TABLE RONDE D’ÉDUCATEURS, STEVEN MILLER et JACK GERSON
Le rapport sur « les Choix Difficiles ou les Périodes Difficiles » de la Commission Nationale sur les compétences au travail, fondé en grande partie par la Fondation Bill et Melinda Gates et signé par un groupe bipartite de politiciens, hommes d’affaires et directeurs d’écoles urbaines, a appelé à une série de mesures incluant : (a) Le remplacement des écoles publiques par ce que le rapport appelle des « écoles contractuelles », qui seraient des écoles subissant un contrat déterminé. ; (b) L’élimination de presque tous les pouvoirs des conseils de classe locaux – leur rôle serait d’écrire et de signer les accords pour les « écoles contractuelles. » (c) L’élimination des pensions des professeurs et la diminution des avantages de santé ; et (d) Forcer tous ceux en 4e à passer un examen de niveau secondaire, basé sur des compétences de terminale, et terminer l’éducation de ceux qui échoueraient (c’est-à-dire jeter à la rue des millions d’étudiants à l’âge de 16 ans.)
Ces mesures, prises ensemble, bloqueraient effectivement le contrôle public de l’éducation publique. Elles affaibliraient dangereusement le pouvoir des syndicats de professeurs, facilitant ainsi les attaques ultérieures sur le secteur public. Elles laisseraient la politique de l’éducation dans les mains d’un réseau de centres de pensées d’entreprises, d’entrepreneurs et d’armées de lobbyistes dont les priorités sont de profiter du marché de l’éducation déjà énorme, tout en faisant des coupes sombres dans le financement public des écoles et des étudiants. En effet, ces mesures signifieraient la privatisation de l’éducation, mettant fin effectivement au droit à une éducation publique, comme nous l’avons connue. Nombre des plus puissantes forces dans le pays veulent que les États-Unis, le premier pays à garantir une éducation publique, soit le premier pays à y mettre fin. Au cours des cinquante dernières années, l’éducation publique était l’un des deux mandats publics garantis par le gouvernement, qui était accessible à chaque personne, indépendamment de son revenu. La Sécurité Sociale est l’autre mandat. Les deux systèmes sont maintenant menacés par des schémas de privatisation. Le gouvernement définit aujourd’hui sa mission comme la protection des droits des entreprises par-dessus tout. L’éducation publique est un espace public rare qui est attaqué. Le même scénario est en voie d'implantation avec la plupart des services que les gouvernements utilisaient pour fournir gratuitement ou à faible coût : l’électricité, les parcs nationaux, les soins médicaux et l’eau. Dans chaque cas, la méthodologie est la même : sous- financer les services publics, créer un tumulte et déclarer une crise, prétendre que la privatisation peut faire mieux, déréglementer ou briser le contrôle public, dévier l’argent public vers les entreprises et ensuite faire augmenter les prix. L’an passé, il est devenu évident que le mouvement des entreprises contre les écoles publiques n’est qu’une partie d’une bien plus grande attaque contre le secteur public, les syndicats, et évidemment contre les droits publics et le contrôle public des institutions publiques. [Cela a été évident pendant quelque temps à la Nouvelle-Orléans, où la dévastation due à l’ouragan Katrina est utilisée comme une excuse pour privatiser de manière permanente l’infrastructure d’une ville américaine importante : raser les habitations publiques et transférer les terrains aux promoteurs, remplacer le système de l’école publique de la ville par une combinaison d’écoles sous contrat et d’écoles régies par l’État ; laisser libre l’infâme armée privée de Blackwater dans la population civile ; et, en final, forcer des dizaines de milliers de familles à demeurer hors de la ville en permanence. Les citoyens de la Nouvelle-Orléans ont eu leurs droits civils expropriés de force. De même que comme le choc de l’ouragan fut une excuse pour la thérapie de choc appliquée sur la Nouvelle-Orléans, la baisse économique déclenchée par la crise des subprimes devient maintenant l’excuse pour une attaque nationale sur le secteur public et les droits publics. Dans l’éducation publique, le mouvement des entreprises a crû à la fois qualitativement et quantitativement. Là où, il y a deux ans, les agents de change de l’éducation d’entreprise opéraient principalement dans un relativement petit nombre de grandes régions urbaines, ils sont maintenant partout. La corporatisation de l’éducation publique est la ligne de front de la privatisation. Cela a pour effet de forcer au silence la voix publique sur chaque aspect de la situation. Dans tous les États-Unis, les écoles publiques ne sont pas encore privatisées, bien que des services privés bénéficient de plus en plus de ce marché. Cependant, l’augmentation du contrôle des entreprises sur les programmes – un mélange différent dans chaque localité – a une influence effrayante sur l\'enseignement même que les gens (quoique cela ne concerne pas les corporations) veulent voir effectuer de la part des professeurs : la capacité d’établir des rapports et d’enseigner à chaque enfant, une approche d’éducation qui encourage chacun à avancer, des estimations humaines qui mettent les gens devant des tests de performance ou des tests standardisés. Peut-être que le développement le plus spectaculaire de l’approche corporatiste fut le lancement des « Strong American Schools – Ed in’08 », financée par les milliardaires Bill Gates et Eli Broad. C’est un effort flagrant pour acheter la politique d’éducation de la nation, peu importe qui sera élu président, en achetant leur route dans chaque forum électoral. « Ed in’08 » a un programme en trois points : payer au mérite (fondant la compensation des professeurs sur les notes des étudiants dans un test de haut niveau) ; standards d’éducation nationale (mise en application de la conformité et apprentissage par cœur) ; et journée d’école et année scolaire plus longues (encore plus de temps pour apprendre par cœur, moins de temps pour que les enfants vivent leur enfance...) Là où il y a deux ans les écoles contractuelles étaient vues comme des expériences affectant un relativement petit nombre d’étudiants, en 2007 les privatiseurs d’entreprise – menés par Broad et Gates – ont étendu leur financement au point où ils menacent d’avoir une présence majeure. En mars, la Fondation Gates a annoncé un don de 100 millions de dollars aux écoles adhérentes à leurs principes « KIPP », ce qui leur permettrait d’étendre leur opération de Houston à 42 écoles (en partant de huit) – effectivement, « KIPP » sera un système d’école alternatif à part entière à Houston. Également l’an passé, Eli Broad et Gates ont fait don d\' environ 50 millions de dollars à « KIPP » et aux écoles « Green Dot » à Los Angeles, dans le but de doubler le pourcentage des étudiants de Los Angeles dans les écoles sous contrôle.. Oakland, une autre cible de Broad/Gates, a maintenant plus de 30 écoles de ce type sur 92. Et, comme nous le verrons ci-après, la même tendance a lieu dans tout le pays. « NCLB »[1] en 2008 est encore une question majeure. Il continue à avoir un effet corrosif sur les écoles publiques. Il est conçu comme un mandat non financé, ce qui signifie que les écoles doivent satisfaire à tout standard rigide chaque année, bien qu’aucun argent ne soit donné pour soutenir cet effort. Cela signifie que les écoles doivent prélever encore plus d’argent de la part des classes pour satisfaire aux exigences du gouvernement quand des écoles avec des scores de bas niveau sont dans « l’Amélioration de Programme ». Une fois que les écoles sont dans l’A.P. pendant 5 ans, elles peuvent être forcées à être privatisées. « NCLB » est une force motrice qui décime le côté public dans les écoles publiques. En Californie, plus de 2000 écoles sont maintenant en « Amélioration de Programme ». Cela signifie qu’elles doivent satisfaire à certains standards spécifiques et presque irréalisables, sinon elles doivent dévier des quantités d’argent de plus en plus grandes hors des classes et vers des programmes privés. Par exemple, des écoles en 3e année d’AP doivent sortir de l’argent des programmes qui aidaient les écoles avec une haute proportion d’écoles à bas niveau et les rendre disponibles à des tuteurs privés… Privatiser les écoles publiques mène inévitablement à une augmentation massive dans l’inégalité sociale. On n’a jamais exigé des entreprises privées de reconnaître les droits civils, parce que, par définition, ce sont des droits civils. Si les privatiseurs d’entreprise réussissent à prendre en main nos écoles, il n’y aura plus ni éducation de qualité, ni droits civils. Le système d’éducation publique aux États-Unis est profondément défectueux. Bien que les écoles de banlieue soient parmi les meilleures du monde, l’éducation publique dans les villes a été délibérément sous financée et se trouve très désordonnée . La solution n’est pas de se battre pour maintenir l’ancien système. Il vaut mieux se battre pour un nouveau système qui garantira vraiment une éducation de qualité comme un droit civil pour tous. Le point fondamental est de contester l’idée que tout ce qui est dans la société humaine devrait être régi par des entreprises, que seules les entreprises et leurs politicards ont le droit ou le pouvoir de discuter de ce que la politique publique devrait être… [1] No Child Left Behind : Aucun enfant abandonné (NdT) Traduction française: Henri R.
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