avait fait. Le 13 avril 2000, trois élèves de CP dans le nord ouest de l’Indiana ont été interrompues dans la préparation d’un complot pour tuer une camarade de classe. Elles avaient formé un club de «haine» et essayaient de recruter d’autres filles pour se joindre à elles pour l’exécution planifiée. Elles n’avaient pas encore décidé si elles tireraient sur leur victime désignée, la poignarderaient avec un couteau de boucher ou la pendraient. Ces cas, et beaucoup d’autres d’ailleurs, illustrent de façon évidente que la psychopathie n’est pas exclusivement un problème d’adulte. Certains experts du développement de l’enfant croient que la psychopathie infantile augmente à un taux alarmant. Dans le monde de la recherche, ces enfants sont considérés comme des « psychopathes novices» qui deviendront en vieillissant de plus en plus dangereux. Comme la recherche le montre, la plupart d’entre eux ne deviendront pas des tueurs mais ils apprendront certainement à mieux manipuler, duper et exploiter les autres pour leurs propres avantages. Certains chercheurs croient que de tels enfants n’ont pas réussi à développer des liens affectifs qui leur permettent de compatir à la douleur d’une autre personne et ont, à la place, développé des traits d’arrogance, de malhonnêteté, de narcissisme, d’effronterie et de cruauté. Comme mentionné auparavant, pendant de nombreuses années, les critères de diagnostics de la psychopathie chez l’adulte ont connu un certain nombre de changements conceptuels confus. Les psychopathes ont été appelés sociopathes mais ils ont également été distingués comme un groupe séparé et distinct des sociopathes. L’autre facteur de complication déjà abordé est le développement du diagnostic de trouble de la personnalité antisociale, ce dernier chevauchant de nombreuses caractéristiques du psychopathe mais ayant aussi des différences majeures. Par conséquent, il n’est pas surprenant que la psychopathie juvénile ait également été mal définie et confondue avec de nombreux troubles du comportement juvéniles ou que des enfants aient été diagnostiqués avec des troubles du comportement alors qu’ils auraient dû être diagnostiqués comme psychopathes. Dans le film, Graine de Potence (1956), basé sur le roman (1954) du même nom, l’enfant psychopathique, Rhoda, était dépeinte comme mignonne, adorable, manipulatrice affective et meurtrière. L’auteur du livre, William March avait été influencé par le travail d’Hervey Cleckley. Wikipedia déclare incorrectement que le terme «psychopathe» n’était pas utilisé à l’époque où le livre fut écrit. [31] Dans le livre Sans Conscience Robert Hare cite de Graine de Potence : Les personnes bonnes sont rarement soupçonneuses : elles ne peuvent pas s’imaginer que les autres puissent faire des choses qu’ils sont eux-mêmes incapables de faire ; elles acceptent habituellement la solution anodine comme étant la bonne et en restent là. De plus, les personnes normales sont portées à se représenter le [psychopathe] comme quelqu’un d’aussi monstrueux en apparence qu’en esprit, ce qui est aussi éloigné de la vérité que cela est possible. . . . Ces monstres de la vie courante ressemblent et se comportent habituellement d’une façon plus normale que leurs frères et sœurs réellement normaux ; ils présentent une image plus persuasive de la vertu que la vertu elle-même – tout comme le bouton de rose en cire ou la pêche en plastique semblent plus parfaits à l’œil, correspondant plus à ce que l’esprit pense qu’un bouton de rose ou une pêche devraient être que l’original imparfait à partir duquel il a été modelé. 6.1 Nature ou Milieu ?Le trouble de la personnalité antisociale est décrit dans le DSM-IV comme « un pattern dominant de mépris et de violation des droits des autres qui commence dans l’enfance ou au début de l’adolescence et se poursuit à l’âge adulte… Ce pattern a été aussi désigné par les termes de psychopathie, sociopathie ou trouble de la personne dyssociale ». [32] Cette confusion de terminologie, discutée ci-dessus, est particulièrement préjudiciable à la recherche car tandis que le DSM-IV décrit le TPAS comme « étant associé à un statut socio-économique faible » [33] la psychopathie semble être beaucoup moins associée au désavantage social ou à l’adversité. [34] La psychopathie n’est pas associée à un faible poids à la naissance, à des complications obstétriques, à des parents incompétents, à la pauvreté, à des traumatismes psychologiques précoces ou des expériences défavorables, et d’ailleurs Robert Hare remarque « Je ne peux trouver aucune preuve convaincante que la psychopathie est le résultat direct de facteurs sociaux ou environnementaux précoces. » [35] Le modèle à deux seuils de Cloninger suggère une contribution polygénique et limitée au sexe à la psychopathie selon laquelle plus d’hommes que de femmes passeraient le seuil d’activation des gènes prédisposants. Ce modèle prédit que les hommes devraient être plus prédisposés aux influences environnementales et que les femmes qui deviennent psychopathiques devraient avoir une plus grande prédisposition génétique ; ceci est confirmé par les constatations que la progéniture d’une femme psychopathe est plus vulnérable que celle d’un homme psychopathe. [36] Une particularité de la psychopathie est que le comportement antisocial et extrêmement violent apparaît très tôt, incluant souvent mensonge désinvolte et irréfléchi, larcins, tendance à tuer des animaux, expériences sexuelles précoces et vol. [37] Dans une étude sur 653 grands délinquants, les comportements problématiques de l’enfance ont fourni une preuve convergente de l’existence de la psychopathie en tant que classe distincte, mais « les variables de l’histoire criminelle adulte étaient distribuées de manière continue et étaient insuffisantes en elles-mêmes pour détecter le taxon ». [38] Dans une autre étude, on a constaté des scores inférieurs de la part des hommes délinquants psychopathiques par rapport à ceux des délinquants non psychopathiques quant aux problèmes obstétricaux et une asymétrie fluctuante. Les délinquants présentant les critères les plus rigoureux de psychopathie avaient les scores d’asymétrie les plus bas parmi les délinquants. [39] Le professeur Adrian Raine a dirigé une étude dans laquelle des scientifiques de l’université de Californie du Sud et de l’université de Californie à Irvine ont utilisé la tomographie par émissions de positons (TEP) pour balayer le cerveau de 38 hommes et femmes accusés de meurtres. Certains des sujets avaient plaidé non coupable en raison d’aliénation mentale, tandis que le reste avait été déclaré incompétent pour assister au procès. Les balayages par TEP mesurent la consommation de sucre dans le sang dans les différentes parties du cerveau pendant l’exécution de tâches simples répétitives. (Le glucose est le carburant de base qui alimente la plupart des fonctions cellulaires. La quantité utilisée est liée au taux d’activité cellulaire.) Les chercheurs ont pataugé à travers des piles de dossiers juridiques, d’entretiens d’avocats, de dossiers médicaux et psychologiques et d’articles de journaux à la recherche de preuves sur l’éducation des sujets; s’ils avaient vécu ou non des violences physiques ou sexuelles, de la négligence, une pauvreté extrême, un placement dans une famille d’accueil, des conflits familiaux sévères, un foyer brisé, eu un parent criminel – tous les risques environnementaux généralement associés dans l’esprit des gens à une propension à la violence. Les chercheurs ont évalué la sévérité des risques qu’ils ont trouvé sur une échelle à cinq points, 0 représentant aucune maltraitance, 1 minimale, 2 partielle, 3 substantielle et 4 extrême. Sur les 38 meurtriers, seulement 12 se sont avérés avoir souffert de maltraitance et de carence psychosociales significatives (se classant de 2 à 4). Les 26 autres se sont avérés avoir vécu soit des maltraitances et des carences minimales soit pas du tout (se classant de 0 ou 1). Comparés aux sujets provenant d’environnements précoces jugés mauvais, les 26 sujets de milieux bénins avaient en moyenne 5,7% moins d’activité dans le cortex préfrontal médian. Plus significativement, une partie précise du cortex préfrontal médian – le cortex orbifrontal de l’hémisphère droit – a montré 14,2% d’activité en moins. « Les parents d’enfants violents pensent, «Qu’est-ce que j’ai mal fait ? » » dit Raine, professeur de psychologie à la faculté des lettres, des arts et des sciences de l’université de Californie du Sud. « Quand les enfants viennent d’un bon foyer, la réponse peut être absolument rien. Un déficit biologique peut être à blâmer. » La psychopathie n’est pas normalement diagnostiquée chez les enfants ou les adolescents, et quelques juridictions interdisent explicitement de diagnostiquer la psychopathie ou des troubles similaires de personnalité chez les mineurs. Les tendances psychopathiques peuvent parfois être reconnues dans l’enfance ou la jeune adolescence et, si elles sont reconnues, sont diagnostiquées comme Trouble de la conduite. On doit souligner que tous les enfants chez qui on a diagnostiqué un trouble de la conduite ne deviennent pas des adultes psychopathes, ou même malades, mais ces symptômes de l’enfance sont présents dans une proportion significativement plus élevée chez les psychopathes que dans la population générale. Les enfants montrant de forts précurseurs psychopathiques semblent souvent immunisés contre la punition, rien ne semble modifier leur comportement indésirable. Par conséquent, les parents habituellement abandonnent, et le comportement empire. [40] 6.2 Indicateurs de Psychopathie dans l’EnfancePendant un certain temps, sous l’influence du DSM-III, on stipulait que les indicateurs de la psychopathie dans l’enfance incluaient ce qui suit : Une période plus longue que la normale d’énurésie nocturne Cruauté envers les animaux Pyromanie et autres vandalismes Mensonges Absentéisme scolaire Vol Agression des pairs Défi de l’autorité Les trois indicateurs, énurésie nocturne, cruauté envers les animaux et pyromanie, connu comme la Triade de MacDonald, ont été décrits la première fois par J. M. MacDonald comme des indicateurs de psychopathie[41]. La pertinence de l’énurésie nocturne dans l’étiologie de la psychopathie a été depuis remise en question par MacDonald lui-même. [41] Les dernières informations suggèrent que l’incontinence urinaire est probablement plus un problème associé aux attentes sociales et aux retards de développement. Historiquement, les enfants énurétiques ont été soumis à des méthodes de traitement douloureuses et pénibles, i.e., médications, dispositifs mécaniques et préparations pharmacologiques, jusqu’à l’incapacité permanente qui peut certainement provoquer des réactions comportementales. L’emphase moderne sur le problème de l’énurésie est mise sur l’utilisation réussie de thérapies comportementales, des parents constructifs et la rééducation de l’enfant. Néanmoins, ayant été suggéré (et accepté) comme un signe de psychopathie infantile, l’étiquette est difficile à enlever. La question de savoir si les jeunes enfants ayant ces présumés indicateurs précoces de psychopathie répondent médiocrement à l’intervention comparativement aux enfants ayant un trouble de la conduite mais sans ces traits n’a été examinée que récemment dans une étude comparative. Les résultats de cette recherche sont cohérents avec un grand nombre de preuves plus larges – indiquant des résultats de mauvais traitements. [42] Une autre étude suggère que les psychopathes ont un génotype qui donne un « tempérament ou une personnalité innés, couplé avec un pattern particulier d’éveil faible qui, ensemble, destinent l’enfant à être sélectivement indifférent aux indicateurss nécessaires à une socialisation et à un développement moral normaux. »[43] Étant donné la faiblesse des preuves de ’instabilité du développement et de dommages cérébraux chez les psychopathes, on devrait faire attention à la probabilité que des enfants psychopathes soient classés par erreur comme souffrant de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, de trouble de la conduite ou de trouble oppositionnel avec provocation. Selon Hare « aucune de ces catégories diagnostics n’atteint vraiment son but avec les jeunes psychopathes. Le trouble de la conduite s’en rapproche le plus mais il il échoue à rendre compte des caractéristiques émotionnelles, cognitives et interpersonnelles de la personnalité… qui sont si importantes dans le diagnostic de la psychopathie ». [44] 7 Implications pour la Loi et la SociétéIl est important de remarquer que la psychopathie a également des définitions légales et judiciaires différentes et tout à fait distinctes qui ne devraient pas être confondues avec la définition médicale. Divers états et nations ont, à différents moments, édicté des lois spécifiques pour s’occuper des contrevenants psychopathiques, et nombre de ces lois sont en vigueur aujourd’hui : L’Assemblée Législative de l’État de Washington[45] définit une « personnalité psychopathique » en ces termes : « l’existence chez toute personne d’un tel état héréditaire, congénital ou acquis qui affecte le domaine émotionnel ou volitif plutôt que le domaine intellectuel et qui se manifeste par des anomalies du caractère rendant l’adaptation sociale d’une telle personne difficile ou impossible ». En 1939, La Californie a décrété une loi [46] du contrevenant psychopathique qui définissait un psychopathe seulement en termes de contrevenants avec une prédisposition « à la perpétration de délits sexuels contre les enfants ». Une loi [47] de 1941 a essayé de mieux clarifier la situation à tel point que toute personne qui était examinée et était considérée comme psychopathique devait être confiée à un hôpital d’état alors que tous les autres devaient être jugés par un tribunal. "Le trouble psychopathique" est légalement défini dans la Loi de Santé Mentale (RU) [48] comme, « un trouble ou une incapacité permanente de l’esprit (incluant ou non une déficience importante de l’intelligence) donnant lieu à une conduite anormalement agressive ou sérieusement irresponsable de la part de la personne concernée ». Ces dernières années, le système légal a considérablement changé par rapport aux diagnostics de psychopathie chez les criminels. Tandis qu’autrefois, un diagnostic clinique de psychopathie était de peu de valeur pour prévoir le comportement criminel, suite à l’adoption du PCL-R de Robert Hare, l’association entre la psychopathie et le crime a acquis une validité empirique. Il y a maintenant des preuves considérables qu’en dépit de leur nombre statistiquement faible dans la population générale, les psychopathes composent une importante proportion des populations carcérales et sont responsables d’une quantité choquante de crimes et de la détresse sociale dans la société. Les traits qui définissent le psychopathe – à savoir qu’ils sont émotionnellement déconnectés du reste de l’humanité et qu’ils voient les autres tout au plus comme des objets - leur permettent très facilement de prendre pour victime le vulnérable et d’utiliser n’importe quels moyens qu’ils préfèrent pour obtenir ce qu’ils veulent tant au niveau des biens matériels qu’au niveau du pouvoir. Néanmoins, le comportement criminel est de loin plus courant dans la société que la psychopathie. Les non-psychopathes participent couramment à des actes criminels moins sérieux ou à des cas isolés d’actes criminels sérieux. Mais les carrières criminelles des psychopathes sont qualitativement différentes. [49] Le comportement criminel des psychopathes est même différent des non-psychopathes dont la conduite criminelle est extrêmement sérieuse et persistante. Plus que cela, les études montrent que le comportement antisocial des psychopathes est motivé par des facteurs différents de ceux des criminels non-psychopathes. Le modus operandi (M.O.) du psychopathe, les types de victimes qu’ils choisissent, leur profil comportemental dans l’exécution de leurs crimes sont aussi différents. Les psychopathes commencent leurs carrières criminelles très jeunes et continuent à s’engager dans de telles activités tout au long de leur vie [50] quoique des études indiquent une réduction marquée de la criminalité vers l’âge de 35-40 ans par rapport aux crimes non violents. [51] Ceci ne veut pas dire qu’ils ont abandonné le crime, mais seulement que leur activité criminelle apparente a diminué au niveau de la moyenne du contrevenant persistant non-psychopathe. Cela peut vouloir dire aussi qu’ils ont appris à ne pas se faire attraper. La tendance psychopathique au crime violent et au comportement agressif ne semble pas diminuer avec l’âge. [52] On doit se poser la question : est-ce que la réduction liée à l’âge de la criminalité des psychopathes est un reflet du fait qu’il y a des changements dans les caractéristiques du noyau de leur personnalité. La réponse semble être non. Une étude du PCL-R d’un large échantillon de contrevenants masculins âgés de 16 ans à 70 ans fut menée par Harpur & Hare en 1994. Les résultats sur le Facteur 2 (caractéristiques socialement déviantes) ont diminué nettement avec l’âge, tandis que les résultats sur le Facteur 1 (caractéristiques affectives/interpersonnelles) sont demeurés stables. Ceci indique que les changements apparents relatifs à l’âge dans le comportement antisocial du psychopathe ne sont pas équivalents à des changements de leurs traits égocentriques, manipulateurs et durs, le fondement de la psychopathie. Les psychopathes ont un taux plus élevé de crimes violents tels que vol à main armée, vol, agression, et ils sont responsables à un taux plus élevé de violence et d’agressions homosexuelles dans les prisons. Des contrevenants psychopathes et non-psychopathes violents en milieu carcéral, les psychopathes commettent environ trois fois plus de crimes violents. Non seulement les psychopathes ont un taux plus élevé de crimes violents mais ils commettent des types différents de crimes violents par rapport aux non psychopathes. Deux tiers des victimes des psychopathes étaient des hommes inconnus alors que deux tiers des victimes des non psychopathes étaient des membres de la famille ou des connaissances féminins. Les non-psychopathes commettent des actes de violence lors d’état d’excitation émotionnelle intense, alors que les psychopathes choisissent de sang-froid leurs victimes pour la vengeance ou le châtiment. Ce qui veut dire que la violence psychopathique est instrumentale, un moyen pour arriver à une fin, prédatrice. [53] Il est bien établi que la psychopathie est un facteur de risque pour des taux élevés de récidive. 8 Psychopathes et Violence SexuelleParmi les délinquants sexuels d’un établissement de soin, les violeurs, ceux qui ont agressé des adolescents et ceux qui ont agressé des enfants, il y avait un taux de base de psychopathie (PCL-R) respectivement de 76,5%, 24,0%, et 14,8%. La moitié de tous les violeurs en série étaient peut-être psychopathes. [54] Les violeurs sont classés en quatre types fondamentaux : vindicatif, opportuniste, sadique et non sadique. La motivation primaire des types sadiques et non sadique est sexuelle; la motivation primaire des types vindicatif et opportuniste est agressive et hostile. On trouve des psychopathes à un niveau statistique élevé parmi les violeurs opportunistes et sadiques. 81% des violeurs psychopathiques et 56% des violeurs non-psychopathiques sont classifiés soit comme opportunistes soit comme vindicatifs. [55] Les psychopathes utilisent plus souvent la violence et d’une façon plus sévère dans la perpétration des délits sexuels. Les études suggèrent que la psychopathie peut être associée au sadisme sexuel. Des scores PCL-R élevés sont positivement corrélés avec une excitation sexuelle par la violence évaluée par pléthysmographie pénienne. [56] Les délinquants sexuels sont résistants au traitement [57], mais ce sont les psychopathes parmi ceux-ci qui sont le plus susceptibles de récidiver rapidement et souvent. [58] Une étude a démontré que dans les six ans après la sortie de prison, plus de 80% des délinquants sexuels psychopathes avaient récidivé violemment contre seulement 20% des non-psychopathes. La plupart de ces délits était de nature sexuelle. [59] Dans une autre étude de cohorte d’un grand échantillon, les chercheurs ont obtenu des résultats similaires avec une conclusion supplémentaire : la récidive sexuelle était fortement prédictible par la combinaison d’un score PCL-R élevé et d’une preuve phallométrique d’excitation sexuelle déviante, définie par tout test phallométrique indiquant une préférence pour des stimuli déviants tel que les enfants, des situations de viols, ou des situations de violence non sexuelle. [60] 9 Réponse au TraitementUne récente étude canadienne portait sur un traitement de groupe de 238 délinquants sexuels (violeurs, contrevenants incestueux) du pénitencier Warkworth en Ontario. On retrouvait quelques psychopathes certifiés dans ces prisonniers. On leur avait enseigné à « compatir » avec leurs victimes et à comprendre leur « cycle d’agression » comme partie de leur traitement. Après leur libération, il a été constaté que ceux qui avaient eu les meilleurs résultats en termes de « bon comportement au traitement » et qui avaient eu les meilleurs scores « d’empathie » étaient les plus susceptibles de récidiver à leur remise en liberté. [...] La psychothérapie ne nécessite pas seulement une bonne connaissance de la théorie et un clinicien astucieux. Elle demande également un patient. Le mot patient vient du latin, et signifie « souffrir ». Un patient, par définition, est tracassé par quelque chose. Quoique la plupart des thérapies des prisonniers ne viennent pas de la souffrance du prisonnier, mais sont exigés par le système judiciaire. Le service correctionnel du Canada sait que de nombreux psychopathes seront finalement remis en liberté, alors il essaie de les changer, même si n’importe quelle psychothérapie pour adultes qui est imposé est douteuse. [61] Les cliniciens sont pessimistes et avec raison quant à la possibilité de traiter les psychopathes. Les psychopathes n’éprouvent pas de détresse et ils ne pensent pas qu’il y a quelque chose d’anormal en eux, ils ne souffrent pas de stress ou de névroses et donc ne cherchent pas volontairement un traitement. Ils ne considèrent pas leurs attitudes et leur comportement comme étant mauvais, et ils ne profitent pas des nombreux programmes de traitements qui ont été conçus pour les aider à « développer l’empathie » et les talents interpersonnels. Le psychopathe ne reconnaît aucun défaut dans sa psyché, aucun besoin de changer. Freud a soutenu que les psychopathes sont intraitables par la psychothérapie précisément parce qu’avoir une conscience est un prérequis pour pouvoir faire une psychothérapie. C’est la conscience, et la capacité connexe de se soucier des autres, qui nourrit l’examen sérieux de ses motivations, qui sous-tendent le comportement personnel. Et par définition, les psychopathes manquent de conscience et de compassion. Quand le taux de récidive des psychopathes et autres délinquants qui avaient été traités fut examiné, on a constaté que le taux de récidive général était aussi élevé dans le groupe traité que dans le groupe non traité, respectivement 87% et 90%, toutefois le taux de récidive violente était significativement plus élevé dans le groupe traité que dans le groupe non traité ; 77% et 55% respectivement. En contraste, les non-psychopathes traités avait un taux significativement plus bas de récidive générale et violente, respectivement 44% et 22%, que les psychopathes non traités, 58% et 39%. Il semble donc que les programmes de thérapies fonctionnent pour les non-psychopathes mais qu’ils empirent en fait les vrais psychopathes. Une autre raison d’être extrêmement vigilant avec les critères de diagnostics. [62] La question est : comment une thérapie peut-elle empirer quelqu’un ? La spéculation de Robert Hare est que la thérapie de groupe et la thérapie orientée vers la compréhension de soi aident en fait les psychopathes à développer de meilleurs moyens pour manipuler, tromper et utiliser les personnes mais ne fait rien pour les aider à mieux se comprendre. Les problèmes avec le traitement de la psychopathie peuvent être en partie dus aux faiblesses de la littérature pertinente qui étaye les procédures d’évaluation préconisées par le DSM-IV. Sans évaluation correcte, il est difficile d'élaborer un plan de traitement bien défini. De plus, à cause du manque de groupes expérimentaux appropriés et de groupes de contrôles, il est difficile d’affirmer que « rien ne fonctionne ». Robert Hare a suggéré un programme qui se soucierait moins d'essayer d’aider le psychopathe à développer de l’empathie et la conscience (modification de la personnalité), mais plus de convaincre le psychopathe qu’ils sont les seuls responsables de leur comportement et qu’ils peuvent apprendre des manières prosociales d’utiliser leurs forces et leurs faiblesses inhérentes pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs. La seule faiblesse apparente d’une telle idée est qu’elle ne satisferait pas une des tendances les plus proéminentes du psychopathe : le désir de pouvoir et de contrôle sur les autres. 10 Étiologie de la Psychopathie10.1 La Psychopathie comme Adaptation : Le Modèle SociobiologiqueMalgré le fait que la psychopathie soit considérée comme un trouble mental, certains sociobiologistes la considèrent comme l'une des nombreuses stratégies adaptatives de transmettre des gènes aux générations suivantes. On doit se demander si cette opinion favorable n’est pas soutenue par des sociobiologistes psychopathes. Tandis que la plupart des humains ont seulement quelques enfants et passent la plus grande partie de leur vie productive à s’occuper d’eux, les psychopathes utilisent une stratégie adaptative « fourbe » par laquelle ils peuvent avoir un grand nombre d’enfants tout en ne s’occupant pas d’eux ou si peu. L’une ou l’autre stratégie peut réussir en fonction des facteurs sociaux, économiques ou environnementaux prévalant. « Le style de vie mobile et nomade des psychopathes, et la facilité avec laquelle ils s’adaptent à de nouveaux environnements sociaux, peuvent être vus comme un besoin constant de nouveaux terrains de reproduction. » [63] L’hypothèse « migratoire » semble trouver un certain appui dans une étude des criminels écossais. La prévalence de la psychopathie était plus élevée parmi ceux qui ont émigré en Angleterre que parmi ceux qui sont restés en Écosse. [64] 10.2 La Psychopathie comme Variante de la Personnalité NormaleCe modèle ne discute pas de la psychopathie comme d'un trouble mais suggère plutôt que la psychopathie est une variation extrême de certaines caractéristiques de base de la personnalité normale. Un chercheur conçoit la psychopathie comme « une dimension du trouble de la personnalité liée en retour à la structure de la personnalité telle qu’elle est actuellement comprise. J'ai proposé que la psychopathie puisse être comprise principalement comme un contrôle coercitif des échanges interpersonnels, et que les processus cognitifs sociaux puissent être une clef possible de compréhension ». [65] Il suggère aussi que la psychopathie, aussi désagréable qu’elle puisse l’être pour la plus grande majorité des personnes normales, représente une façon pour eux d’essayer de donner du sens au monde tel qu’ils le voient. Les modèles de traits de la personnalité supposent une génétique comportementale. Une étude a montré que l’évaluation d’héritabilité pour la cruauté, les problèmes de conduite et le narcissisme était respectivement de 0,56, 0,56, et 0,53. Ces évaluations d’héritabilité sont similaires à ceux obtenus pour les traits normaux de personnalité et de comportements antisociaux. [66] 10.3 La Psychopathie comme Dysfonctionnement cérébral : Le Modèle NeurologiqueUne théorie qui a circulé très longtemps est que le cerveau des psychopathes se développe à un rythme très lent. Il y a des preuves que certaines parties du cerveau, dont le cortex frontal et ses voies neurales associées, continuent à se développer au début de l’âge adulte, et il y a des rapports de similitudes entre les ondes cérébrales enregistrées d’un adulte psychopathe et celles des adolescents normaux. Il y a également des similitudes entre certaines caractéristiques des psychopathes – égocentrisme, impulsivité, égoïsme et réticence à retarder la satisfaction – et les caractéristiques typiques des enfants. Ainsi, certains chercheurs proposent que tout cela signifie que la psychopathie n'est rien de plus qu’un retard du développement. Il y a des arguments contre cette théorie. Les caractéristiques des ondes cérébrales en question sont aussi associées à la somnolence ou à l’ennui chez les adultes normaux et pourraient résulter du manque d’intérêt du psychopathe pour les procédures routinières utilisées pour les évaluer. [67] De plus, il est peu probable que l’égocentrisme ou l’impulsivité d’un enfant et d’un psychopathe sont réellement comparables. Un modèle apparenté postule que la psychopathie est associée à des lésions ou à un dysfonctionnement du cerveau, particulièrement dans les zones responsables des processus de planification et de direction. [68] Ce modèle est basé sur des similitudes comportementales apparentes entre les psychopathes et les patients présentant des lésions des lobes frontaux du cerveau [69], mais les similitudes semblent être seulement superficielles. Plusieurs chercheurs soutiennent qu’un certain type de dysfonctionnement du lobe frontal – pas nécessairement une lésion – peut être impliqué. [70] Des recherches récentes soutiennent cette thèse. 10.4 La Psychopathie comme Adversité Précoce : Le Modèle d'AttachementL’opinion la plus commune est que la psychopathie est due à un traumatisme psychologique précoce ou à des expériences sociales défavorables. Il est bien certain que de nombreuses personnes sont psychologiquement endommagées par un large éventail d’expériences survenues tôt dans leur vie dont le rejet, la négligence, la privation et les sévices parentaux. Une opinion très populaire stipule que si ces expériences défavorables arrivent dans les deux premières années de la vie, elles peuvent perturber les processus normaux d’un développement psychologique sain, y compris le processus « d’attachement » au premier soignant. On estime que ce t«échec de l’attachement » joue un rôle dans le développement de la psychopathie. L’argument contre cette théorie est qu’il y a peu de preuves empiriques qui soutiennent ces idées alors qu’il y a d’importantes preuves empiriques pour la contredire. Cela mène à l’argument que les prétendus problèmes d’attachement et de socialisation sont plus le résultat des caractéristiques psychopathiques innées chez une personne que la cause. 10.5 La Psychopathie comme Expression Adulte d'une Pathologie PrécoceLes chercheurs ont identifié un petit sous-ensemble d’enfants dont la personnalité, la psychophysiologie et les comportements sont similaires en bien des points à ceux des psychopathes adultes. Ces enfants ont tendance à manifester les symptômes à la fois du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et le trouble de la conduite (TC). [71] Ces chercheurs ont suggéré que la combinaison de ces troubles est le facteur important pour diagnostiquer le « psychopathe novice » et le modèle a une meilleure validité de contenu que le TD ou le TDAH seuls. Une version du PCL-R spécialement développée pour tenir compte de l’âge a été utilisée chez des enfants afin d’identifier un groupe de traits similaires à ceux du facteur 1 du PCL-R décrit comme dur-insensible (absence d’empathie, absence de culpabilité). La conclusion fut que ces traits se développent à partir d’une tendance biologique innée vers une faible inhibition comportementale. [72] Le chercheur a de plus suggéré que « les pratiques dysfonctionnelles parentales pouvaient jouer un rôle majeur dans le développement des troubles de la conduite principalement chez les enfants n'ayant pas les traits (dur-insensible) ». (p. 179, avec emphase dans l’original.) On peut supposer, alors, que les enfants ayant ces traits développent ces problèmes de conduite par eux-mêmes. La recherche de Forth et Burke [73] indique que la qualité du milieu familial est un facteur moins important dans le développement du comportement criminel des délinquants psychopathes qu’il ne l'est pour les autres délinquants. Robert Hare suggère que la psychopathie « émerge d’une interaction complexe - et mal comprise - entre les facteurs biologiques et les forces sociales ». [74] Les forces sociales et les pratiques parentales peuvent influencer la manière dont le trouble se développe et se manifeste au niveau du comportement, mais ils ne sont pas les causes uniques ou primaires du trouble. [75] Ce modèle est supporté par des preuves croissantes que les facteurs génétiques déterminent la personnalité de base et les fonctions du cerveau et que cela influence la façon dont une personne répond et interagit avec la vie et l’environnement. 10.6 La Psychopathie comme Déficit d'Apprentissage I: IntrépiditéIl y a quarante ans, Lykken a affirmé que les psychopathes étaient relativement intrépides et qu’à cause de cela, il leurs était difficiles « d’apprendre à éviter les comportements antisociaux et à refréner les pulsions interdites même par la punition et la peur que cela engendre ». [76] Il a proposé que cette intrépidité pouvait refléter une variante extrême de la normalité génétique plutôt qu’un stress psychologique ou une lésion cérébrale structurelle . Il y a des arguments irréfutables en faveur du modèle d'intrépidité qui expliquent une gamme de comportements antisociaux et de résultats de laboratoire. L’argument contre ce modèle est qu’il n’explique pas la gamme complète de la symptomatologie psychopathique. Les tentatives pour expliquer l’égocentrisme, les émotions superficielles, le manque de culpabilité ou de remords, en termes d'intrépidité sont moins probantes. Le fait est que le modèle de l’intrépidité est facilement incorporé au « modèle de faible inhibition comportementale ». [77] 10.7 La Psychopathie comme Déficit d'Apprentissage II: Faible InhibitionGray a décrit un système d’inhibition comportementale neuro-physiologique (SIC) qui contrôle la réponse d’un organisme aux signaux de punition imminente ou de frustration de la non-récompense. Le système d'activation comportementale (SAC) contrôle les réponses aux signaux de récompense imminente. L’éveil du SIC est éprouvé comme un affect négatif et mène à l’inhibition de l’activité motrice qui conduirait à la punition ou à la non-récompense prévue. Il postule qu’un faible SIC peut aboutir à l'incapacité d’inhiber l’activité qui résultera en punition ou à ne pas obtenir ce qui était désiré. [78] L’argument contre ce modèle est le même que celui du « modèle de l'intrépidité» à savoir qu’il ne peut pas expliquer les caractéristiques interpersonnelles et affectives du psychopathe. Aussi, le modèle de Gray fournit « plusieurs voies à la désinhibition » dont l'hyperréactivité à la récompense due à un SAC fort et la réactivité anormale à la punition due à un SIC déficient tout en liant l’impulsivité à un SAC fort. [79] Ainsi, il serait plus approprié de décrire le comportement du psychopathe comme étant désinhibé plutôt qu’impulsif. De même, bien que le modèle SIC reçoive un certain appui des études de réactivité électrodermale, des études du conditionnement à la peur et de l’évitement passif [80], les psychopathes pourraient ne pas être hyporéactifs à la punition en soi, mais plutôt seulement quand ils sont confrontés à un choix concurrentiel de récompenses. [81] 10.8 La Psychopathie comme Déficit d'Apprentissage III : Modulation de Réponse DéficienteNewman et Wallace ont développé une version plus raffinée du modèle SIC. Ils postulent que « la conduite « impulsive » des psychopathes semble refléter leur difficulté à changer automatiquement leur attention ce qui, en retour, interfère avec leur capacité d’assimiler de l’information inattendue mais potentiellement pertinente alors qu’ils sont engagés dans l'organisation et la mise en oeuvre d'un comportement orienté vers un but ». [82] C'est-à-dire, qu’ils se concentrent tellement fort sur ce qu’ils font qu’ils ne remarquent rien d'autre autour d’eux. Hare suggère que, tout comme le modèle de l'intrépidité peut-être incorporé au modèle de SIC faible, ainsi le modèle du SIC peut-être incorporé à ce modèle. [83] Ce modèle explique également les constatations que les psychopathes exhibent une hyporéactivité à la punition seulement lors de circonstances spécifiques. Ce modèle peut également expliquer une déficience psychopathique notable dans le traitement du langage et des signaux émotionnels. L’argument contre ce modèle est que, malgré sa sophistication méthodologique et les expériences ingénieuses, les résultats ne sont pas si évidents ou irréfutables. [84] 10.9 La Psychopathie comme Dysfonctionnement Cognitif-Affectif : NeurobiologiqueRobert Hare a étudié l’anxiété et les comportements suscités par l’anxiété du psychopathe. [85] Ses collègues et lui ont trouvé que le modèle de l'intrépidité décrit plus haut avait un défaut majeur. Il semble que les réponses faibles de conductance cutanée montrées par les psychopathes dans l’anticipation d’un stimulus désagréable étaient accompagnées d’une augmentation importante de la fréquence cardiaque. Parallèlement, une réponse forte de conductance cutanée montrée par un non psychopathe était accompagnée d'une baisse de la fréquence cardiaque. [86] C'est-à-dire que chez le non psychopathe, u un événement nouveau, intéressant et/ou important provoque une augmentation de la conductance cutanée et une diminution de la fréquence cardiaque, tandis que des événements déplaisants ou menaçants provoquent une réponse défensive qui comprend une augmentation à la fois de la conductance cutanée et de la fréquence cardiaque. En d’autres termes, les non psychopathes concentrent leur attention sur le stimulus désagréable imminent et éprouvent une augmentation de la peur, tandis que les psychopathes « rejettent » simplement le stimulus imminent et éprouvent peu ou pas de peur. Ainsi, l’augmentation de la fréquence cardiaque combinée à une faible conductance cutanée peut indiquer que le psychopathe a un mécanisme protecteur dynamique qui atténue les signaux psychologiques/émotionnels d’une douleur ou d’une punition imminente. Hare a proposé plus récemment que la psychopathie, plutôt que d’être un déficit ou un dysfonctionnement émotionnel spécifique, serait plutôt le résultat de difficultés générales dans le traitement et la compréhension de la sémantique profonde et de la signification affective. Cette opinion est supportée par le fait que la psychopathie est caractérisée par un large éventail d’anomalies cognitives et affectives. [87] Dans une étude sur le temps de réaction à différents types de mots, des mots émotionnels, neutres ou des pseudo mots, on a remarqué que les potentiels évoqués cognitifs (PEC) dans les tâches de décision lexicale parmi les non criminels indiquent que les réponses aux mots positifs ou négatifs sont plus précises et plus rapides que celles aux mots neutres. Dans le cerveau de ces sujets, les lobes centraux et pariétaux indiquaient des composantes PEC précoces et tardives par rapport aux mots émotionnels. On pense que les composantes tardives du PEC indiquent un traitement continu du mot. [88] Dans cette même étude, les criminels non psychopathiques ont également démontré une sensibilité aux mots chargés d’émotion. Les psychopathes, cependant, ont échoué à démontrer un temps quelconque de réaction ou de différences du PEC entre les mots neutres et les mots émotionnels. Plus que cela, la morphologie de leur PEC était remarquablement différente |