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Le voyage dans le temps vers le Moyen-Âge Imprimer Email
Écrit par Arkadiusz Jadczyk   
FRIDAY, 08 AUGUST 2008 14:27
Sott.net
Lundi 11 février 2008

 

©Inconnu

Le voyageur du Temps (car c'est ainsi que pour plus de commodité nous l'appellerons) nous exposait un mystérieux problème. Ses yeux gris et vifs étincelaient, et son visage, habituellement pâle, était rouge et animé. Dans la cheminée la flamme brûlait joyeusement et la lumière douce des lampes à incandescence, en forme de lis d'argent, se reflétait dans les bulles qui montaient brillantes dans nos verres. Nos fauteuils, dessinés d'après ses modèles, nous embrassaient et nous caressaient au lieu de se soumettre à regret à nos séants ; il régnait cette voluptueuse atmosphère d'après dîner où les pensées vagabondent gracieusement, libres des entraves de la précision. Et il nous expliqua la chose de cette façon – insistant sur certains points avec son index maigre – tandis que, renversés dans nos fauteuils, nous admirions son ardeur et son abondance d'idées pour soutenir ce que nous croyions alors un de ses nouveaux paradoxes.

« Suivez-moi bien attentivement. Il va me falloir réfuter une ou deux idées qui sont universellement acceptées. Ainsi, par exemple, la géométrie qu'on vous a enseignée dans vos classes est fondée sur un malentendu.

– Est-ce que ce n'est pas là entrer en matière avec une bien grosse question ? demanda Filby, un raisonneur à la chevelure rousse.

– Je n'ai pas l'intention de vous demander d'accepter quoi que ce soit sans argument raisonnable. Vous admettrez bientôt tout ce que je veux de vous. Vous savez, n'est-ce pas, qu'une ligne mathématique, une ligne de dimension nulle, n'a pas d'existence réelle. On vous a enseigné cela ? De même pour un plan mathématique. Ces choses sont de simples abstractions.

– Parfait, dit le Psychologue.

H.G. Wells, La machine à explorer le temps.

C’est ainsi que H.G. Wells commence son histoire sur les voyageurs du temps. Il se trouve que certains physiciens se sont opposés aujourd’hui non pas à une ou deux mais à des douzaines d’idées qui sont presque universellement acceptées, le résultat étant que le profane se retrouve sans aucun indice sur ce qui est sérieux et ce qui n’est qu’une autre spéculation étrange et sensationnelle. J’aimerais apporter un peu de rationalité à ce sujet passionnant.

Vendredi dernier, des nouvelles sensationnelles circulaient dans les médias. « The Independent » publia un article The Big Question: Is time travel possible, and is there any chance that it will ever take place? (La grande question : Le voyage dans le temps est-il possible, et y a-t-il des chances qu’il ait jamais lieu ?)

Une image stimulante accompagnait le texte :

 

©UK Independent
Machine à explorer le temps ?

L’excitation des médias est entièrement due à un article publié par deux physiciens russes (j’ai eu le plaisir de les rencontrer tous les deux) de l’institut mathématique de Steklov à Moscou, I. Ya. Aref'eva et I.V. Volovich. En réalité, l’article circulait dans la communauté scientifique depuis octobre dernier et est intitulé « Machine à explorer le temps à LHC ». Si quelqu’un est vraiment intéressé, l’article est disponible au dépôt de pré-publication à Cornell.

De quoi parle réellement cet article ? Est-ce vraiment sur le voyage dans le temps ?

Il y a certainement des spéculations concernant la possibilité de créer de petites machines à voyager dans le temps pendant les collisions de protons à haute énergie dans le Grand collisionneur de hadrons (LHC) au CERN à Genève.

Si nous imaginions, il y a longtemps, la machine à explorer le temps comme ceci :

 

©Inconnu
Une autre version de la Machine à explorer le temps

…Aujourd’hui notre imagination sur une machine à explorer le temps est quelque peu différente :

 

©Inconnu
Grand collisionneur de hadrons = Machine à explorer le temps ?

L’article parle d’une expérience dans le Grand collisionneur de hadrons où des protons seront accélérés et lancés dans deux directions différentes dans un tunnel circulaire de 27 km de long. Quand la vitesse est « correcte », on force les deux rayons à se percuter l’un l’autre. Kaboom ! Nous obtenons un feu d’artifice. Nos deux physiciens russes spéculent que, comme résultat de ces collisions à haute énergie, la géométrie locale (très minuscule) de l’espace-temps pourrait changer et qu’il y aurait une inversion locale (encore très minuscule) de la causalité. Autrement dit : voyage dans le temps. Mais à une échelle très, très minuscule ; si minuscule que personne ne sera capable de la voir !

Donc, quel est l’intérêt de considérer la spéculation sensationnelle dans les médias ?

Tout ce qui suit est mon opinion personnelle. Je ne m’attends pas à ce que le lecteur la prenne pour argent comptant, comme la « vérité », mais je veux que le lecteur comprenne que je suis un expert sur ces sujets et donc qu’elle peut être considérée comme une opinion très avertie. En même temps, j’essaie de garder l’esprit ouvert, mais critique de manière constructive. Je suis ouvert à toutes les idées – tant qu’elles ne contredisent pas la totalité des données et des connaissances que nous avons, tout en étant critique en même temps concernant les conclusions qui sont établies. Je suis aussi sensible aux « petits caractères » que nous trouvons dans les articles scientifiques. Le journaliste passe souvent à côté des mots-clefs importants que les scientifiques ajoutent pour signaler les faits à d’autres scientifiques et se garder du danger d'avoir des ennuis avec leurs collègues.

Jetons donc un regard analytique à certains aspects de l’article de Arefeva-Volovich, en prêtant une attention spéciale aux mots-clefs. Dans le résumé de l’article nous trouvons immédiatement :

« sigravité quantique … des collisions proton-proton pourraient mener à la formation de machines à explorer le temps… »

Prêtez attention à ces mots : « si … gravité quantique ».

Tout d’abord, nous (les scientifiques) ignorons si la gravité quantique a un sens de quelque manière que ce soit. Il y a un débat considérable quant à savoir si la gravité devrait être quantifiée. Donc, utiliser « gravité quantique » dès le début est une prémisse hautement sujette à caution. Deuxièmement, si la gravité quantique est présumée dans ce cas être raisonnable, son utilisation devrait avoir le sens requis par la prémisse. Troisièmement, si la gravité quantique est jamais construite théoriquement et si elle a les propriétés requises, alors nous ne sommes pas sûrs, puisque nous lisons dans la phrase ci-dessus qu’elle « pourrait mener à des machines à explorer le temps » plutôt qu’elle « mènerait à des machines à explorer le temps. »

Après avoir lu un résumé de ce genre, nous pourrions être enclins à rejeter l’article comme un non-sens, mais le fait est qu’il y a quelques perles que j’aimerais mettre en lumière pour le lecteur.

En deuxième page, nous lisons que dans la relativité généralisée d’Einstein, nous avons ce qu’on appelle « la conjecture du cercle de Thorn » - une conjecture concernant la formation des trous noirs. Le profane peut être quelque peu surpris ici parce que la physique est habituellement représentée comme une science exacte et voici le terme « conjecture.» Dans une science exacte, pourquoi avons-nous besoin de conjectures ? Nous avons la théorie, nous avons les équations, tout cela est bien établi, alors pourquoi avons-nous besoin de conjectures ? Tout ce dont nous avons besoin est de rester assis, de calculer et oublier les conjectures, exact ?

Pas exactement. C’est une vision erronée des non-physiciens. La physique est pleine de conjectures à cause du manque de progrès définitif au cours de la dernière centaine d’années de recherche. La physique est devenue en fait la « science des conjectures, » et c’est une très mauvaise situation parce que nous avons réellement besoin de comprendre notre réalité. Pourquoi est-elle pleine de conjectures ?

Parce qu’elle est bloquée. La gravité et la physique quantique ne s’aiment pas l’une l’autre et personne n’a été capable de mettre fin à ce curieux match depuis une centaine d’années.

Pourquoi ? Parce que la politique et l’argent ont pris en main la physique ; la vérité ne compte plus désormais. Ce qui compte, c’est utiliser la physique pour les armements et tout le monde suit la voie facile : la physique comme une carrière, publier ou périr, peu importe si cela mène à la vérité ou non, l’important c’est qu’elle permet de gagner sa vie.

Revenons à l’article : quelques lignes plus loin, nous trouvons une autre conjecture, cette fois venant de la « théorie des cordes » - une des quelques lignes de recherche populaires et bien financées qui n’ont mené nulle part. À la page suivante, nous avons plusieurs « scénarios » qui sont discutés. La question apparaît naturellement : faisons-nous de la physique ou faisons-nous un film ? Si c’est un film, c’est un film de science-fiction, parce que les rôles principaux sont joués par des « ondes gravitationnelles planes. » Le fait est que, malgré les dépenses de millions de dollars avec beaucoup de physiciens vivant bien, les ondes gravitationnelles n’ont pas encore été observées ; aucune onde plane ou ronde avec des yeux et des oreilles. Mais ici, dans cet article, nous voyons que ces acteurs exotiques ont déjà été engagés comme les principaux personnages dans les « scénarios. »

Quelques lignes plus loin dans l’article, nous lisons que même si les acteurs sont supposés être disponibles pour réaliser le film, alors même « on peut argumenter que … . » On peut quoi « peut argumenter que »? Qu’« il y a une possibilité excitante de production de trous noirs, de branes, et de modes Kaluza-Klein de dimensions supplémentaires… ». Et tout cela suggérera la possibilité du voyage dans le temps avec ses paradoxes bien connus. »

Quel saut !

Nous apprenons aussi de l’article qu’il y aura ceux qui argumenteront contre ces possibilités excitantes. Les opposants fonderont leurs arguments sur une autre conjecture célèbre, la conjecture du grand Stephen Hawking lui-même ! Pour faire plus sérieux, pas juste une autre conjecture, elle a le nom suivant : « postulat de protection de chronologie de Hawking ! » Stephen Hawking nous protègera de mettre en désordre la chronologie ! Exactement. Maintenant nous avons Superman dans le film !

Dans le paragraphe suivant nous voyons finalement qu’il n’y a pas de différence entre la science et la religion. Les auteurs écrivent : « En outre, si l’on croit qu’il existe une théorie complète de la gravité quantique, alors … ». Le lecteur peut vouloir lire trois fois ceci « si l’on croit ». Ce n’est pas de la physique, c’est un conte de fées. Personnellement, je ne veux pas croire. Je veux savoir.

Je n’ai rien contre des hypothèses audacieuses, mais il est nécessaire d’apprendre comment lire les articles écrits par des physiciens et d’être immunisé aux articles sensationnels comme celui dans The New Scientist, le journal qui a rendu célèbres nos deux Russes : « 2008 : Le voyage dans le temps commence-t-il ici ? »

Il y a des années, H.G. Wells fit un meilleur travail que celui-ci, puisque son héros scientifique annonçait : « Je ne demande pas que vous acceptiez tout sans fondement raisonnable. » Arefeva et Volovich nous demandent de « croire ».

Finalement, est-ce que je pense que le voyage dans le temps est possible ?

Bien sûr que je le pense.

Est-ce que je pense que nous pouvons apprendre quelque chose sur le voyage dans le temps à partir de ces expériences au LHC ?

Bien sûr que non.

Pourquoi ?

Simplement parce que les spéculations de beaucoup, sinon la plupart, de physiciens sont fondées sur des théories construites sur des sables mouvants, et l’interprétation des résultats des expériences dépend de la théorie supposée – des hypothèses avant et après, et au diable les données qui ne satisfont pas les attentes et les croyances.

Est-ce que je pense que les expériences au LHC peuvent nous apporter quelque chose de nouveau et d’intéressant ? Je pense qu’il y a une possibilité, surtout si elles apportent de nouvelles données qui ne peuvent être expliquées par un des candidats aux théories. Mais ces données doivent alors être analysées complètement, objectivement et sans hypothèse ou croyance pré-formées.

Cela me frappe que la seule Machine à explorer le temps en opération ici se trouve dans l’esprit de ceux qui désirent tous nous renvoyer au Moyen-Âge.

 

©Inconnu

Arkadiusz Jadczyk est un physicien-mathématicien, expert dans les théories de Kaluza-Klein, la physique hyperdimensionnelle et l’algèbre de Clifford. Visitez son site.

 

Traduction française: Henri R.

 

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busy
Mis à jour de ( FRIDAY, 08 AUGUST 2008 15:25 )
 
 

Pause pensée

Tout ce que G. disait, tout ce que je pensais et surtout ce que mes tentatives de me "rappeler moi même" m'avaient montré, me convainquirent très rapidement que je me trouvais en présence d'un problème entièrement nouveau que la science et la philosophie avaient, jusqu'ici, négligé.

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